Feldup
Feldup est un vidéaste, musicien et chanteur français, né en mars 2002, de son vrai nom Félix Dupuis. Originaire de Franche-Comté, il est principalement connu pour ses vidéos d’horreur sur internet, en particulier sa série Findings au format long, qui revient sur les mystères d’internet et de la pop-culture en général. Il développe en parallèle une activité musicale depuis 2016, avec un premier album physique en 2020 et une première tournée en 2023.
Feldup est l’une des figures les plus singulières et les plus difficiles à classer de la scène musicale française émergente : un artiste né dans les abysses d’internet, qui a transformé la solitude et le trauma en rock alternatif brut, autobiographique et sans concession.
Une enfance entre isolement et internet
Félix Dupuis n’a pas eu une enfance facile. Ayant du mal à se socialiser jusqu’à ses 15 ans, il s’est vite retranché dans ses passions, notamment internet et la musique : « Je regarde des vidéos sur internet depuis que j’ai 6 ans. » Cet isolement, d’abord inconscient, est progressivement devenu volontaire, notamment en raison de questionnements existentiels très précoces et d’un mode de pensée différent des autres.
Il grandit en Franche-Comté. Tout jeune, il découvre sur internet des vidéos lugubres et morbides, ce qui le pousse à créer une chaîne centrée autour de ces thèmes. Il découvre l’ARG Marble Hornets, qui lui donne une passion pour la creepypasta du Slenderman, et s’inspire alors de ce travail pour créer ses premières vidéos. Dans une entrevue, il déclare : « J’étais très solitaire et les seuls amis que je trouvais étaient sur internet. »
Bon élève malgré tout, il intègre à 15 ans un lycée parisien qu’il décrit comme « très strict » et dont il ne garde pas de bons souvenirs.
L’éveil musical : de Boards of Canada à Radiohead
Dès l’âge de 10 ans, il comprend que la musique est un vecteur émotionnel important pour lui. En 2014, il décide d’en faire après être tombé amoureux de Boards of Canada, un groupe de musique électronique écossais.
Dès qu’il les écoute, au passage du CM2 à la sixième, il est bouleversé. Il commence alors à collectionner tous leurs disques, fasciné par la manière dont sonne leur musique et par les mystères qu’elle recèle. Tout cela le pousse à créer sa propre musique. Il commence avec Audacity, puis Musescore, avant de trouver Ableton, qu’il utilise encore aujourd’hui, et sur lequel il compose d’abord de la musique électronique.
En 2016, il découvre Radiohead avec le morceau Burn the Witch. Puis, en 2019, il découvre Daniel Johnston : « C’est un mec qui a toujours été extrêmement sincère dans sa musique, avec des paroles très belles, profondes, directes, et le tout fait dans des conditions psychologiques abominables. » Les Strokes complètent ce tableau d’influences revendiquées, notamment pour leur son post-2000.
La double vie : YouTube et musique
Feldup lance sa première chaîne YouTube en 2011, alors seulement âgé de 9 ans, en postant des vidéos sur Minecraft. C’est à 12 ans, en 2014, qu’il crée la chaîne Feldup telle qu’on la connaît aujourd’hui, basée sur le décryptage de contenu creepypasta et de légendes urbaines diffusées sur internet.
C’est surtout grâce à sa série Findings qu’il se construit une notoriété sur YouTube. Quand sa chaîne commence à décoller, il abandonne sa première année d’ingénierie sonore pour se consacrer à ses créations. Cette décision illustre bien la tension constante chez Feldup entre l’artiste instinctif et l’esprit méthodique — celui qui aurait pu devenir ingénieur, et qui préfère coder des émotions en riffs de guitare.
A Thousand Doors, Just One Key : l’enfant de rock surgit
En octobre 2020, le journal Libération titre « Enfant du rock » à la parution de l’album crépusculaire A Thousand Doors, Just One Key. Derrière le pseudonyme se cachait Félix Dupuis, qui venait tout juste d’avoir 18 ans.
