Trois gamins de Bois-d’Arcy, dans les Yvelines, qui se retrouvent dans une cour d’école à sept ans, passionnés de foot et de rock — voilà le point de départ d’une aventure qui allait devenir l’une des plus belles pages du rock français des années 2000. Jérôme Coudanne au chant et à la guitare, Richard Magnac à la basse, Julien Bonnet à la batterie : les membres de Deportivo se sont rencontrés à l’âge de sept ans et ont depuis partagé leur passion pour la musique et le football.
Une naissance dans les starting-blocks
La naissance de Deportivo est presque naturelle, née d’une envie partagée de faire de la scène — envie née de la prestation scénique époustouflante de deux étoiles du rock français : les Wampas et Noir Désir. Les trois amis se mettent chacun à un instrument, commencent par jouer pour leurs potes, puis dans les MJC, avant de s’attaquer aux scènes françaises.
Le nom ? Leur devise se voulait être « dans la vie tout est foot ». Julien a pensé à prendre un nom de club. Il a fait une liste et pour tous, Deportivo a été le flash. Ce nom reflète à la fois l’esprit de groupe, les valeurs collectives et sportives — car ses synonymes sont « association sportive » ou « sporting club » en Espagne, terme qui précède l’ensemble des noms de clubs de football. Un clin d’œil à Manu Chao aussi, qui n’est pas sans importance dans leur galaxie d’influences.
Parmi Eux : le coup de tonnerre
À l’été 2003, le groupe joue devant l’ensemble des représentants des plus grosses maisons de disques et tourneurs français. Les propositions de contrats affluent. Le groupe choisit de signer avec Barclay. En 2003, il sort le maxi La Salade. Leur premier album Parmi Eux, enregistré au Black Box Studio par Arnaud Bascuñana, sort le 4 mai 2004.
C’est un succès scénique — le groupe débute sa tournée en jouant en premières parties des Wampas et la finira 140 concerts plus tard. À Paris, c’est complet à chaque fois, tant à La Cigale qu’au Bataclan, en passant par des premières parties de Louise Attaque au Zénith et au Grand Rex. C’est un succès critique au travers de chroniques élogieuses, notamment dans Les Inrockuptibles de mai 2004 : « Deportivo est la plus belle expérience sonique française qui nous ait été donnée de vivre depuis Noir Désir. » Puis un succès commercial avec 60 000 exemplaires vendus de Parmi Eux.
Deportivo est cité par Les Inrockuptibles comme l’une des révélations du rock français « les plus fracassantes » de ces dernières années. Le groupe figure en couverture du magazine aux côtés de Luke en novembre 2005, en couverture de Rock Sound en juillet 2005, et en couverture de Guitar Part en 2007. La reconnaissance vient aussi des pairs : Serge Teyssot-Gay de Noir Désir déclare dans Rolling Stone être « sensible à la musique de Deportivo ». Alain Bashung affirme dans Rock & Folk en 2008 avoir « apprécié le premier album de Deportivo ». Gaëtan Roussel les loue lors de l’émission Taratata en avril 2008. Miossec leur dédicace Les Bières… lors de ses concerts.
Une discographie en dents de scie
Deportivo (2007) — Produit par Gordon Raphaël — le producteur des Strokes — et Yann Madec, le deuxième album homonyme marque une progression indéniable. Les fans répondent présent et cette fois Deportivo accroche une brillante 29e place au Top. Le disque comprend une reprise de Miossec, Les Bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement, avec Arnaud Samuel de Louise Attaque au violon.
Ivres et Débutants (2011) — Produit par Gaëtan Roussel lui-même, l’album marque une nouvelle étape dans l’ascension du groupe. Salué par la critique, il déroute une partie des fans et tourne à l’échec commercial. La sanction douloureuse se double de la rupture du contrat de Deportivo avec son label Barclay.
Domino (2013) — Premier disque autoproduit, après la création de leur propre label Titanic Records. Les Inrockuptibles saluent le retour « du rock tranchant et intense de Deportivo en dix titres incisifs, dont certains ont un charme venimeux. » Rock & Folk parle d’« un superbe résultat montrant une vraie harmonie entre textes et musique ». La bête ne s’avoue pas vaincue.
Reptile (2024) — Sorti le 21 octobre 2024, Reptile marque le retour fougueux de Deportivo, débordant d’énergie et de fraîcheur. Musicalement, l’album vire vers le rock alternatif avec le très énergique Fiasco, et vers le grunge avec le titre éponyme aux accents nirvanaïens. On y trouve aussi des moments plus calmes, comme la ballade folk J’aurais Dû T’en Parler et le poignant Trainards. La production fine et inventive de Clément Daquin offre des textures riches, notamment sur le très radio-friendly (L)égo.
Reptile tangue, il s’éparpille parfois, mais il avance tout en étant cabossé et résolument humain. Il refuse le « retour aux sources » qui sent la naphtaline. Il choisit la mue. Une mue qui gratte, qui démange, mais qui dit la vérité.
Le retour du fils prodigue
Après sept ans de pause, Deportivo surprend son monde en remontant sur scène le 14 octobre 2022 à La Cigale de Paris — date affichant complet depuis des mois. Le concert, loin d’être un rendez-vous pour nostalgiques, s’avère être une véritable célébration du moment présent : des jeunes gens d’une vingtaine d’années associés à des quarantenaires pour reprendre en chœur les paroles de Jérôme Coudanne, monter sur scène pour embrasser les musiciens, sauter joyeusement dans la fosse. De Lyon à Rennes, de Paris à Brest, les concerts sont pleins, joyeux et bordéliques.
Le groupe joue le 4 mai 2024 au Trianon pour célébrer, jour pour jour, les 20 ans de la sortie de Parmi Eux, avant une tournée de festivals. S’enchaînent ensuite un sold-out à l’Olympia en mars 2025, puis une série de dates estivales. De toute évidence, Deportivo n’est plus seulement de retour, mais bel et bien là pour rester.
Un line-up renouvelé, une âme intacte
Lors du retour en 2022, le line-up inclut Jérôme Coudanne au chant et à la guitare, Julien Bonnet à la batterie, Clément Fonio à la basse — remplaçant Richard Magnac —, Cédric Le Roux à la guitare, et Alexandre Maillard aux claviers. Cinq sur scène désormais, là où trois suffisaient au départ — mais le cœur du groupe reste le même : Coudanne, sa plume ciselée, sa façon de mettre des mots cabossés sur des riffs qui saignent.
Deportivo ne cherche plus à impressionner. Il raconte. Il expose. Il tranche quand il faut, mais n’a plus besoin de gueuler pour être entendu. C’est peut-être ça, la vraie définition de la maturité d’un groupe de rock : savoir que le silence entre deux riffs peut en dire autant que le riff lui-même.
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