Vernis Rouge
Vernis Rouge, de son vrai nom Manon Debs, est une artiste auteure-compositrice-interprète franco-libanaise née à Beyrouth. Son enfance se déroule au Liban, dans une famille biculturelle — père libanais, mère française — jusqu’en 2006, année où la guerre entre le Hezbollah et Israël contraint la famille à un rapatriement brutal et douloureux vers la France. Ce déracinement précoce laissera une empreinte durable dans son rapport au monde et à la création artistique : entre les deux rives de la Méditerranée, Vernis Rouge construira une œuvre qui porte en elle cette dualité, cette tension entre les origines et l’exil.
Sa mère lui transmet très tôt le goût de la chanson française : Barbara, Dalida, Georges Brassens, Véronique Sanson deviennent les premières bandes-son de son imaginaire musical. Elle débute le piano au conservatoire dès l’âge de 6 ans, avant d’apprendre seule la guitare, puis d’explorer d’autres instruments comme le ukulélé, le cajón et le tongue drum. C’est pendant ses années de classe préparatoire qu’une évidence s’impose : la musique n’est pas seulement une pratique, c’est une vocation totale.
Un nom de scène, une quête de soi
Le pseudonyme « Vernis Rouge » n’est pas un hasard de plume. Petite sœur de deux grands frères, Manon a grandi dans un univers où la bagarre avait plus de place que les poupées, et où la féminité restait un territoire inexploré, presque étranger. C’est à travers la musique qu’elle apprivoise progressivement cette féminité — sensuelle, douce, mais jamais convenue. Le vernis rouge, clin d’œil à ses ongles toujours soigneusement laqués, devient le symbole de cette conquête d’elle-même, une forme de cosmétique musicale autant qu’intime. Une féminité « toute relative », affirmée sans tapage, construite patiemment, loin des stéréotypes.
L’univers musical : entre chanson française et pop contemporaine
Vernis Rouge s’inscrit pleinement dans la nouvelle vague de la pop française — celle de Clara Luciani, Pomme, Angèle, Zaho de Sagazan — tout en portant l’héritage des grandes voix qui l’ont précédée. Son timbre, chaleureux et vibrant, évoque parfois les comparaisons avec Juliette Armanet ou Clara Luciani. Mais son identité artistique est résolument personnelle : auteure exigeante, soucieuse des harmonies et de la profondeur des mots, elle conçoit la chanson comme un espace d’expression émotionnel et littéraire à part entière.
Fin 2019, elle dévoile son premier single, Femme nue, un titre de pop française aux accents électroniques dans lequel une voix sensuelle s’enroule autour d’un piano espiègle pour évoquer les contradictions du désir. Puis vient Et si l’on se noie, plus délicat, plus mélancolique, révélateur d’une artiste à texte dont la palette émotionnelle dépasse largement les canons d’un tube radio classique. En 2023, elle sort deux EP, Femmes nues et Corps sauvages, suivis de concerts dans deux salles parisiennes emblématiques, le Café de la Danse et la Boule Noire — preuve d’une trajectoire déjà bien construite, loin des raccourcis médiatiques.
The Voice et la bascule virale
Au printemps 2024, tout bascule. C’est Bruno Berbères, directeur de casting de The Voice, qui la repère lors d’un casting pour les musiciens du métro et l’invite à participer à l’émission. Vernis Rouge accepte, non sans ambivalence : elle n’est pas une adepte des télé-crochets et n’écoute pas de rap. Pourtant, elle choisit de reprendre Bande organisée de Jul et 13 Organisé — le tube marseillais de 2019 — dans une version dépouillée, seule au piano, transformant un hymne rap de quartier en une ballade d’une élégance troublante.
L’effet est immédiat et dévastateur. Les coaches Bigflo et Oli se retournent, médusés. Sur les réseaux sociaux, la vidéo s’embrase : 11 millions de vues sur TikTok en quelques jours, plus de 23 millions de vues cumulées sur l’ensemble des plateformes. « Soit on découvre une artiste qui a un univers de malade et on s’en prend plein la gueule, soit c’est un pétard mouillé », lâche Bigflo lors de l’audition. Pour le public, le verdict sera sans appel.
Vernis Rouge vit cette exposition soudaine avec un sourire amusé mais une distance lucide. « Ce n’est pas quelque chose que j’aurais fait de ma propre initiative », confie-t-elle. Son projet artistique était déjà sur la bonne voie. The Voice n’est pas pour elle une fin en soi, mais une fenêtre — et elle choisit soigneusement ce qu’elle y montre.
Reconnaissance et ancrage libanais
Le succès de The Voice offre à Vernis Rouge quelque chose qu’elle chérit profondément : la possibilité de reconnecter avec le Liban. En août 2024, elle se produit aux Jardins du Mzaar à Kfardebian, dans le cadre du Mzaar Summer Festival — un retour chargé de symboles dans ce pays qui est resté une blessure ouverte et une source inépuisable d’inspiration. La diaspora libanaise, éparpillée entre la France, le Canada, Londres, Dubaï et le Brésil, se retrouve autour de ses concerts, faisant de ses prestations scéniques de véritables moments de réunification familiale et communautaire.
Signée depuis chez Sony Music France, elle travaille actuellement à la sortie de son premier album, qui promet de confirmer ce que ses EPs avaient déjà laissé entrevoir : une artiste complète, exigeante, capable d’incarner à la fois l’héritage de la chanson française et les aspirations d’une génération qui cherche dans les mots une forme de vérité.
Une artiste pour aujourd’hui et pour demain
Ce qui distingue Vernis Rouge dans le paysage musical contemporain, c’est peut-être cette combinaison rare entre l' audace formelle et la profondeur des racines. Elle peut reprendre Aya Nakamura ou Jul avec autant d’aisance qu’elle s’inscrit dans la lignée de Barbara ou Lhasa de Sela. Elle joue du piano, de la guitare, explore les percussions. Elle écrit ses textes avec la rigueur d’une poète et les interprète avec la générosité d’une conteuse. Elle porte en elle deux cultures, deux langues, deux histoires — et c’est précisément là, dans cette fissure entre les mondes, que naît quelque chose d’unique.
Vernis Rouge n’a pas encore 30 ans. Elle a déjà survécu à une guerre, traversé un océan, apprivoisé une féminité qu’on lui avait peu enseignée, et transformé tout cela en chansons. La suite s’annonce brillante — et d’un rouge intense.
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