The Dungbeetle Conspiracy
Dans le paysage rock genevois, The Dungbeetle Conspiracy détonne par son ancrage assumé dans une époque que beaucoup croyaient révolue : celle du rock alternatif américain des années 90. Formé début 2023, ce quatuor suisse ravive la flamme d’un son brut et émotionnel, héritier direct de Seattle et de sa déferlante grunge.
Genèse : l’expérience au service de la passion
The Dungbeetle Conspiracy n’est pas né de l’enthousiasme juvénile de musiciens novices, mais de la volonté d’un vétéran de la scène genevoise de concrétiser une vision artistique longtemps mûrie. Serge Morattel, fondateur du groupe, cumule plusieurs casquettes dans l’écosystème musical local. Guitariste, chanteur, mais surtout ingénieur du son et producteur reconnu, il dirige depuis 1999 le REC Studio, installé au Lignon en périphérie de Genève. Ce studio a vu défiler des formations de premier plan, de Knut à Lofofora, de Year Of No Light à Impure Wilhelmina, façonnant le son de toute une génération de groupes heavy helvétiques et français.
Fort de cette expérience considérable, Morattel a réuni autour de lui trois musiciens pour donner corps à The Dungbeetle Conspiracy : Pascal Jean à la batterie, Jeremy Moret à la guitare et Adrian Hirt à la basse. Cette formation compacte et efficace constitue l’écrin idéal pour un rock direct et sans fioritures.
Influences : l’ombre tutélaire de Seattle
The Dungbeetle Conspiracy ne cache pas ses filiations. Alice In Chains, Soundgarden, Pearl Jam : la trinité grunge irrigue l’ADN sonore du groupe. Ces références ne sont pas brandies comme des gimmicks nostalgiques, mais comme des fondations sur lesquelles construire une identité propre. Le quatuor puise dans cet héritage la matière première de son expression : guitares acérées qui alternent avec des envolées plus lyriques, dynamiques contrastées, intensité émotionnelle palpable.
Cette filiation avec le rock alternatif américain des années 90 prend tout son sens quand on considère le parcours de Serge Morattel. En tant que producteur, il a travaillé avec des formations qui, comme Lofofora, ont justement importé cette esthétique en Europe francophone dès les années 90. The Dungbeetle Conspiracy apparaît ainsi comme une continuation logique, presque organique, de décennies d’immersion dans ces sonorités.
Écriture : mettre des mots sur les maux
Les paroles, écrites en anglais, constituent un pilier essentiel du projet. Le groupe les décrit comme “autant de façons de mettre des mots sur les maux” — une formule qui résume l’ambition cathartique de l’entreprise. Loin des poses ou des artifices, The Dungbeetle Conspiracy propose une musique intense et émotionnelle où l’introspection se dispute à l' urgence du riff. Cette sincérité textuelle trouve son écho naturel dans une instrumentation qui refuse l’esbroufe au profit de l’efficacité.
Le bousier : une métaphore tenace
Le nom du groupe mérite qu’on s’y attarde. “The Dungbeetle Conspiracy”, littéralement “la conspiration du bousier”, s’inspire de ce petit scarabée obstiné qui pousse inlassablement sa boule, quels que soient les obstacles sur sa route. Cette boule contient sa nourriture et sa progéniture — autrement dit, tout ce qui compte pour lui.
La métaphore est limpide : quand on porte des rêves, il faut les pousser le plus loin possible, même quand le monde tente de vous barrer la route ou de vous en dissuader. Cette philosophie du labeur patient et de la persévérance colle parfaitement au parcours de musiciens qui, après des années dans l’ombre des studios ou d’autres projets, choisissent de monter sur le devant de la scène avec leur propre vision.
Le slogan du groupe — “Let’s Roll!” — prend alors tout son sens : une invitation à avancer, à faire rouler sa boule coûte que coûte.
Ancrage local et premier album
The Dungbeetle Conspiracy s’inscrit dans l’écosystème de l’association Lez’Arts Murailles, structure genevoise à but non lucratif fondée en 2000 qui met à disposition des espaces de répétition et de création pour les collectifs artistiques. Le REC Studio de Serge Morattel est d’ailleurs hébergé dans les locaux de l’association, au chemin de la Muraille au Lignon.
Le groupe a rapidement trouvé sa place sur les scènes locales, se produisant notamment dans le cadre du Lez’Arts Murailles Festival dès 2024. En janvier 2026, The Dungbeetle Conspiracy franchit une étape majeure avec le vernissage de son premier album éponyme lors de la troisième édition du festival, aux côtés de Meuhstache, Spacebrain et des vétérans parisiens Lofofora. Cet album, décrit comme mêlant “rock alternatif abrasif et textures sonores inventives”, représente l’aboutissement de deux années de travail et de rodage scénique.
Verdict
The Dungbeetle Conspiracy incarne une certaine idée du rock : celle d’une musique qui ne triche pas, portée par des musiciens qui ont fait leurs armes loin des projecteurs avant de revendiquer leur propre espace. Dans un paysage musical souvent amnésique, le groupe rappelle que le grunge n’était pas qu’une mode passagère, mais un langage émotionnel qui continue de résonner. Avec l’expérience de studio de Serge Morattel aux commandes, le quatuor dispose d’un atout considérable pour traduire en disque l’intensité de ses compositions.
Pour les fans du Seattle Sound qui cherchent une déclinaison contemporaine et locale de cet héritage, The Dungbeetle Conspiracy constitue une découverte à ne pas manquer. Le bousier a commencé à pousser sa boule — reste à voir jusqu’où il la mènera.
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