Il y a des disques qu’on écoute, et il y a des disques qui vous traversent. Running for a Dream, quatrième album studio du duo new-yorkais The Last Internationale, appartient sans hésitation à la seconde catégorie. Delila Paz et Edgey Pires y livrent un manifeste rock incandescent, à la fois ancré dans la grande tradition du blues-rock américain et brûlant d’une urgence politique qui ne s’éteint jamais.
Le retour d’un duo en état de grâce
Près de cinq ans après Soul on Fire (2018), le duo revient dans une forme renversante. Le souffle de la rage sociale, déjà au cœur de leur ADN depuis les débuts en 2008, n’a rien perdu de son intensité — au contraire, il s’est décanté. Là où We Will Reign posait le manifeste, là où Soul on Fire explorait la spiritualité brûlante des grands noms du blues, Running for a Dream synthétise tout cela dans un disque enfin pleinement assumé.
La voix de Delila Paz est l’épicentre de l’album : tour à tour rauque, brisée, soul, gospel, elle convoque autant Janis Joplin que Mavis Staples, sans jamais sonner comme un pastiche. Edgey Pires, lui, sculpte des riffs taillés dans le granite — directs, économes, jamais démonstratifs. La rythmique cogne avec une précision quasi militaire, service total à la chanson.
Le grain, la transe, la rage
Le titre éponyme “Running for a Dream” est l’épine dorsale du disque : 4 minutes 17 d’élan rock soul, refrain qui s’élève comme un drapeau, riff qui s’imprime à la première écoute. C’est exactement ce que The Last Internationale fait de mieux : transformer la colère en élan, et l’élan en hymne.
Ailleurs, l’album bascule régulièrement dans des territoires plus blues, presque gospel, où la voix de Paz se fait prière laïque. La production privilégie le grain analogique, les prises live, les imperfections assumées qui rappellent les grandes heures du Stax et de Muscle Shoals. Aucun morceau ne dépasse l’utile : chaque chanson est une déclaration, pas un exercice de style.
Une politique de la chanson
Comme toujours chez The Last Internationale, le politique n’est pas un vernis — c’est la matrice. Les guerres, la condition ouvrière, les peuples premiers, les abus de pouvoir : les thèmes traversent l’album sans jamais sombrer dans le tract. Le duo a compris une chose que beaucoup de groupes “engagés” ratent : la chanson protestataire ne fonctionne que si elle est d’abord, viscéralement, une grande chanson. Ici, à chaque fois, c’est le cas.
Verdict
Running for a Dream est de ces albums rares qui n’ont pas une seconde de trop, pas un riff de trop, pas une note de complaisance. Dix titres, pas un faible. Le disque qui place définitivement The Last Internationale dans la lignée des grands duos rock contemporains, quelque part entre Larkin Poe pour le grain blues, Black Keys pour l’efficacité et Rage Against the Machine pour la flamme politique.
Un 10/10 sans discussion. À mettre entre toutes les oreilles qui croient encore que le rock peut changer quelque chose.