Il y a des groupes qui font de la musique. Il y a des groupes qui font de la musique et de la politique. Et puis il y a The Last Internationale — qui ne voit aucune différence entre les deux. Nous ne voyons pas de différence entre l’art et la politique. Nous sommes un groupe qui n’a jamais eu peur de mélanger les deux, quelles qu’en soient les conséquences. Jouer la sécurité ne produit que de la musique sans âme qui n’inspire personne. Ces mots d’Edgey Pires résument en quelques phrases vingt ans d’un parcours singulier, exigeant, et absolument inoubliable sur scène.
Une rencontre, un mouvement
L’histoire originelle est classique : deux enfants de New York — Delila Paz, bassiste et claviériste dotée d’une voix soul et blues aux proportions vertigineuses, et Edgey Pires, étudiant en sciences politiques et guitariste au style âpre et électrisant — se rencontrent par l’intermédiaire d’un ami commun. Le duo musical se soude rapidement autour des chansons folk de protestation, de la soul classique des années 60 et du blues profond du Sud américain.
On se montrait aux mêmes endroits car on avait des opinions similaires sur le monde — dans une manifestation de rue, dans un café, dans un concert. On s’est entendu tout de suite car elle écoutait beaucoup de roots rock qui n’était pas très populaire dans nos cercles. On a découvert Woody Guthrie en même temps, se souvient Pires. De cette convergence naît une vision : faire de la musique non pas comme un produit, mais comme un acte.
Le nom est dérivé de L’Internationale. Nous avons senti que ce nom correspondait à nos personnalités et ajoutait un sentiment d’urgence à ce que nous cherchons à accomplir avec notre musique. Ils voulaient sonner comme un mouvement, pas comme un groupe. Mission accomplie.
Des influences qui traversent l’histoire
Les références de The Last Internationale dessinent la carte d’une Amérique musicale et politique souvent oubliée. Pires cite Howlin’ Wolf, Bob Dylan, Pete Seeger, Buffy Sainte-Marie et Woody Guthrie parmi leurs influences musicales. Le groupe peut se montrer très politique, avec des chansons sur la situation des Premières Nations aux États-Unis, la guerre, la pauvreté de la classe ouvrière et l’abus de pouvoir. Un fil d’espoir traverse leurs paroles révolutionnaires.
À ces héritiers du folk de protestation s’ajoutent Led Zeppelin pour la puissance du riff, Rage Against the Machine pour la colère organisée, Janis Joplin et Nina Simone pour la chair vocale que Paz sait convoquer quand elle ferme les yeux et ouvre la gorge. Tom Morello (Rage Against the Machine) a dit d’eux : « The Last Internationale est parmi mes favoris de la prochaine vague de rockers rebelles. Ils sont bruts et vrais, et mélangent les sensibilités rock de l’East Village avec la puissance du Cuirassé Potemkine. »
Une traversée du désert et une renaissance
Le chemin vers la reconnaissance n’a pas été linéaire. Après des années sur la scène indépendante, le groupe signe chez Epic Records pour leur premier album. We Will Reign sort le 19 août 2014, produit par Brendan O’Brien — crédité sur des albums de Bruce Springsteen, Pearl Jam et Neil Young — avec Brad Wilk de Rage Against the Machine à la batterie. Le groupe fait ses débuts à la télévision nationale le 27 août 2014 en jouant Life, Liberty and the Pursuit of Indian Blood au Late Show with David Letterman.
Mais le confort du major ne dure pas. Le groupe se retrouve bientôt en conflit avec le label sur le contrôle créatif et la pression d’adopter une image plus mainstream. Le label voulait renommer le groupe « Delila ». Avec leur identité et leur essence créative menacées, ils tournent le dos au système des majors. La machine musicale corporative les exclut, leurs efforts pour devenir indépendants se heurtent à des portes fermées et des appels sans réponse. Ils se retrouvent sans le sou et expulsés de chez eux. Désenchantés, le groupe déménage en Europe, où la reconstruction commence enfin à prendre forme.
Cette période sombre produit deux collections live, This Bootleg Kills… Vol. 1 (2016) et This Bootleg Kills… Pop Stars Vol. II (2017), puis TLI Unplugged (2017) — des enregistrements bruts, dépouillés, qui capturent l’essence d’un duo qui n’a jamais eu besoin de rien d’autre que d’un micro et d’une guitare pour tenir une salle en haleine.
