Moby, de son vrai nom Richard Melville Hall, est un musicien, auteur-compositeur, DJ, producteur et militant américain né le 11 septembre 1965 à Harlem, New York. Figure pionnière de la musique électronique, il est considéré par AllMusic comme l’un des artistes les plus importants de la dance music des années 1990, ayant contribué comme peu d’autres à faire entrer le genre dans le mainstream aux États-Unis et au Royaume-Uni. Avec plus de 20 millions d’albums vendus, un répertoire d’une diversité vertigineuse — du punk au ambient en passant par la techno, le blues et la musique orchestrale — et un engagement radical pour les droits des animaux, Moby est l’un des artistes les plus singuliers et les plus inclassables de sa génération.
De Melville à Moby : une enfance atypique
Le surnom « Moby » accompagne Richard Melville Hall depuis sa naissance. Il fait référence au roman Moby Dick, écrit par son arrière-arrière-arrière-grand-oncle Herman Melville. Son père, James Frederick Hall, professeur de chimie, meurt dans un accident de voiture en état d’ivresse quand Richard a deux ans. Sa mère, Elizabeth, aide médicale le jour et claviériste dans un groupe la nuit, l’élève entre Darien, dans le Connecticut — chez ses grands-parents aisés, membres du country club local — et son propre appartement modeste les week-ends. Cette double vie entre l’Amérique bourgeoise et la précarité forge une personnalité complexe, à la fois introspective et combative.
À neuf ans, il commence le piano et la guitare. L’adolescence le plonge dans le punk rock : dès le début des années 1980, il joue dans plusieurs groupes underground, dont les Vatican Commandos, Flipper et Ultra Vivid Scene. Il passe brièvement par l’université, où il se partage entre la philosophie et l’alcool, avant de décrocher et d’embrasser le christianisme — une foi qu’il revendiquera avec une constance surprenante dans un milieu où l’excès est la norme, tout en restant violemment critique envers les conservateurs religieux.
New York, le DJ et la percée : Go (1989–1993)
En 1989, Moby s’installe à New York et s’immerge dans la scène dance et rave naissante. Il devient DJ au Club Mars, puis producteur et remixeur prolifique. En 1991, son single Go — construit autour d’un sample du thème de Twin Peaks de David Lynch — marque sa percée commerciale, atteignant le top 10 au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Le morceau installe Moby comme un nom de la scène électronique internationale.
Entre 1992 et 1997, il enchaîne les hits sur le Billboard Dance Club Songs, parmi lesquels Move (You Make Me Feel So Good), Feeling So Real et James Bond Theme (Moby Re-Version). Parallèlement, il publie des disques sous divers pseudonymes — Lopez, DJ Cake, Voodoo Child, Barracuda — pour pouvoir explorer des territoires sonores sans contrainte commerciale.
Everything Is Wrong : le manifeste (1995)
Son troisième album studio, Everything Is Wrong (1995), est un tournant. Enregistré et mixé par Moby seul dans son appartement de Mott Street, à Manhattan, avec du matériel bon marché, le disque est un tour de force stylistique qui traverse le jazz, le piano classique, le hard rock, le disco et la techno avec une fluidité qui stupéfie la critique. Le Los Angeles Times estime que Moby, 29 ans, est « en position d’accéder à la grandeur ». Billboard le sacre « roi de la techno » et Spin le décrit comme « ce qui se rapproche le plus d’un artiste complet dans la techno ».
Le titre de l’album reflète sa philosophie : « Je pense que dans 500 ans, les gens se demanderont ce qui se passait aujourd’hui. Ils verront cette race de gens qui fumaient des cigarettes, conduisaient des voitures, faisaient la guerre et persécutaient les gens pour leurs croyances. Tout est absolument, à 100 %, wrong. » Les notes de pochette, deux essais sur l’état du monde et 67 statistiques sur la déforestation, l’industrie animale et l’environnement, font du disque autant un manifeste qu’un album.
