Il existe dans le rock une tradition du trio sacré : trois musiciens, pas un de plus, pour une alchimie qui soit totale ou ne soit pas. Dätcha Mandala s’inscrit dans cette lignée avec une conviction rare. Power trio influencé principalement par les groupes de rock anglo-saxons, Dätcha Mandala compte depuis 2009 plus de 666 concerts à travers 16 pays d’Europe et outre-Atlantique, avec des passages à New York et Montréal. Une trajectoire qui dit tout de ce que le groupe est fondamentalement : une machine de scène, construite pour le live, taillée pour l’endurance.
Origines : entre datcha et mandala
Le groupe naît à Mérignac, dans la banlieue bordelaise, à la fin des années 2000. L’aventure musicale commence au lycée, quand trois amis partagent la même passion pour le rock anglo-saxon. Le groupe de lycée s’appelait Honky Tonk, un nom qui ne plaisait guère à Nico et Jérémy. Dätcha vient d’un cours d’histoire sur l’Union soviétique. En réfléchissant à la spiritualité et à la philosophie, Jérémy fait l’association entre ce terme russe et Mandala — une métaphore du yin et du yang, de l’équilibre entre les forces matérielles et spirituelles. Un nom qui, dès le départ, place le groupe dans un espace plus grand que le seul rock : celui de la quête, de l’équilibre, du sens.
Le trio est composé de Nicolas « Mandala Man » Sauvey au chant, à la basse, à la guitare acoustique, à l’harmonica et aux claviers ; du « Révérend » Jérémy Saigne à la guitare, au chant, aux claviers et aux chœurs ; et de Jean-Baptiste « Loup » Mallet à la batterie, aux percussions, aux claviers et aux chœurs. Trois musiciens polyvalents dont le son, en live comme en studio, dépasse largement ce qu’un simple effectif de trois personnes laisse supposer.
Un son entre les âges
Dätcha Mandala est un groupe de heavy blues psychédélique. Mais cette étiquette ne suffit pas à rendre compte de leur spectre. Leur musique est une harmonie à trouver entre les gros riffs hard rock, une batterie plus aérienne et un rendu plus rond, plus chaud, plus bluesy. Les influences sont évidentes et assumées — Led Zeppelin plane sur chaque riff, Robert Plant semble souffler dans la voix de Nicolas Sauvey — mais jamais le groupe ne se cantonne à la copie. Des riffs haute tension, des thèmes politiques et philosophiques, une voix à la Robert Plant et une énergie débordante caractérisent parfaitement la musique de Dätcha Mandala.
Discographie : une progression album par album
La discographie du groupe témoigne d’une maturation constante, chaque disque marquant une étape dans l’affirmation de leur identité.
Après une démo intitulée Eden Sensuality en 2011 et un premier EP autoproduit en 2014, le groupe sort le 45 tours Anâhata en septembre 2016 sur MRS Red Sound.
Rokh (2017) constitue leur véritable premier album. Enregistré entièrement en analogique et produit par Clive Martin — crédité sur des productions pour Queen, Thom Yorke, The Cure et Midnight Oil —, Rokh paraît à l’automne 2017. Le nom de l’album fait référence à un oiseau fabuleux présent dans les contes arabes et la mythologie perse. À son image, le groupe survole les genres sans jamais se poser trop longtemps.
Hara sort en juin 2020 — en pleine période de pandémie — et marque un tournant. Ce deuxième album studio est le plus fort, le plus généreux et le plus rock’n’roll que le groupe ait livré jusqu’alors. Les chansons transpirent l’énergie live irrépressible du trio et proposent un voyage à travers les âges du rock, du country blues jusqu’aux sonorités les plus proches de Bowie. Le groupe y aborde aussi des préoccupations écologiques et politiques, élargissant son propos bien au-delà du simple divertissement.
L’EP The Last Drop (2022) sert de pont vers un troisième album plus ambitieux encore. Enregistré au Studio Cryogène Prod de Bègles et dirigé par Clive Martin, il contient cinq inédits et s’accompagne d’un mini-documentaire, In Studio With Dätcha Mandala, offrant un regard sur les coulisses de leur processus créatif.
Koda (2024) représente à ce jour le sommet de leur parcours. Les influences du trio y sont désormais pleinement assimilées, les compositions s’affirment, s’imprègnent d’une certaine modernité et se durcissent parfois, en phase avec l’époque actuelle. Les textes s’assombrissent, influencés par le zeitgeist, même si une vision d’espoir persiste. L’album a été enregistré et mixé par Charles De Schutter — connu pour son travail avec Pleymo, No One Is Innocent, M, Superbus et Kyo — aux studios ICP et Rec’N’Roll à Bruxelles, puis masterisé par Jett Galindo au Bakery Studio de Los Angeles, studio fréquenté par Deep Purple, Pink Floyd et Iggy Pop.
En décembre 2025, le groupe sort Outtakes chez Golden Robot Records, un double single inédit issu des mêmes sessions d’enregistrement que Koda. Le groupe est depuis entré en studio pour préparer son quatrième album.
Une scène de référence
Si la discographie de Dätcha Mandala est solide, c’est la scène qui forge leur réputation. Du Stade de France en première partie des Insus à la scène de la Valley du Hellfest, le trio est réputé pour ses concerts à l’énergie époustouflante et sa générosité. Parmi leurs premières parties figurent les Insus au Stade de France et dans deux Zéniths, Shaka Ponk, Blues Pills, The Temperance Movement, The Inspector Cluzo, et Hayseed Dixie pour 21 concerts au Royaume-Uni. En festival, le groupe a joué au Hellfest, à Beauregard et à La Nuit de l’Erdre, entre autres.
Plus récemment, le groupe a également participé au Resurrection Fest en Espagne, confirmant une présence internationale qui dépasse largement les frontières hexagonales.
Un groupe incontournable de la scène indépendante française
Dätcha Mandala figure aujourd’hui au rang des groupes incontournables de la scène rock indépendante nationale et internationale. Ce statut, ils l’ont construit sans passer par les circuits mainstream, sans compromis artistique, concert après concert, album après album. Plus de 770 concerts dans 20 pays — le chiffre parle de lui-même. Il y a dans ce parcours quelque chose d’admirable : la preuve qu’en France, il est possible de vivre du rock sans renier ce qu’on est.
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