Il y a des salles de concert, et il y a des lieux. Le Festival de Nîmes appartient à cette seconde catégorie. Chaque début d’été, l’un des amphithéâtres romains les mieux conservés au monde — les Arènes de Nîmes, bâties à la fin du Ier siècle — délaisse pour quelques semaines son histoire de gladiateurs et de courses pour devenir l’une des plus belles scènes de musiques actuelles d’Europe. La pierre, la nuit, la lumière des projecteurs sur deux mille ans de calcaire : peu de festivals peuvent offrir un tel écrin.
1997 : la musique entre dans l’arène
C’est en 1997 que les Arènes sont redécouvertes sous un angle inédit, celui d’un espace dédié à la musique contemporaine. Le festival est créé et organisé par FM Production, en collaboration avec la ville de Nîmes. La toute première édition, sur deux soirées, réunit déjà un grand écart révélateur de l’ADN du lieu : Noir Désir et Jamiroquai. Le concept séduit immédiatement — public comme artistes —, et l’événement s’impose en quelques années comme une étape recherchée des tournées internationales, dans un cadre que beaucoup de musiciens citent comme l’un des plus impressionnants qu’ils aient foulés.
Un amphithéâtre, dix mille spectateurs, une acoustique de légende
Dans sa configuration concert, l’arène accueille plus de 10 000 spectateurs par soirée, au plus près de la scène, dans une intimité que sa taille ne laisse pas deviner. L’acoustique du monument, ses gradins de pierre et son ciel ouvert confèrent aux concerts une dimension particulière, presque rituelle. Certaines soirées sont d’ailleurs entrées dans l’histoire de la captation live : Metallica y enregistre en 2009 le DVD Français pour une nuit, et Justice en tire un album live en 2012.
Tout sauf une chapelle
La marque de fabrique du Festival de Nîmes, c’est son éclectisme radical. De la chanson française (Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Renaud, Patrick Bruel) au metal le plus lourd (Metallica, Rammstein, Slipknot), des stars internationales (David Bowie, Stevie Wonder, Radiohead, Muse, Daft Punk, Lenny Kravitz, Arcade Fire, Sting, Eric Clapton, Sam Smith) aux révélations qui montent (Stromae, Shaka Ponk, Angèle, Gims), l’affiche refuse toute frontière de genre. Pop, rap, électro, rock, opéra, ciné-concert, humour : sur la scène des Arènes, tout peut coexister, du moment que la qualité est au rendez-vous.
Des soirées devenues mythiques
Certains concerts sont gravés dans la mémoire du festival : Metallica en 2009, Radiohead en 2012 dans une atmosphère hypnotique, Elton John en 2019 lors de sa tournée d’adieu, Kiss et leur pyrotechnie, ou encore les passages de David Gilmour, Nick Mason et Pharrell Williams. Entre 2015 et 2025, la fréquentation dépasse régulièrement les 120 000 spectateurs par édition, et l’édition 2025 — la 27e, du 22 juin au 24 juillet, vingt soirées d’Roberto Alagna à Scorpions, en passant par Korn, Mika, DJ Snake, Zaho de Sagazan, Santana ou Gims — a affiché un taux de remplissage record de près de 98 %.
2026 : une affiche monstre
L’édition 2026, étalée du 11 juin au 26 juillet, confirme le statut du festival. Au programme, un plateau vertigineux : The Cure pour trois soirs exceptionnels (24, 25 et 26 juillet), Katy Perry, Sting, Lenny Kravitz, Nick Cave & The Bad Seeds, Lorde, Marilyn Manson, Pixies, Black Eyed Peas, Jamiroquai, les ciné-concerts Gladiator Live et Clair Obscur: Expedition 33, mais aussi Orelsan (deux soirs), Bigflo & Oli, Gims, Julien Doré, Vanessa Paradis & Gaëtan Roussel, Christophe Maé, Damso ou Charlotte Cardin. Du metal à l’opéra, du rap à la musique de film : tout le spectre, sous le ciel des Arènes.
Ce qu’il faut retenir
Le Festival de Nîmes n’a pas d’égal en France pour une raison simple : son décor. Mais réduire l’événement à son cadre serait injuste. Depuis 1997, il a su faire de ce contraste — patrimoine bimillénaire et programmation ultra-actuelle — une signature, attirant les plus grands noms de la planète musique dans un amphithéâtre où chaque concert prend des airs d’événement. Entre la pierre et le son, le Festival de Nîmes a trouvé la formule d’un rendez-vous estival devenu incontournable.
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