La Sainte Rock 2026 - Wicked Elephant Revival, Datcha Mandala, Loons, Sun Brutal Pop, Catchy Peril, Cachemire

La Sainte Rock Wicked Elephant RevivalDätcha MandalaLoonsSUN Brutal PopCatchy PerilCachemire

6MIC, Aix-en-Provence, France

Pour sa troisième édition, La Sainte Rock a planté son chapiteau électrifié au 6MIC, à l’ombre symbolique de la Sainte-Victoire, et a rappelé d’emblée pourquoi le festival s’est imposé en quelques années comme le rendez-vous incontournable du rock dans le Sud. Deux scènes, douze artistes sur deux jours, et cette promesse simple qu’aucune autre programmation aixoise ne tient avec autant de constance : du rock, du vrai, dans toutes ses déclinaisons. Le premier soir s’est ouvert avec une affiche dense, six groupes qui se sont relayés en alternance entre la Salle Club et la Grande Salle, et un public clairement venu en découdre. Tour d’horizon d’une soirée qui a posé la barre haut pour la suite.

Wicked Elephant Revival — l’ouverture qui met le ton

© Photos / Marwan Khelif

Mission délicate que celle d’ouvrir un festival, surtout quand le public se compte encore et qu’il faut convaincre les premiers arrivés que la soirée vaut le déplacement. Wicked Elephant Revival a relevé le défi avec une assurance désarmante. Le quintet — basse, guitare, batterie, claviers et chant — a déroulé un set bâti autour d’un groove généreux, jamais démonstratif, parfaitement calibré pour faire monter la température sans la cramer trop tôt. L’énergie déployée d’entrée donnait le ton de la soirée : pas de complaisance, pas de remplissage, juste une formation qui prend la scène pour ce qu’elle est, un terrain de jeu sans filet. Le rythme était posé, le festival pouvait commencer.

Datcha Mandala — le power trio bordelais sort les crocs

© Photos / Marwan Khelif

Premier concert de l’année pour les Bordelais, et pourtant aucun signe d’hésitation. Datcha Mandala est arrivé avec la confiance qu’on accumule sur des centaines de scènes, et a balancé sans préambule un rock psyché lourdement teinté de blues qui a immédiatement embarqué la salle. Les morceaux récents, notamment ceux issus de leur album Coda, ont occupé une place centrale du set, mais c’est la sensation physique qui a marqué : cette basse grasse, profonde, qui prend littéralement aux tripes et impose une pulsation à laquelle il est impossible de résister. Le bassiste growl par moments, ajoutant une couche d’agressivité bienvenue, et le chanteur-guitariste rappelle dans son timbre et dans sa posture le frontman de Ko Ko Mo — même intensité, même façon de tenir la scène à bout de bras. Pour un premier concert de la saison, on a vu rarement aussi rodé. La grosse claque de l’apéritif.

Loons — le rock brut, sans fard

© Photos / Marwan Khelif

Direction Montpellier avec Loons, autre power trio de la soirée, mais d’une tout autre nature. Là où Datcha Mandala ronronne dans le psyché-blues, Loons attaque frontalement, dans une esthétique de rock brut, dynamique, presque sans filet. Le groupe défend son premier album, Life Is, et on sent dans la livraison cette urgence propre aux jeunes formations qui n’ont pas encore tout à fait stabilisé leurs repères scéniques. Quelques imperfections ici et là, peut-être imputables à la jeunesse du projet ou à la difficulté de défendre un set entier devant une salle de festival, mais rien qui n’entame le plaisir global. Au contraire : ces aspérités donnent au concert une vérité que les groupes trop polis ont parfois perdue. À suivre de près, parce que la matière est là, indéniable.

SUN — la déflagration attendue

© Photos / Marwan Khelif

Quand SUN entre en scène, il n’y a plus de doute possible. Le growl de SUN s’impose dès les premières secondes comme une signature impossible à confondre. Les rythmiques sont entraînantes, fédératrices, taillées pour les festivals, et la setlist enchaîne les morceaux qui font lever les bras avec une efficacité redoutable. I’m a Survivor a soulevé la salle, mais c’est l’imagerie scénique qui a achevé de transformer le concert en moment de bascule : ce ventilateur calé devant SUN pour faire voler ses cheveux en pleine envolée, le mosh pit qui s’organise au milieu de la fosse, et surtout cette macarena improvisée au cœur du chaos, comme un clin d’œil absurde et jubilatoire à toute la mythologie sérieuse du rock. SUN ne joue pas un concert, SUN organise une fête, et l’écart de niveau était palpable.

Catchy Peril — le rock qui fait danser

© Photos / Marwan Khelif

Changement d’ambiance avec Catchy Peril, formation à quatre — clavier, batterie, guitare, basse — qui mise tout sur le mouvement. Le set s’est révélé profondément dansant, exubérant dans le bon sens du terme, traversé de rythmes empruntés au funk et clins d’œil électro qui élargissent considérablement le champ rock traditionnel. Difficile de rester immobile : on se surprend à hocher la tête, taper du pied, et progressivement à céder au sourire de circonstance qu’imposent ces compositions taillées pour faire bouger les corps. Le chanteur a fini par descendre dans le public pour boucler son set au milieu de la fosse, geste rituel devenu cliché quand il est mal fait, mais ici parfaitement intégré à la mise en scène, et accueilli avec la chaleur qu’il méritait.

Cachemire — la communion en clôture

© Photos / Marwan Khelif

Et puis Cachemire, pour conclure la soirée et rappeler ce que le rock français sait faire quand il s’autorise à viser haut. Le concert a débuté par une entrée complètement ratée — l’un de ces moments d’ouverture qui auraient pu plomber la dynamique — mais le groupe a immédiatement transformé l’incident en complicité avec la salle, désamorçant l’incident d’un trait d’humour qui a probablement scellé l’affection du public pour le reste du set. Cachemire, c’est cinq musiciens — trois guitares, une basse, une batterie, si l’on s’en tient au comptage de scène — et une énergie de dingue qui n’a pas faibli une seconde. Le public a repris en chœur les refrains, le chanteur est lui aussi descendu se mêler à la foule, dans un geste qui a clos la soirée sur cette image rare d’un groupe entièrement absorbé par son public, et réciproquement. La parfaite tête d’affiche pour boucler une journée de cette densité.

Le bilan d’un premier soir

Six groupes, deux scènes, et pas une seule baisse de régime sur l’ensemble de la soirée : La Sainte Rock confirme sa capacité à programmer une affiche cohérente, où chaque formation apporte sa nuance sans jamais cannibaliser les autres. Du groove inaugural de Wicked Elephant Revival au cercle de l’amour final de Cachemire, en passant par les claques successives de Datcha Mandala, Loons, SUN et Catchy Peril, le festival a tenu la promesse de son ADN — du rock, du vrai, sous toutes ses coutures. La Sainte Rock peut désormais affronter sereinement sa deuxième journée. La barre est haute, mais la maison sait visiblement ce qu’elle fait.

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