Il y a des voix qui chantent. Et il y a des voix qui enveloppent — qui vous prennent par les épaules, vous serrent contre elles et vous murmurent que tout ira bien. Celle de Gregory Porter appartient à cette seconde famille. Baryton soyeux, puissant et d’une profondeur émotionnelle qui donne l’impression d’être touché physiquement par le son, Porter est devenu en une quinzaine d’années le chanteur de jazz le plus populaire de sa génération — et sans doute le plus important depuis les grandes heures de la tradition vocale américaine. Deux Grammy Awards, sept nominations, plus d’un million d’albums vendus pour le seul Liquid Spirit, un Edison Jazz Lifetime Achievement Award en 2025, et cette casquette iconique qu’il ne quitte jamais : Gregory Porter est un phénomène qui transcende les chapelles, attire aussi bien le public jazz que les amateurs de soul et de gospel, et remplit des salles de concert du monde entier avec la tranquille assurance de ceux qui savent que leur voix suffit.
Bakersfield, le gospel et Nat King Cole
Gregory Porter naît le 12 novembre 1971 à Sacramento, en Californie, et grandit à Bakersfield — cette ville du sud de la Central Valley où la poussière se mêle à la musique, entre country, gospel sudiste et rhythm and blues. Sa mère est pasteur, et c’est dans l’église qu’il découvre le chant — le Southern Gospel de Bakersfield, avec ses harmonies riches et ses élans spirituels. À la maison, il y a autre chose qui tourne en boucle : la collection de disques de Nat King Cole de sa mère. Le gamin grandit bercé par cette voix veloutée, entre huit frères et sœurs, dans une maison où la cuisine et la musique occupent le même espace central.
À cinq ans, il compose sa première chanson — Once Upon a Time, I Had a Dreamboat — et l’enregistre sur une cassette. Quand sa mère rentre du travail et l’écoute, elle s’exclame : « On dirait Nat King Cole ! » Le destin est en marche, même si personne ne le sait encore.
Du football au jazz : le virage de San Diego
Le chemin de Porter vers la musique n’est pas direct. Athlète doué, il décroche une bourse sportive pour la San Diego State University, où il joue au football américain. Mais une blessure à l’épaule met fin à ses ambitions sportives. C’est dans les petits clubs de jazz de San Diego qu’il commence alors à chanter — d’abord timidement, puis avec une conviction grandissante. Le gospel de son enfance rencontre le jazz des fumoirs, la soul des juke-boxes et le blues des rues. Porter forge son son dans ces salles à moitié vides, nuit après nuit.
Il finit par s’installer à New York pour se consacrer entièrement à la musique. Ses débuts new-yorkais sont modestes : il chante au Bread-Stuy, le restaurant de son frère Lloyd à Brooklyn, où il officie aussi comme cuisinier. Puis les petites salles de Brooklyn et Harlem — Sistah’s Place, Solomon’s Porch — commencent à le faire connaître dans le milieu jazz local. Parallèlement, il intègre la distribution originale de la comédie musicale de Broadway It Ain’t Nothin’ But the Blues, ce qui lui offre une première visibilité scénique nationale.
Water, Be Good et les premières nominations aux Grammy
En 2010, Porter sort son premier album, Water, sur le label Motéma Music. L’album est nommé au Grammy du Best Jazz Vocal Album — une reconnaissance immédiate qui confirme ce que les habitués des clubs new-yorkais savent déjà : cette voix est exceptionnelle. En 2012, Be Good poursuit la lancée avec une deuxième nomination aux Grammy, cette fois pour Best Traditional R&B Performance pour le titre éponyme. La critique est unanime. NPR le désigne comme le futur grand chanteur de jazz américain.
Liquid Spirit (2013) : le phénomène mondial
Tout change en 2013. Porter signe chez Blue Note Records — le label légendaire de Miles Davis, John Coltrane, Thelonious Monk — et sort Liquid Spirit, produit par Brian Bacchus. L’album est un séisme : il se vend à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, entre dans le top 10 en Allemagne et aux Pays-Bas, le top 20 au Royaume-Uni, et remporte le Grammy Award du Best Jazz Vocal Album. NPR le proclame officiellement « America’s next great jazz singer ».
