Bertrand Belin

Il y a des artistes qu’on écoute. Et il y a des artistes qu’on habite. Bertrand Belin appartient à la seconde catégorie — celle des créateurs dont l’univers est si dense, si singulier, si irréductible à un genre ou à une étiquette, qu’on n’en ressort jamais tout à fait indemne. Chanteur, guitariste, compositeur, écrivain, acteur, il traverse depuis plus de vingt ans le paysage de la chanson française avec une discrétion inversement proportionnelle à la profondeur de son œuvre. Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre) l’a qualifié de « Nick Cave français ». Les médias le comparent volontiers à Alain Bashung. Lui se contente de chanter, d’écrire et de poser sur le monde un regard que personne d’autre ne pose tout à fait de la même façon.

Quiberon, un père pêcheur et la musique cadienne

Bertrand Belin naît le 7 décembre 1970 à Auray, dans le Morbihan, et grandit à Quiberon — presqu’île battue par les vents, face à l’Atlantique. Son père est pêcheur, sa mère au foyer. Quatre frères et sœurs. Rien qui prédestine à la chanson, et pourtant tout y conduit : le paysage, le silence, la mer, cette façon qu’ont les gens du littoral de dire beaucoup avec peu de mots.

En 1989, à 19 ans, il rencontre le groupe de musique cadienne et zydeco Stompin’ Crawfish. C’est le début de six années de tournée et de deux albums en tant que guitariste — un apprentissage de la route, du live, de la musique en tant que métier. En 1996, il rejoint le groupe anglais Sons of the Desert pour la sortie de leur deuxième album Greedy, puis enregistre avec eux Good Night Noises Everywhere chez Universal Jazz. Belin est alors exclusivement guitariste — sa voix, il ne l’a pas encore trouvée. Ou plutôt, il ne l’a pas encore libérée.

La carrière solo : un premier album à 35 ans

Il faut attendre 2005 — Belin a 35 ans — pour que paraisse son premier album éponyme, Bertrand Belin, sur le label Sterne. L’accouchement a été long, mais le résultat est là : une voix grave, posée, magnétique, qui ne ressemble à rien de connu dans le paysage francophone. Deux ans plus tard, La Perdue (2007) confirme l’émergence d’un artiste hors norme, à mi-chemin entre la chanson d’auteur, le folk de chambre et l’art pop.

Hypernuit et la consécration critique

En 2010, Hypernuit — son troisième album, le premier sur le label Cinq7 — marque un tournant. L’album reçoit le Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros, une distinction qui consacre Belin comme l’une des voix majeures de la nouvelle chanson française. Le mélange est unique : des compositions minutieusement architecturées, une voix qui semble murmurer des secrets au creux de l’oreille, des textes d’une densité littéraire rare, et cette capacité à faire coexister le folk, la pop, le rock et l’électronique dans un langage qui n’appartient qu’à lui.

Suivent Parcs (2013), Cap Waller (2015) — enregistré à Sheffield avec le producteur Shez Sheridan et couronné du Prix Raoul-Breton de la SACEM en 2016 —, puis Persona (2019), album sombre et envoûtant qui pousse encore plus loin l’exploration sonore. La tournée de Cap Waller s’étend sur 140 dates, preuve que le public, même s’il n’est pas celui des stades, est fidèle et grandissant.

L’écrivain : cinq romans chez P.O.L

Ce qui distingue fondamentalement Bertrand Belin de la quasi-totalité de ses contemporains, c’est la littérature — non pas comme inspiration lointaine, mais comme pratique quotidienne. Parallèlement à ses albums, il a publié cinq romans aux éditions P.O.L, l’une des maisons d’édition les plus exigeantes du paysage littéraire français : Requin (2015), Littoral (2016), Grands Carnivores (2019), Vrac (2020) et La Figure. Sa prose, comme ses chansons, est taillée à l’os — chaque mot est pesé, chaque silence compte. Quand on écrit chez P.O.L et qu’on chante sur les scènes de l’Olympia, on occupe un territoire que très peu d’artistes peuvent revendiquer.

