III
9 titres, 42:13
Le rock français a trouvé son altitude de croisière. Et elle est stratosphérique.
On ne va pas tourner autour du pot : III est un disque qui te prend à la gorge dès les premières secondes et ne te lâche plus. Le quatuor lyonnais, après des années à affûter son son entre les scènes européennes et les studios, livre ici l’album de la maturité — mais une maturité qui n’a rien perdu de sa rage.
Un exercice d’équilibriste furieux. C’est peut-être là que réside la vraie force de ce troisième opus : sa capacité à naviguer entre les extrêmes sans jamais perdre le fil. Le calme polaire d’un passage atmosphérique peut basculer en déflagration sonique en l’espace d’une mesure. On pense aux dynamiques d’un Deftones, à la tension sourde d’un Queens of the Stone Age, aux envolées post-rock d’un Sigur Rós — mais jamais Last Train ne sonne comme un copier-coller. Le groupe a digéré ses influences pour cracher quelque chose qui ne ressemble qu’à lui.
La voix de Jean-Noël Scherrer est l’épicentre de tout. Tantôt murmure fiévreux, tantôt cri viscéral, elle porte des mélodies qui te collent au crâne bien après la dernière note. Il y a une vulnérabilité brute là-dedans, une manière de ne fuir aucune émotion — ni la colère, ni la mélancolie, ni cette euphorie sombre qui est devenue la signature du groupe.
La production est un coup de maître. Dense sans être saturée, organique sans être rétro. Chaque couche sonore a sa place, chaque silence pèse son poids. Les guitares crissent, grondent, s’envolent. La rythmique est un bulldozer quand il le faut, un métronome hypnotique quand le morceau l’exige.
Le constat est simple : Last Train joue désormais dans une cour qui dépasse largement les frontières de l’Hexagone. III n’est pas un album de rock français — c’est un album de rock, point. Le genre qui peut faire lever une salle à Berlin, à Londres ou à Tokyo sans avoir besoin de sous-titres.
On le dit souvent trop vite et trop facilement, mais cette fois c’est vrai : ce disque est un sommet.
À écouter fort. Très fort.