Très sensible aux timbres et aux textures sonores, Feldup admet que la couleur joue un rôle essentiel dans sa musique. Mais malgré cet amour de la couleur, ces sonorités brutes gorgées d’arrière-plans mélancoliques révèlent des tonalités en noir et blanc où l’expressivité des sentiments est peu à peu distillée. Les paroles prennent le parti de l’authenticité brute, dans l’expression du désarroi comme dans les élans d’espoir.
La rencontre avec le label Talitres se fait par l’intermédiaire d’un ami commun. Il hésite longuement à signer — il venait d’avoir 18 ans, et traversait une période difficile. Mais quand il voit la liste des artistes avec lesquels le label a travaillé, comme The National ou Motorama, il finit par accepter. « Ils m’ont laissé une liberté créatrice totale. Ils n’ont rien touché à ma musique et m’ont juste fait confiance. C’est très précieux. »
Stared at from a Distance : le disque du trauma
C’est avec son deuxième album sous Talitres, sorti le 10 novembre 2023, que Feldup atteint une dimension nouvelle — plus sombre, plus ambitieuse, plus dévastatrice.
Félix Dupuis commence à écrire Stared at from a Distance quand il ressent le besoin profond d’articuler l’immense détresse émotionnelle qu’il vit. « Tout me semblait décousu ou abstrait. Parfois, j’écrivais des lignes d’une honnêteté si brutale qu’elles m’étaient inconfortables. Elles m’apportaient un réconfort, mais je n’avais aucune intention de les faire entendre à qui que ce soit. »
L’album raconte, sans détour, les agressions sexuelles et le processus de manipulation dont il a été victime en 2020, à peine majeur. C’est un exutoire d’une rare densité, né du besoin de coucher sur papier une terrible détresse émotionnelle et un profond traumatisme.
Mêlant textures ambiantes, noise abrasif et rock cathartique, Feldup construit des chansons d’une honnêteté brutale qui résonnent bien au-delà de sa propre histoire. L’album, d’une durée de plus d’une heure et sept minutes, s’organise en onze titres — dont plusieurs dépassent les neuf minutes — et constitue une narration quasi-cinématographique, du naufrage initial jusqu’à la reconstruction, conclue par To Love Again.
L’album attire l’attention de l’écrivain Benjamin Berton, qui le décrit comme l’« exercice intime et stylistique le plus abouti que vous croiserez avant longtemps ».
Un artiste de scène en plein essor
En 2023, Feldup donne une série de concerts, désormais accompagné d’un groupe. La formation, baptisée Feldup & The Showerheads, transforme l’expérience des albums en quelque chose de puissamment collectif sur scène — un contraste saisissant avec le caractère solitaire et chambriste de ses enregistrements.
Durant l’été 2025, il est à l’affiche de plusieurs festivals : à Besançon pour le festival Détonation, au Montreux Jazz Festival, à Reconnexion Ramatuelle et à Musiques en Stock à Scionzier. Sa présence au Montreux Jazz Festival, quelques années après elie zoé y ayant partagé l’affiche avec Nick Cave, témoigne d’une reconnaissance qui dépasse largement les frontières de la communauté YouTube qui l’a découvert.
Une discographie prolifique et souterraine
Feldup crée de la musique sous de nombreux pseudonymes dont seulement une partie furent trouvés ou revendiqués. En 2024, il avait produit une trentaine d’albums, dont une partie qui sont des lost medias. Sa discographie officielle compte des projets comme Stargazing and Healing (2019), A Season in the Dark, a Bottomless Trench (2021), Man in the Abyss, a Hole for a Face (2021), ou encore le récent EP Moments of Sobriety (2025), premier enregistrement live du groupe au complet.
En résumé
Feldup est une anomalie bienvenue dans le paysage musical français. Autodidacte formé par internet, auteur-compositeur d’une sincérité désarmante, il a transformé la solitude, le trauma et la guérison en une œuvre rock qui touche là où ça fait mal — et où ça libère. À une époque où la frontière entre créateur de contenu et artiste est souvent floue, lui l’a franchie avec une intégrité rare, en refusant de séparer ce qu’il vit de ce qu’il fait sonner.
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