« Je voulais que ce soit fun et accrocheur » — voilà un souhait exaucé pour Benjamin Delair, leader du bien nommé Catchy Peril. Le jeu de mots du nom dit déjà tout de l’état d’esprit du groupe : un danger séduisant, un piège mélodique tendu avec le sourire, une musique qu’on attrape avant de réaliser qu’on ne pourra plus s’en défaire. Catchy Peril est un groupe de Marseille, et Marseille n’a pas fini de nous surprendre.
Naissance d’une bête
Le projet rock hybride marseillais débarque sur les scènes à l’automne 2023, sans prévenir et sans complexes. Benjamin Delair, leader déterminé et inspiré, vient de dissoudre son précédent projet psyché punk Bachir Al Acid — déjà bien suivi du petit mais très costaud milieu rock marseillais. Il décide de monter un nouveau groupe qui se nourrit tout autant de Shame ou Fat White Family que de la new wave et du post-punk, et enregistre un premier single, Come Closer, « histoire de marquer l’arrivée ».
Le quatuor marseillais se forme autour de Benjamin Delair (Sirius Void, Bachir Al Acid, Jim Younger’s Spirit) à la guitare et au chant, Louise Baudu (1003, Time Structure) aux claviers et aux chœurs, Paul Blanes (The Seven Levels, Up) à la basse, et Kevin Plasse (Sandcastle) à la batterie. Quatre musiciens aguerris, aux histoires distinctes, qui convergent vers quelque chose de plus grand que la somme de leurs parcours.
Un son de collision
Si les influences de Kevin Plasse à la batterie sont plutôt shoegaze et grunge, Louise Baudu aux claviers puise dans l’électro punk et l’acid techno, au-delà d’un parcours romantique. À la basse, Paul Blanes est très porté sur le jazz et le heavy metal. Benjamin, à la guitare et au chant, vient du psyché et est porté par toutes ces influences réunies, avec un penchant pour le rock de la fin des années 60 et le punk première vague. Il cite aussi Lou Reed, le Bowie des quatre premiers albums et T.Rex pour le glam rock, et quelque part entre le punk et le disco : Gang of Four, Blondie, Talking Heads et les débuts des Clash.
De cette collision naît quelque chose d’inclassable — et c’est précisément ce qui rend le groupe excitant. Quand on l’oblige à se définir, Catchy Peril se décrit comme « nuclear disco punk », en référence à la fois aux différentes particules qui se réunissent et au titre Atomic de Blondie. Benjamin nuance : « Des fois en fonction d’où on joue, j’ai envie d’écrire ‘pop de merde’ dans la description ! C’est subjectif. On est un groupe de rock, on fait plutôt des chansons, et ça se danse, globalement. »
Disco Sucks : le coup d’envoi
En novembre 2024, Catchy Peril sort son premier EP Disco Sucks — mélodiquement bluffant, bouillonnant d’une énergie difficile à contenir, faisant se percuter sans complexe les genres — punk, disco, pop — pour un résultat des plus exaltants. Cinq titres qui installent d’emblée les fondations du son du groupe : tempos appuyés, riffs saignants, voix nerveuses, et cet espace disco qui surgit comme un corps étranger bienvenu dans la fête punk.
Le single Dancing ouvre les hostilités avec une évidence déconcertante : des changements de rythme, un refrain glam avec des chœurs masculins, un esprit DIY assumé dans le clip — prometteur, original, incontestablement Catchy Peril.
Catchy : le premier album, uppercut annoncé
Mars 2026. Le groupe déboule avec son premier album éponyme, huit titres enregistrés au Cooltrain Studio avec Martin Baudu et mixés par Olivier Cancellieri et Nicolas Cesar. Cet album se présente comme un instantané brut et rodé en tournée de l’énergie délirante du groupe — lancé comme un uppercut, déployant un univers punk pleinement assumé, teinté de psychédélie, de new wave et de glam rock.
En s’éloignant des influences plus « disco » de leur première sortie, l’album garde un tranchant pop — partie essentielle de leur son. Ce virage passe notamment par un usage plus épais et plus brut des synthés, révélant l’amour du groupe pour l’énergie punk-gabber de Kap Bambino et d’autres expressions techno-infusées de la culture punk. L’intensité brute est désormais enrobée d’un éclat glam qui aiguise la formule.
Les références convoquées vont de The Damned à Viagra Boys, en passant par The Cramps, Bauhaus et Crystal Castles — le groupe pioche dans toutes les nuances de l’épopée Punk avec un grand P.
Lemon Eyes et Sugar Lane posent l’ambiance en entrée de jeu, I Like It Hard s’impose comme le titre central — contagieux, captivant. Electricity diffuse une onde radioactive idéale pour le format radio, et ne tombera pas dans les épaisseurs de l’oubli : sur fond de claviers déglingués, une avalanche sonore s’abat sur les tympans dans une cavalcade démesurée. En bonus sur CD et vinyle, Et Puis Rien est chanté en français — un pied-de-nez malicieux, une fenêtre entrouverte sur une autre direction possible.
La scène comme raison d’être
Sur scène, Catchy Peril combine exubérance, morceaux redoutables d’efficacité qui feraient danser les morts et, surtout, une intensité dans la performance la rendant imprévisible — et pour cette raison, essentielle à vivre.
Dès leurs six premiers mois d’existence, le groupe joue deux concerts à Paris — au Supersonic et au Cirque Électrique. La tournée s’étend progressivement à Marseille, Aix-en-Provence, Nice, Lodève, Forcalquier — le Sud d’abord, puis le reste. Le groupe entre en contrat d’accompagnement avec un label local, Beside, tout en continuant de maîtriser sa trajectoire de façon indépendante.
Un groupe qui a une raison d’exister
Il y a dans Catchy Peril quelque chose qui dépasse la simple addition de riffs efficaces et de refrains qui restent dans la tête. Benjamin gère la direction artistique, les locaux de répétition, les résidences, les dates — en échange, c’est son bébé. Mais petit à petit, à force de travailler ensemble, tout le monde s’est approprié le projet, au point que les autres peuvent parfois le reprendre lorsque ce qui se joue ne correspond pas à ce qu’est Catchy Peril. Une cohésion organique, construite dans la sueur des répètes et la fièvre des premières scènes.
Marseille a sa scène rock, portée par une génération de jeunes musiciens aussi inventifs que motivés et talentueux. Catchy Peril en est l’un des représentants les plus électriques. Entre grime et paillettes, punk et dancefloor, ils révèlent quelque chose de neuf dans un paysage indie qui en avait besoin.
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