Wildlive (Live at Olympiahalle)

Powerwolf

20 titres, 1:29:41


Les albums live se font rares dans le paysage metal contemporain. Quand ils existent, ils oscillent souvent entre le document sonore honnête mais un peu plat et le produit lissé au point d’en perdre toute authenticité. Wildlive (Live at Olympiahalle) n’est ni l’un ni l’autre. C’est une messe — au sens propre du terme powerwolfien — captée au sommet de la trajectoire d’un groupe qui, en vingt ans d’existence, a transformé le power metal en spectacle total. Et le résultat est, il faut bien le dire, impressionnant.

Le contexte : une Olympiahalle sold out, un groupe au zénith

Le concert qui donne naissance à ce live a été enregistré le 25 octobre 2024 à l’Olympiahalle de Munich, lors de l’étape finale de la Wolfsnächte Tour 2024 — la plus grosse tournée headliner de l’histoire de Powerwolf. Le groupe venait de sortir Wake Up The Wicked (juillet 2024), son huitième album studio, entré directement numéro un dans plusieurs pays européens. La salle est pleine à craquer. Le public munichois est en transe. Les conditions sont réunies pour que quelque chose de spécial se produise.

Et quelque chose de spécial se produit.

Le son : massif, précis, sans concession

Premier constat dès les premières secondes : la production de Joost van den Broek est exemplaire. Le Néerlandais, qui a également enregistré, mixé et masterisé l’album dans ses Sandlane Recording Facilities, livre un son massif et chirurgical. Chaque instrument trouve sa place dans le mix avec une clarté qui force le respect. La voix d’**Attila Dorn ** — ce baryton d’opéra égaré dans le metal, capable de passer du murmure liturgique au rugissement guerrier en l’espace d’une mesure — domine l’ensemble avec puissance sans jamais écraser le reste. Les guitares des frères Matthew et Charles Greywolf tranchent avec précision, l’orgue de Falk Maria Schlegel enveloppe le tout de ses nappes grandioses, et la batterie de Roel van Helden ancre la machine dans un groove implacable.

Certains puristes du live brut regretteront peut-être un rendu trop propre, trop calibré. C’est un débat légitime — mais dans le cas de Powerwolf, dont l’identité repose précisément sur la démesure maîtrisée, la production parfaite fait partie du spectacle. On n’est pas chez Motörhead. On est dans une cathédrale gothique en flammes, et chaque détail compte.

La setlist : vingt ans de carrière en vingt titres

La force de Wildlive réside aussi dans l’intelligence de sa setlist. Vingt titres qui balayent l’intégralité de la carrière du groupe avec un sens de l’équilibre remarquable. L’ouverture par le Monumental Mass Theme plonge immédiatement l’auditeur dans l’univers : on imagine les flammes, les décors d’église profanée, l’entrée en scène théâtrale d’Attila Dorn. Puis les hostilités commencent pour de bon avec Bless’em With the Blade, suivi d’un Incense & Iron que le public reprend comme un cantique.

Les hymnes se succèdent sans temps mort : Army of the Night, Amen & Attack, Dancing With the Dead, Armata Strigoi — chacun porté par un public qui constitue, à l’écoute, un véritable instrument supplémentaire. Les morceaux plus récents de Wake Up The WickedSinners of the Seven Seas (avec sa couleur folk inattendue), Sainted by the Storm, We Don’t Wanna Be No Saints — s’intègrent naturellement aux classiques sans jamais donner l’impression de remplissage.

Le cœur du set réserve des moments de grâce : 1589, sombre et théâtral, Stossgebet qui fait lever les poings de toute l’Olympiahalle, et surtout Alive or Undead, ballade suspendue dans le temps qui prouve que derrière le maquillage, les loups-garous et la pyrotechnie se cachent des musiciens d’une sensibilité que l’on sous-estime trop souvent.

Et puis il y a le final. Le triptyque Sanctified With Dynamite / We Drink Your Blood / Werewolves of Armenia est un rouleau compresseur. Trois hymnes absolus enchaînés sans répit, le public en fusion, les flammes (réelles et métaphoriques) partout — c’est le genre de conclusion qui vous laisse vidé et euphorique en même temps.

Au-delà de l’audio : le spectacle total

Il faut le dire clairement : si l’écoute seule de Wildlive est déjà convaincante, c’est en version Blu-ray/DVD que l’expérience prend toute sa dimension. La scénographie de la Wolfsnächte Tour 2024 — la plus ambitieuse jamais déployée par le groupe — est un spectacle en soi : décors gothiques monumentaux, orgue d’église crachant du feu, jeux de lumières spectaculaires, pyrotechnie omniprésente, mise en scène quasi théâtrale où chaque morceau a sa propre dramaturgie visuelle. On est plus proche de l’opérette metal que du simple concert — et c’est précisément ce qui fait l’identité de Powerwolf.

Attila Dorn, en maître de cérémonie, mène la danse avec une aisance scénique impressionnante. Ses interactions avec le public — souvent en allemand, ce qui ajoute une couleur locale assumée — oscillent entre le prêche, la communion et la provocation bon enfant. Le groupe autour de lui est une mécanique parfaitement huilée, chaque membre occupant l’espace avec une discipline militaire au service du spectacle.

La version Deluxe : le bonus d’Oberhausen

La version Deluxe de l’album (39 titres, 2h49) ajoute un concert complet enregistré à Oberhausen en 2022, offrant un point de comparaison intéressant avec la captation munichoise et un bonus substantiel pour les fans les plus investis. Les formats physiques — vinyle, Earbook, Mediabook, coffret — sont à la hauteur de l’objet : Napalm Records a soigné l’écrin autant que le contenu.

Le verdict

Wildlive (Live at Olympiahalle) n’est pas qu’un album live de plus dans une discographie déjà bien fournie. C’est le document définitif de ce que Powerwolf est devenu en 2024 : une machine de guerre théâtrale, une messe metal portée par un frontman habité, une scénographie délirante et des hymnes que des milliers de voix reprennent en chœur comme des prières païennes. Le son est irréprochable, la setlist est un modèle d’équilibre, et l’énergie qui se dégage de l’Olympiahalle traverse les enceintes avec une force intacte.

Que vous soyez un converti de la première heure ou que vous n’ayez jamais mis les pieds dans un concert de metal, Wildlive est une porte d’entrée et un point d’orgue. Powerwolf ne fait pas de la musique. Powerwolf fait de la religion. Et cette messe-là mérite qu’on s’y agenouille.

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