Le miracle post-hardcore venu du Sud
Il y a des groupes qui sonnent comme s’ils avaient été cryogénisés à Seattle en 1994 pour être décongélés aujourd’hui à Montpellier. Confronté au post-hardcore de Loons, on se demande d’où ils sortent, ce qu’ils mangent au petit-déjeuner, et surtout en quelle année on est. Leur son plonge dans le grunge et l’indie rock qui ont fait les grandes heures de la scène américaine des années 90 — et le paradoxe devient total quand on apprend que leurs membres n’étaient même pas nés à l’âge d’or de ce mouvement.
C’est là tout le prodige Loons.
Trois amis, un lycée, une pandémie
L’aventure collective démarre en 2020. Elio Richardeau (chant, guitare), Axel Sirodeau (batterie) et Antoine Bay (chant, basse) se sont liés connaissance sur les bancs d’un lycée pour, au final, ne plus se quitter d’une semelle. La période Covid s’avère propice à cultiver l’amour de la musique et à développer une passion commune. Sans même s’attendre à en arriver là, leur première expérience studio arrive plus tôt que prévu.
Le trio est montpelliérain jusqu’au bout des riffs. Il grandit dans une ville qui a toujours entretenu une relation intense avec le rock alternatif, et cette filiation géographique compte dans leur trajectoire — les premières scènes, les premiers contacts avec un public local qui apprend à les connaître, la communauté indie régionale qui les adopte.
Un son d’une autre époque, ancré dans le présent
Les références de Loons disent tout de leur esthétique : le trio se réclame du noise de Sonic Youth, du métal de Deftones et du shoegaze de My Bloody Valentine. À ces piliers s’ajoutent Quicksand, Jawbox et les débuts de Deftones. Des noms qui évoquent une époque précise — les années 90 américaines, entre alternative rock bouillonnant, grunge suintant la sincérité et post-hardcore tranchant comme une lame.
Pourtant, leur mélange de post-hardcore, de grunge et d’indie ne sonne absolument pas daté, mais plutôt comme une modernisation de ces années 90. La nuance est importante. Loons ne pratique pas le revival, cette posture un peu muséale qui consiste à reproduire le passé. Ils l’habitent, le font leur, le projettent vers maintenant.
Une des forces du groupe réside dans la complémentarité vocale entre Elio et Antoine. Loons développe naturellement un duo vocal, avec les deux chanteurs partageant la volonté de fusionner leurs voix en un seul chant unifié. La dualité donne à leur musique toute son essence — l’efficacité contre la douceur, l’introspection contre la lourdeur.
Discographie : de Cold Flames à Life Is
Cold Flames (EP, mai 2022) — cinq titres — Cold Flames, Wings, Blizzard, Blue et Bliss — enregistrés et mixés par Lo Spider, puis masterisés par Jim Diamond. Avec une moyenne d’âge de 21 ans, le groupe ne sonne pas comme de vieux routiers des nineties : l’EP tabasse avec une fraîcheur et un aplomb jouissifs. C’est cette sortie qui fait tomber les premières têtes et installe Loons comme une promesse sérieuse sur la scène hexagonale.
Life Is (album, novembre 2025) — Le grand saut. Le power trio fait une entrée remarquée sur la scène post-hardcore française avec son premier album, Life Is, sorti le 28 novembre 2025 en physique et digital via Howlin Banana, Head Records et Les Disques du Paradis. L’album compte onze morceaux, passant d’un post-hardcore pur et dur (To Your Core, Katag — 971 People Down) à un indie rock frissonnant d’émotion (Solar, Spectre, Stef).
Pour l’enregistrement, le trio prend la direction de The Apiary, le studio de l’incontournable Amaury Sauvé — connu pour ses productions avec Birds In Row, Plebeian Grandstand, It It Anita et Lost In Kiev — afin de donner à cet album un son aussi organique que percutant. Le résultat est à la hauteur de l’ambition : dès l’ouverture avec Among The Mourners, les guitares grunge emportent l’auditeur, la batterie d’Axel Sirodeau frappe fort, et l’énergie ne lâche plus jusqu’au dernier accord.
La pochette est réalisée par le chanteur et guitariste Elio Richardeau avec Tanguy Agobian — signe d’un groupe qui contrôle son image autant que sa musique, d’une cohésion artistique qui dépasse les seules compositions.
La scène comme terrain de jeu
Loons n’est pas un groupe de studio. Tout dans leur façon de jouer — l’urgence, l’énergie brute, la communion entre les membres — renvoie à la scène. Lors de leur release party au Rockstore de Montpellier, tout le répertoire de Life Is y passe, complété par des nouveautés et des titres de Cold Flames, dans une ambiance que les spectateurs n’avaient plus ressentie depuis longtemps lors d’une programmation rock.
En mai 2026, le groupe joue au Supersonic à Paris en tête d’affiche, confirmant une montée en puissance sur la scène nationale. On les retrouve également à La Sainte Rock à Aix-en-Provence, aux côtés de Dätcha Mandala, Cachemire et d’autres — une reconnaissance par les pairs autant que par les programmateurs.
La relève, c’est eux
Il y a une phrase qui circule dans les chroniques consacrées à Loons, et qui en dit long : selon les dires des membres eux-mêmes, seuls les « darons » venaient les voir en concert sous prétexte que ça leur rappelait leur jeunesse. La formule est drôle, un peu auto-dépréciative, mais elle résume bien le défi que Loons a déjà relevé avec Life Is : convertir une nouvelle génération à un rock que beaucoup croyaient réservé aux nostalgiques.
À 21 ans, Elio Richardeau, Antoine Bay et Axel Sirodeau incarnent le petit miracle que le rock hexagonal n’attendait plus. Ce n’est pas une formule de presse. C’est une réalité que quiconque les a vus sur scène ou mis Life Is dans ses oreilles confirme sans hésiter.
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