Dermot Kennedy

Il y a des voix qu’on reconnaît à la première seconde. Pas parce qu’elles sont parfaites — parce qu’elles sont vraies. Celle de Dermot Kennedy est de celles-là : granuleuse, mélancolique, capable de passer du murmure au rugissement en l’espace d’une mesure, comme un ciel irlandais qui bascule du gris au bleu sans prévenir. Né à Rathcoole, dans la banlieue de Dublin, cet auteur-compositeur-interprète de 34 ans a construit sa carrière à l’envers — en remplissant des salles sold out aux États-Unis et en Europe avant même d’avoir sorti un premier album. Trois albums plus tard, dont The Weight of the Woods sorti le 3 avril 2026, 4 milliards de streams cumulés, des disques de platine dans 12 pays et deux dates sold out à l’Aviva Stadium de Dublin cet été, Dermot Kennedy est devenu l’une des voix les plus puissantes et les plus authentiques de sa génération. Et il chante toujours comme s’il était seul dans la forêt derrière chez lui.

Rathcoole, la guitare à 10 ans et les open mics

Dermot Joseph Kennedy naît le 13 décembre 1991 à Rathcoole, dans le comté de Dublin. Son enfance est celle d’un gamin irlandais ordinaire, passionné de football, qui découvre la guitare à 10 ans et commence à écrire des chansons à 14. Il ne prend la musique au sérieux qu’à 17 ans — mais quand il s’y met, c’est avec la ténacité de ceux qui savent que c’est la seule chose qu’ils veulent faire. Son père le conduit régulièrement à Dublin pour qu’il se produise dans des open mics, alors qu’il n’a pas encore l’âge légal pour entrer dans les pubs. Sa mère l’aide à s’inscrire pour étudier la musique classique à l’université de Maynooth (National University of Ireland), dans le comté de Kildare, où il passera trois ans.

Sa tante paternelle est Mary Kennedy, présentatrice emblématique de la télévision irlandaise sur RTÉ. Mais la célébrité familiale n’a rien à voir avec son parcours : Dermot Kennedy a tout construit depuis la rue — littéralement.

Le busking : dix ans de trottoirs avant les stades

À 17 ans, Kennedy commence à busker — jouer dans la rue, guitare ouverte, en espérant que les passants s’arrêtent. Il ne s’arrêtera plus pendant une décennie. Dublin d’abord, puis Boston, New York, et d’autres villes où il pose sa guitare sur le pavé. C’est dans cette école de la rue — la plus exigeante qui soit — qu’il forge son son, sa présence scénique et cette capacité à tenir un public avec rien d’autre qu’une voix et six cordes.

C’est aussi dans les rues de Dublin qu’il croise Glen Hansard — le chanteur des Frames, Oscar du meilleur film pour Once — qui deviendra un mentor et un soutien déterminant. Hansard l’invite sur scène à plusieurs reprises, aux côtés de Declan O’Rourke et Damien Dempsey, lui offrant une exposition cruciale. Kennedy cite parmi ses influences majeures Damien Rice, David Gray, Glen Hansard, Ray LaMontagne et surtout Bon Iver (Justin Vernon), qu’il considère comme sa plus grande inspiration.

Spotify, Taylor Swift et l’explosion sans album

En 2015, Kennedy met en ligne sur Spotify une chanson intitulée An Evening I Will Not Forget. Il sent qu’il « touche enfin les gens ». La machine se met en marche. Les EP s’enchaînent — Doves & Ravens (2017), puis Mike Dean Presents: Dermot Kennedy, une collaboration avec le légendaire producteur hip-hop texan Mike Dean (Kanye West, Travis Scott) qui ouvre sa musique à des textures électroniques et urbaines inattendues. Kennedy lui-même décrit ce projet comme un « mix tape ».

Le basculement arrive quand Taylor Swift inclut son titre Boston dans une playlist curatée sur Spotify. Du jour au lendemain, le morceau explose. Kennedy remplit des salles sold out aux États-Unis et en Europe — sans avoir sorti le moindre album. En mars 2018, le New York Times le repère au festival South by Southwest (SXSW) à Austin et le désigne comme l’un des artistes les plus marquants du festival : sa voix est décrite comme « granuleuse et mélancolique, capable de monter dans un râle hurlant ». GQ le compare à un Ed Sheeran « en plus sombre, plus mélancolique ».

Without Fear (2019) : le premier album, numéro un

Le 4 octobre 2019, après des années de maturation, sort enfin Without Fear — un album qui contient des chansons écrites jusqu’à huit ans plus tôt. Vingt titres dans l’édition augmentée. Les singles Power Over Me, Outnumbered, Lost et Moments Passed sont portés par cette voix massive et ces arrangements qui fusionnent le folk irlandais, la production électronique et les dynamiques de l’arena rock.

L’impact est immédiat : numéro un au Royaume-Uni et en Irlande, le meilleur démarrage pour un album irlandais du millénaire. Disque de platine dans 12 pays. Plus de 4 milliards de streams cumulés toutes plateformes confondues. Nomination aux Brit Awards 2020 dans la catégorie Meilleur artiste international masculin. Le single Giants (2020) et la collaboration avec Meduza sur Paradise élargissent encore son audience.