Discographie : de la rage à la grâce
New York, I Do Mind Dying (EP, 2013) — Un blues rock électrifié, fait principalement de reprises — Lead Belly, Elmore James et Leroy Carr, Buffy Sainte-Marie — excepté le titre personnel Black Cat d’Edgey Pires. Un manifeste en cinq titres.
We Will Reign (2014, Epic Records) — Le grand saut. Produit par Brendan O’Brien avec Brad Wilk à la batterie, l’album pose les fondations d’un son à la croisée du blues de protestation et du hard rock à conscience sociale. Life, Liberty and the Pursuit of Indian Blood reste leur titre le plus célèbre.
Soul on Fire (2019, autoproduction) — En mélangeant l’intensité émotionnelle de Paz et Pires aux influences hard rock de Morello et Castillo, Soul on Fire est la sortie TLI la plus percutante à ce jour. L’émotion brute traverse les douze titres, du blues slide de Tempest Blues au métal rétro de Freak Revolution en passant par le marteau psychédélique 5th World. Le titre éponyme est catharsis et hymne : I’ve got John Coltrane Love Supreme, Jimi on my strings, Janis baby baby Kozmic Blues, Ray Charles visionary dreams, I got Nina Simone when I sing. Tom Morello est producteur exécutif, Joey Castillo (Queens of the Stone Age) tient la batterie.
Live at Arda Recorders (2020) — Enregistré en sessions live au Portugal, ce disque capture le groupe dans son état le plus essentiel.
Running for a Dream (2023) — Le troisième album studio, sorti le 31 mars via vinyle et digital, comporte des titres comme 1984, Hoka Hey! et Ghettoway Driver. Un album qui maintient le cap de l’engagement tout en élargissant la palette sonore, avec des influences qui vont du folk à la soul en passant par le garage rock.
La scène : leur véritable territoire
En live, The Last Internationale est une boule d’énergie explosive avec des voix soul parfaites de Delila et un chaos rock’n’roll au bout des doigts d’Edgey — un homme qui arrache littéralement les cordes de sa guitare soir après soir.
The Last Internationale a tourné aux côtés de Robert Plant, The Who, Guns N’ Roses, Kiss, et a joué les plus grands festivals européens. En France, ils développent une communauté de fans fidèles, particulièrement après leur série de concerts européens de 2019 et leur tournée de 33 dates en 2023.
Ce qui se passe dans une salle quand Delila Paz entre en scène défie la description. Delila Paz et ses tenues colorées, l’énergie qu’elle dégage, l’atmosphère dans le public… The Last Internationale est désormais une valeur sûre, avec une présence scénique incroyable. D’un côté, Delila Paz et sa voix qui rappelle Janis Joplin ou Hope Sandoval. De l’autre, Edgey Pires, guitariste en colère qui lève souvent le poing avant d’entraîner le public dans ses riffs puissants. Elle fait s’asseoir les gens en cercle autour d’elle. Elle les fait monter sur scène. Elle chante a cappella, sans micro, et la salle retient son souffle.
Un message qui dépasse la musique
Le groupe est très politique, avec des chansons sur la situation des Premières Nations aux États-Unis, la guerre, la pauvreté de la classe ouvrière et l’abus de pouvoir. Un fil d’espoir traverse leurs paroles révolutionnaires. Mais The Last Internationale n’est pas un groupe à slogans. Bien que souvent perçus comme ayant une approche militante, leur message va au-delà des simples revendications politiques pour se concentrer sur une forme de libération personnelle et collective. C’est un groupe qui ose aborder des sujets sérieux tout en offrant une musique qui secoue et inspire. Leurs chansons sont un souffle d’espoir et d’optimisme, fidèles à l’esprit du blues.
L’ancien membre des Weather Underground Bill Ayers les a décrits comme des « rockers rebelles de haute puissance » tenant le flambeau avec une confiance renouvelée et un esprit frais et étincelant — un flambeau déployé pour illuminer les espaces sombres de l’injustice autant que pour éclairer un chemin vers la liberté.
Voir The Last Internationale en concert, c’est se souvenir pourquoi le rock’n’roll a toujours été, à son meilleur, une musique de résistance.
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