Le titre Liquid Spirit devient un hymne qui transcende les frontières du jazz — il est repris, remixé, samplé, et porte la voix de Porter dans des sphères que le jazz vocal n’avait plus touchées depuis des décennies. Ce qui frappe chez Porter, c’est cette capacité à être à la fois profondément ancré dans la tradition — on entend Nat King Cole, Donny Hathaway, Bill Withers, Ray Charles — et radicalement contemporain dans sa façon de toucher un public qui ne se définit pas comme « amateur de jazz ».
Take Me to the Alley et le deuxième Grammy
En 2016, Take Me to the Alley enfonce le clou. L’album remporte le deuxième Grammy Award de Porter dans la catégorie Best Vocal Jazz Album et le consacre définitivement comme la voix jazz la plus soul de sa génération. Les critiques, les ventes, les salles sold out à travers le monde — tout confirme que Porter n’est pas un phénomène passager mais un artiste majeur, installé dans la durée.
Nat King Cole, All Rise et Still Rising
En 2017, Porter rend hommage à l’homme qui a tout déclenché avec Nat King Cole & Me — un album de reprises profondément personnel, enregistré avec orchestre, qui atteint la première place du Billboard Jazz Chart et reçoit une nomination aux Grammy dans la catégorie Best Traditional Pop Vocal Album. L’enfant de Bakersfield boucle la boucle : la voix de Nat King Cole, découverte sur les disques de sa mère, est devenue la pierre angulaire de sa propre histoire.
En 2020, All Rise marque un retour à l’écriture originale — un album optimiste et lumineux, nommé aux Grammy, qui porte un message d’élévation collective. En 2021, Still Rising compile nouvelles chansons, reprises, duos et une sélection de ses morceaux les plus aimés. En 2023, Christmas Wish — septième album studio — explore le répertoire de Noël avec la chaleur qu’on lui connaît.
La casquette, la cuisine et le podcast
On ne peut pas parler de Gregory Porter sans parler de la casquette. Ce couvre-chef iconique — une sorte de casquette deerstalker qui lui couvre les oreilles et les joues — est devenu sa signature visuelle, au point d’être indissociable de son image. Porter a expliqué qu’il la portait à l’origine pour des raisons médicales (une cicatrice faciale qu’il souhaitait dissimuler) avant qu’elle ne devienne un élément identitaire assumé.
Au-delà de la musique, Porter est un homme de partage. Il a animé The Hang, un podcast de conversations avec ses amis célèbres, et The PorterHouse, une émission culinaire dans laquelle il partage des recettes inspirées par sa communauté locale, ses expériences de tournée à travers le monde et les traditions culinaires familiales — celles d’une mère qui nourrissait huit enfants avec amour et inventivité. En 2025, il a participé à la sixième saison de The Masked Singer UK sous le nom de « Dressed Crab », terminant deuxième.
2025-2026 : le Edison Award et les tournées
En 2025, Gregory Porter reçoit le Edison Jazz Lifetime Achievement Award — une distinction qui consacre l’ensemble de sa carrière. Sa tournée Love Is King Tour traverse les États-Unis depuis décembre 2025 et se prolonge en 2026. L’été 2026 le ramènera en Europe et dans les festivals internationaux, notamment à Guitare en Scène à Saint-Julien-en-Genevois les 14-17 juillet 2026.
Récompenses principales
2 Grammy Awards (Best Jazz Vocal Album 2014, Best Vocal Jazz Album 2017) · 7 nominations Grammy au total · * Edison Jazz Lifetime Achievement Award* (2025) · #1 Billboard Jazz Chart (Nat King Cole & Me) · Plus d’un million d’albums vendus (Liquid Spirit)
Ce qu’il faut retenir
Gregory Porter est la preuve vivante que le jazz vocal n’a pas dit son dernier mot. Dans un paysage musical dominé par l’éphémère et l’algorithmique, il a construit une carrière monumentale sur les fondations les plus anciennes qui soient : une voix extraordinaire, des chansons qui parlent d’amour et de condition humaine, et un enracinement profond dans la tradition du gospel, du blues et de la soul. Sa voix — décrite comme de « l’or liquide » — porte en elle l’héritage de Nat King Cole, Donny Hathaway, Bill Withers et Ray Charles, tout en étant irréductiblement la sienne. Du restaurant de son frère à Brooklyn aux scènes des plus grandes salles du monde, du football raté à deux Grammy Awards, Gregory Porter incarne une trajectoire aussi improbable que logique : celle d’un homme qui a toujours su que sa voix était son véritable terrain de jeu. Et sur ce terrain-là, personne ne joue dans la même catégorie.
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