Le détour punk : Animal Rights (1996)
Désenchanté par la dance music, Moby opère un virage radical avec Animal Rights (1996), un album de punk rock pur et dur, avec voix hurlée et riffs de guitare saturée. Le disque déroute son public et la critique, et manque de ruiner sa carrière selon son manager. Mais entre-temps, Moby travaille en coulisses comme remixeur pour les Smashing Pumpkins ( 1979), Aerosmith (Falling in Love), Metallica (Until It Sleeps) et Soundgarden (Dusty), et produit un titre pour Ozzy Osbourne — un éclectisme qui dit tout de sa personnalité.
Play : le phénomène mondial (1999)
En 1999, Moby publie Play, son cinquième album studio. L’accueil initial est modeste, mais le disque va connaître l’une des trajectoires les plus extraordinaires de l’histoire de la musique. Face au refus des radios de diffuser ses morceaux, Moby et ses managers prennent une décision sans précédent : licencier chaque titre de l’album pour des films, des publicités, des séries et des organisations à but non lucratif. C’est la première fois dans l’histoire qu’un album entier est intégralement licencié à des fins commerciales et cinématographiques.
L’effet est foudroyant. Des morceaux comme Porcelain, Why Does My Heart Feel So Bad?, Natural Blues, Honey et South Side (avec Gwen Stefani, numéro 14 au Billboard Hot 100) deviennent omniprésents — dans les publicités, les bandes-annonces, les séries, les bars lounge du monde entier. Play se vend à plus de 12 millions d’exemplaires dans le monde, est certifié platine dans 25 pays et vaut à Moby trois nominations aux Grammy Awards. Le disque, mêlant samples de blues et de gospel afro-américains à des productions électroniques luxuriantes, est une œuvre qui transcende les genres et les époques — aussi à l’aise dans un club que dans un salon de thé.
Après Play : l’exploration permanente (2002–2023)
La suite de la carrière de Moby est une succession d’explorations. 18 (2002) prolonge la veine de Play et se vend à plus de quatre millions d’exemplaires, avec des certifications or et platine dans plus de trente pays. Hotel (2005) abandonne les samples pour des performances vocales live, enregistrées avec Laura Dawn. Last Night (2008) est un retour à la dance music pure, inspiré par une nuit dans son quartier new-yorkais. Wait for Me (2009), enregistré seul dans son home studio avec du matériel analogique, est son album le plus personnel et introspectif.
Les années 2010 voient Moby explorer l’ambient avec la série Long Ambients — dont le premier volume, Calm. Sleep. (2016), dure près de quatre heures — et le rock engagé avec These Systems Are Failing (2016), signé Moby & The Void Pacific Choir. En 2021, il enregistre Reprise avec le Deutsche Grammophon, revisitant ses classiques avec un orchestre et de nouveaux chanteurs — le disque entre dans les charts de 16 pays. Son dernier album en date, Resound NYC (2023), poursuit cette démarche de réinvention.
Son album le plus récent, Always Centered at Night (2024), est un projet collaboratif réunissant de nombreux chanteurs invités. Son nouvel album Future Quiet, qu’il présentera à Montreux, marque une nouvelle étape.
Le militant
La musique n’est qu’une des facettes de Moby. Végane depuis 1987, militant radical pour les droits des animaux, il a fondé TeaNY, un café végane à Manhattan, puis Little Pine, un restaurant végane à Los Angeles, et a organisé le festival végane Circle V. En 2020, il fonde Little Walnut Productions, une société de production dédiée à l’activisme créatif dans le cinéma, la télévision et le théâtre. Il est l’auteur de quatre livres, dont deux mémoires remarqués : Porcelain: A Memoir (2016), qui couvre sa vie de 1989 à 1999, et Then It Fell Apart (2019), qui explore les années de célébrité post-Play et leurs ravages.
Abstinent total — ni alcool, ni drogues, ni tabac —, chrétien déclaré mais farouchement anti-conservateur, Moby incarne un paradoxe vivant dans l’univers de la musique électronique. Interrogé sur la contradiction apparente entre sa foi et ses fréquentations musicales, il répondait avec humour : « Si j’étais Satan, je ne passerais pas mon temps avec des types en cuir noir qui écoutent du metal. Je le passerais avec des PDG. »
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