Critiques d'albums

Chinese Man - We've Been Here Before

Six ans de silence. Six ans pour que les Aixois de Chinese Man digèrent leur propre légende, celle qui depuis 2004 les a érigés en parrains du trip-hop hexagonal. We’ve Been Here Before n’est pas un retour – c’est une révolution circulaire, un ouroboros musical où la fin rejoint le commencement avec une maîtrise confondante. Architecture sonore : le grand écart maîtrisé L’album s’ouvre sur Salune, collision sidérale entre orchestre symphonique et beats hip-hop massifs, sublimée par la voix de René Barjavel commentant Apollo 8. Coup de génie : transformer un document d’archive en manifeste poétique sur notre rapport au cosmos. Cette audace programmatique annonce la couleur – Chinese Man refuse la facilité du revival nostalgique pour embrasser une complexité kaléidoscopique. Le titre éponyme déploie une guitare flamenca lancinante, territoire inexploré où Miscellaneous et Stogie T tissent une réflexion acide sur la routine moderne. L’alliance …

Lire la suite

Rodrigo y Gabriela - In Between Thoughts… A New World

Peu de duos instrumentaux possèdent une signature sonore aussi immédiatement identifiable. Quand résonnent ces guitares espagnoles qui s’affrontent et fusionnent simultanément, on sait instantanément qu’on écoute Rodrigo y Gabriela. Avec In Between Thoughts… A New World, sorti en avril 2023 sur ATO Records, le duo mexicain basé à Dublin continue d’explorer les confins de leur genre tout en investissant leur musique de dimensions métaphysiques inédites. L’alchimie flamenco-metal réinventée Depuis leurs débuts, Rodrigo Sánchez et Gabriela Quintero ont créé une formule unique : des duels instrumentaux sur guitares flamencas, influencés par le nuevo flamenco, le rock et le heavy metal. Ils sont célèbres pour leurs reprises de “Orion” de Metallica et “Stairway to Heaven” de Led Zeppelin, mais c’est dans leurs compositions originales qu’ils révèlent leur véritable génie. In Between Thoughts… repousse encore les frontières. Le …

Lire la suite

The Last Internationale - Running for a Dream

Il y a des disques qu’on écoute, et il y a des disques qui vous traversent. Running for a Dream, quatrième album studio du duo new-yorkais The Last Internationale, appartient sans hésitation à la seconde catégorie. Delila Paz et Edgey Pires y livrent un manifeste rock incandescent, à la fois ancré dans la grande tradition du blues-rock américain et brûlant d’une urgence politique qui ne s’éteint jamais. Le retour d’un duo en état de grâce Près de cinq ans après Soul on Fire (2018), le duo revient dans une forme renversante. Le souffle de la rage sociale, déjà au cœur de leur ADN depuis les débuts en 2008, n’a rien perdu de son intensité — au contraire, il s’est décanté. Là où We Will Reign posait le manifeste, là où Soul on Fire explorait la spiritualité brûlante des grands noms du blues, Running for a Dream synthétise tout cela dans un disque enfin pleinement assumé. La voix de Delila Paz est l’épicentre de l’album : tour à tour rauque, …

Lire la suite

Two Faces - After the Embers

Il y a des albums qui tombent à pic. After the Embers, premier long format du duo lyonnais Two Faces, sorti le 31 mars 2023, capture l’anxiété d’une génération marchant sur les braises d’un monde embrasé. Benjamin Geffen et Pierre-Olivier Da Silva, la trentaine, livrent ici un condensé d’électro-rock et de trip-rock qui place immédiatement Lyon sur la carte de l’indie rock actuel. Deux âmes-frères, une identité singulière Ben et PO se sont rencontrés au lycée, unis par leur amour des Arctic Monkeys et de la scène anglo-saxonne. Après avoir commencé par des reprises à la guitare - ironiquement le premier instrument qu’ils ont décidé d’exclure de Two Faces - ils ont développé une relation fraternelle décrite comme “inexplicable”. “Unspeakable Things”, titre d’ouverture, célèbre précisément cette rencontre : deux frères d’âme dont l’univers sonore, à la frontière entre Brit Rock et French Touch, est marqué …

Lire la suite

Papa Roach - Crooked Teeth

Il y a quelque chose de légèrement paradoxal dans la situation de Papa Roach en 2017. Le groupe de Vacaville, Californie, entame sa troisième décennie de carrière — ce qui en soi est une performance que peu de leurs contemporains du nu-metal peuvent se targuer d’avoir accomplie. Linkin Park a muté jusqu’à se méconnaître. Limp Bizkit tourne en cercles. Korn subsiste. Et Papa Roach, lui, sort son neuvième album avec la régularité d’un métronome et la conviction d’un groupe qui n’a toujours pas dit ce qu’il avait à dire. Crooked Teeth est cet album. Et surprise : c’est peut-être leur meilleur depuis Infest. La production comme pont entre deux époques Une grande partie du résultat tient à l’équipe de production : Nicholas “RAS” Furlong et Colin Brittain ont tous deux grandi en fans du groupe et les ont encouragés à saisir le passé tout en restant frais. Cette décision — confier les commandes à des gens qui aiment le groupe pour ce …

Lire la suite