Le cinéma, le théâtre, l’opéra

L’homme est partout sans jamais être dispersé. Il compose la musique de films — Avec Marinette de Blandine Lenoir (prix de la meilleure musique au Festival de Clermont-Ferrand), Ma vie avec James Dean, ZouZou, Aurore, Autour de Luisa. Il joue comme acteur dans Tralala (2021) des frères Larrieu, aux côtés de Mathieu Amalric — et compose une grande partie de la bande originale. Il interprète Billy the Kid dans un opéra de Gavin Bryars écrit pour la soprano internationale Claron McFadden et les Percussions Claviers de Lyon. Il est artiste associé de la Comédie de Valence, théâtre dirigé par Marc Lainé. Il donne des lectures publiques. Sa musique se retrouve jusque dans la bande-son de la série Killing Eve.

Et quand il ne fait rien de tout cela, il écrit des textes pour d’autres : Vague à l’âme sœur pour **Vanessa Paradis **, Dimanche pour The Limiñanas (sur l’album Shadow People), trois textes pour le projet L’Épée (The Limiñanas / Emmanuelle Seigner / Anton Newcombe), et un duo avec Emmanuelle Seigner sur On dansait avec elle.

Tambour Vision, Watt et le renouvellement permanent

En 2022, Tambour Vision poursuit la mue. L’album intègre davantage d’électronique, de synthétiseurs, de textures sonores nouvelles — sans jamais renoncer à ce qui fait l’essence de Belin : la voix au premier plan, le texte comme colonne vertébrale, le minimalisme comme philosophie.

En octobre 2025, son huitième album, Watt, paraît chez Cinq7. Les extraits — L’Inconnu en personne, Pluie de données, La Béatitude — annoncent un Belin qui explore de nouveaux paysages sonores : le piano apporte une grâce supplémentaire au savant dosage électronique/guitare/batterie à l’œuvre dans ses albums récents. Les thématiques restent existentielles — notre place, nos élans, nos craintes, nos questionnements — mais la prose offre à son légendaire minimalisme de nouvelles arborescences. Belin chante plus encore qu’à l’habitude, et chaque note semble porter le poids d’un monde intérieur en perpétuelle expansion.

La tournée qui accompagne Watt traverse la France et la Suisse avec un effectif de sept musiciens sur scène — la formation la plus ample de sa carrière, entre deux claviéristes, batterie, guitare, basse et piano.

Ce qu’il faut retenir

Bertrand Belin est l’un de ces artistes rares qui refusent de choisir entre les disciplines — et qui, loin de se disperser, trouvent dans cette multiplicité la cohérence profonde de leur œuvre. Chanteur à la voix immédiatement reconnaissable, guitariste formé sur les routes de la musique cadienne, écrivain publié chez P.O.L, acteur et compositeur pour le cinéma et l’opéra, il occupe dans le paysage culturel français une place à part — celle d’un artiste total, exigeant et discret, qui préfère la justesse à l’efficacité et le mystère à l’explication. Fils de pêcheur breton, il a fait de sa voix grave et de sa prose ciselée un monde à part entière — un monde où l’on entre à pas feutrés et d’où l’on ressort avec le sentiment d’avoir entendu quelque chose d’essentiel.

Actualités

Aucune actualité récente

Concerts à venir


Bertrand Belin

Salle 'Des Lendemains Qui Chantent', Tulle, France


Bertrand Belin

Chorus Festival, Boulogne Billancourt, France


Bertrand Belin

Le Silex, Auxerre, France


Bertrand Belin

Les Abattoirs - Bourgoin-Jallieu, Bourgoin Jallieu, France


Bertrand Belin

Centre Culturel Tisot, La Seyne Sur Mer, France


Bertrand Belin

La Laiterie, Strasbourg, France


Bertrand Belin

Bremen Teater, København V, Danemark


Bertrand Belin

Musikhuset Esbjerg, Esbjerg, Danemark


Bertrand Belin

Le Sans Reserve, Perigueux, France

Chroniques de concerts

Aucune chronique de concert

Critiques d'albums

Aucune critique d'album

Commentaires

comments powered by Disqus