En 2021, Kennedy enregistre une reprise de Nothing Else Matters de Metallica pour l’album caritatif The Metallica Blacklist, et contribue à Songs for Australia (organisé par Julia Stone) avec une reprise de Resolution de Matt Corby.

Sonder (2022) : l’ouverture et le doute

Le 18 novembre 2022, Sonder sort — un deuxième album plus pop, plus lumineux, avec des titres comme Kiss Me et Better Days (RTÉ Choice Music Prize 2022) qui divisent une partie des fans nostalgiques du folk brut des débuts. Kennedy ne renie rien : il explore, il élargit, il teste les limites de son son. La tournée mondiale qui suit inclut un concert headliner au Madison Square Garden — un cap symbolique pour un ancien busker de Dublin.

Mais le doute s’installe. Sur la route, Kennedy s’interroge sur le sens de ce qu’il fait, observe les fans craquer dans le public et se demande ce qui, dans leurs vies, les connecte si profondément à ses chansons. L’industrie, la tournée permanente, le brouillard — il a besoin de revenir à l’essentiel.

The Weight of the Woods (2026) : le retour aux racines

Le 3 avril 2026, The Weight of the Woods sort chez Island/Interscope Records. Quatorze titres, produits par Gabe Simon (Noah Kahan, Lana Del Rey), écrits et enregistrés entre un studio près de chez lui en Irlande rurale et Nashville. C’est l’album de la réconciliation — avec ses racines, avec le paysage, avec la forêt derrière sa maison qu’il appelle « un havre pour mon sens de l’émerveillement ».

Le son est un mélange de textures folk, de chaleur country et de mélodies qui s’envolent sans jamais perdre leur intimité. Des instruments irlandais, une histoire irlandaise. Le single principal, Funeral, créé lors de l’émission Other Voices de la BBC, donne le ton : sombre, poétique, habité. Kennedy décrit l’album ainsi : « C’est une belle chose faite maison. Il y a une forêt derrière chez moi, c’est un endroit paisible où je peux m’évader. J’ai envisagé de vivre ailleurs, mais je ne crois pas que je serais heureux nulle part d’autre. »

Le titre de l’album est à prendre au sens propre : quand il mourra, dit-il, il voudrait devenir partie intégrante de ce paysage, « se dissoudre dans la forêt ».

2026 : l’Aviva Stadium, l’Olympia, les arenas

La tournée The Weight of the Woods est la plus ambitieuse de sa carrière. En Europe et au Royaume-Uni (mai-juin 2026), elle passe par Copenhague, Stockholm, Hambourg, Berlin, Zurich (Halle 622, 17 mai), Paris (L’Olympia, 18 mai), Luxembourg, Bruxelles (Forest National), Munich, Vienne, Düsseldorf, Amsterdam, Glasgow, Manchester, Cardiff, Leeds, Birmingham et Londres (The O2). Deux dates sold out à l’Aviva Stadium de Dublin les 11 et 12 juillet — un retour triomphal au pays pour le gamin de Rathcoole. En Amérique du Nord (septembre-octobre 2026), 29 dates incluant Red Rocks, Forest Hills Stadium (New York), The Greek Theatre (Los Angeles) et le MGM Music Hall de Boston.

Kennedy a partagé la scène ces dernières années avec Niall Horan, Noah Kahan et Zach Bryan. Taylor Swift et Shawn Mendes ont publiquement salué son travail. Mais sur scène, il reste ce qu’il a toujours été : un type seul avec sa voix, qui chante comme si le monde dépendait de chaque mot.

Récompenses principales

Nomination aux Brit Awards 2020 (Meilleur artiste international) · RTÉ Choice Music Prize 2022 (Chanson irlandaise de l’année pour Better Days) · Disque de platine dans 12 pays · 4 milliards de streams

Ce qu’il faut retenir

Dermot Kennedy est l’un de ces artistes rares qui parviennent à remplir des stades tout en donnant l’impression de chanter dans votre salon. Son parcours — du busking dans les rues de Dublin à l’Aviva Stadium, en passant par les trottoirs de Boston, les open mics clandestins et la bénédiction de Taylor Swift — est celui d’un artiste qui n’a jamais pris de raccourci. Sa voix — granuleuse, puissante, capable de vous retourner l’estomac avec trois mots — porte l’héritage de toute une lignée de songwriters irlandais : Hansard, Rice, Van Morrison, Phil Lynott. Mais Kennedy ne se contente pas de prolonger une tradition : il la réinvente, en y injectant des textures hip-hop, électroniques et cinématographiques qui font de chaque chanson un paysage à part entière. Avec The Weight of the Woods, il revient à l’essentiel — la terre, les arbres, la forêt derrière chez lui — et prouve qu’on peut être un artiste de stade et rester, au fond, un gars seul avec sa guitare qui chante pour que le monde ait un peu moins mal.

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