Antigel 2026 - Macie Stewart, Jeff Tweedy
Macie Stewart Jeff Tweedy Antigel
Ce soir, l’Alhambra de Genève accueillait une double dose de Chicago dans le cadre du festival Antigel. Deux artistes issus de la même scène, liés par des collaborations étroites — Macie Stewart figure parmi les musiciens de Twilight Override — mais porteurs de propositions bien distinctes. Une soirée en forme de dialogue entre l’intime et le collectif, la jeunesse et la maturité, la simplicité nue et l’étoffe d’un groupe rodé.
Macie Stewart : l’art du dépouillement
© Photos / Marwan Khelif
Macie Stewart ouvre la soirée dans un dénuement radical. Seule sur scène avec sa guitare acoustique et sa voix, elle impose d’emblée un silence attentif dans la salle. Pas d’effets, pas de fioritures : juste une artiste et ses chansons. On connaît Stewart pour sa polyvalence — piano, violon, synthétiseurs, compositions pour le ballet et installations sonores — mais ce soir, elle choisit le format le plus dépouillé qui soit.
Et c’est précisément dans cette nudité que la force de sa proposition se révèle. Sa voix, profonde et chaleureuse, porte une folk entraînante qui accroche l’oreille dès les premières mesures. Il y a quelque chose de magnétique dans cette manière de remplir l’espace avec si peu. Quand Sima Cunningham la rejoint à la guitare électrique et au chant, le duo étoffe le son sans jamais rompre l’équilibre. Les harmonies vocales s’imbriquent avec naturel, ajoutant de la texture là où d’autres auraient empilé les couches. On quitte ce set avec l’envie d’en entendre davantage — la marque d’une première partie réussie.
Jeff Tweedy : la sérénité d’un maître folk
© Photos / Marwan Khelif
Quand Jeff Tweedy monte sur scène, accompagné d’une formation complète — guitare rythmique, clavier, violon, basse et batterie —, le contraste avec l’économie de moyens de Stewart est saisissant. Mais Tweedy n’est pas homme à en imposer par le spectacle. La scénographie est sobre, les lumières quasi statiques, les mouvements réduits au minimum. Toute l’attention converge vers la musique, et la musique seule.
Et quelle musique. Le leader de Wilco, fort de trente titres fraîchement gravés sur son ambitieux triple album Twilight Override, déploie un folk lumineux où chaque chanson semble habiter son propre univers. Ce qui frappe d’abord, c’est ce rituel presque cérémoniel du changement de guitare entre chaque morceau. Acoustiques, électriques, douze-cordes — Tweedy les choisit comme un peintre sélectionne ses pinceaux, cherchant à chaque fois la couleur exacte. Et quand il se lance dans un solo, c’est avec ce feel instinctif, ces phrases de guitare aussi économes que parfaitement senties, loin de toute démonstration technique mais chargées d’une justesse émotionnelle redoutable.
Le public de l’Alhambra ne s’y trompe pas. Chaque fin de morceau est saluée par des acclamations nourries, comme une conversation silencieuse entre un artiste et une salle qui se comprennent. Il y a dans ces applaudissements répétés la reconnaissance d’un songwriter qui, près de quarante ans après ses débuts avec Uncle Tupelo, continue de toucher quelque chose d’essentiel. Twilight Override a été décrit par Tweedy lui-même comme une tentative de « submerger l’obscurité par la créativité ». Ce soir, à Genève, la lumière l’a incontestablement emporté.
L’axe Chicago-Genève
En programmant cette soirée, Antigel confirmait son flair pour les associations qui font sens. Macie Stewart et Jeff Tweedy ne partagent pas seulement une ville : ils partagent un studio — le Loft de Chicago où Twilight Override a été enregistré — et une vision de la musique comme espace d’échange et de pollinisation croisée. Stewart joue du violon sur l’album de Tweedy ; Tweedy offre à Stewart la scène de sa tournée. Ce soir, cette complémentarité prenait corps sur la scène de l’Alhambra, dessinant un portrait vibrant de la scène de Chicago : généreuse, exigeante et résolument tournée vers l’humain.



































