Reptile

Déportivo

10 titres, 22:50

Sept ans. C’est le temps qui sépare Quitter la ville (2017) de Reptile, cinquième album studio de Déportivo sorti le 27 février 2025. Sept ans d’absence discographique, ponctués d’un retour scénique en 2022, et un disque entièrement financé par les fans — sans label, sans concession, sans calcul. Le résultat ? Vingt-deux minutes de rock français nerveux, taillé dans le vif, qui rappelle pourquoi le groupe de Bois-d’Arcy reste l’un des patrimoines les plus précieux du rock indé hexagonal.

Un disque court, ramassé, à l’os

Dix titres, 22 minutes 50 : Reptile est un EP allongé plus qu’un album-fleuve, et c’est très bien ainsi. Aucun morceau ne dépasse 2:36. Cette concentration extrême est la grande réussite formelle du disque : chaque chanson est une cellule autonome, posée, partie. Pas de pont superflu, pas de coda qui s’éternise. Le groupe joue à l’économie, comme s’il avait sept ans à rattraper et qu’il fallait tout dire d’un coup.

L’album s’ouvre sur “Reptile” (2:04), titre éponyme qui pose immédiatement les codes : guitare nerveuse, batterie sèche, voix de Jérôme Coudanne qui mord les mots. C’est du Déportivo pur jus — cette manière unique d’allier urgence punk et mélodie pop qui les distingue depuis Penalty (2003).

Le cœur du disque : trois fulgurances

Si l’album entier tient son cap, trois titres sortent du lot. “Révolution Benco” (2:15) est l’un d’eux : brûlot pop-punk dont le refrain s’imprime à la première écoute, avec ce mélange de dérision et de gravité qui fait la signature du groupe. Le titre interroge l’idée même de révolution dans une époque saturée de slogans — sans donner de leçons, juste en posant les bonnes questions.

“J’aurais dû t’en parler” (2:31) est probablement le sommet émotionnel du disque. Coudanne y abandonne la posture pour livrer un texte d’une sincérité désarmante, porté par une mélodie qui aurait pu signer un classique de la chanson française si elle n’était pas habillée d’un riff garage. C’est un grand morceau, point.

“Avide” (2:36), qui ferme l’album, fonctionne comme un dernier mot : plus dense, plus tendu, avec une structure qui rappelle les meilleurs moments de Pour une tonne (2008). La rythmique pulse, la guitare cisaille, la voix se brise au bon moment. La chute parfaite pour un disque qui n’aura jamais trop tiré sur la corde.

Une indépendance qui s’entend

Le fait que Reptile ait été financé par les fans, sans label, n’est pas un détail — ça s’entend dans chaque choix. Pas de production calibrée pour la playlist, pas de single formaté, pas de feat opportuniste. Le groupe a fait exactement le disque qu’il voulait faire, et cette liberté irrigue chaque titre. La production privilégie le grain, l’authenticité, parfois au détriment de la perfection sonore — et c’est exactement ce qu’on attend de Déportivo en 2025.

Les limites de l’exercice

Reste que cette concentration extrême a un prix. À 22 minutes, Reptile peut frustrer ceux qui attendaient un album plus ample, plus aventureux. Certains titres comme “Rubikscube” (2:05) ou “Perdu !” (2:00) passent peut-être un peu vite, sans laisser le temps au morceau de respirer pleinement. On aurait parfois aimé une chanson plus longue, un développement, une prise de risque formelle.

Le disque manque également d’un vrai morceau-fleuve, de cette pièce centrale qui aurait permis à Déportivo de montrer une autre facette. Sept ans d’absence justifiaient peut-être plus d’ambition formelle.

Verdict

Cela dit, Reptile reste une belle réussite. Un disque honnête, ramassé, qui dit beaucoup en peu de temps et qui prouve que Déportivo n’a rien perdu de ce qui faisait sa singularité : cette capacité unique à écrire des chansons rock françaises qui sonnent à la fois familières et nécessaires. “Révolution Benco”, “J’aurais dû t’en parler” et “Avide” sont trois sommets qui justifient à eux seuls l’achat du disque.

9/10. Pas l’album-monument qu’on espérait peut-être, mais un retour en forme convaincant qui replace Déportivo exactement là où il doit être : au cœur de la scène rock indé française.

Commentaires

comments powered by Disqus