Si Vol. 1 était le secret d’un duo de Saguenay que personne ou presque n’avait encore entendu, Vol. II est quelque chose d’entièrement différent — un album qui arrive sous les feux d’une attention mondiale, porté par seize millions de vues sur YouTube, des vinyles revendus à prix d’or sur Discogs et Dave Grohl qui monte officiellement dans le wagon. La pression aurait pu tuer le disque avant même sa naissance. Elle l’a au contraire dynamisé.
Pitchfork pose la question centrale avec une franchise désarmante : comment un duo anonyme en costumes à pois, jouant de la guitare microtonale sur des polyrythmies qui défient la conscience de l’auditeur, a-t-il réussi à prendre le trône de groupe le plus bizarre et le plus festif du monde ? La réponse est dans Vol. II. Six titres. Trente-sept minutes. Acclamation universelle.
Le contexte : une ascension éclair
L’histoire est désormais connue. En décembre 2025, Khn et Klek de Poitrine — deux “frères” aux grandes têtes en papier mâché dont personne ne connaît la véritable identité — jouent aux Trans Musicales de Rennes. La session est filmée et publiée par la radio américaine KEXP le 5 février 2026. En une semaine, plus de deux millions de vues. En quelques mois, seize millions. Mata Zyklek, le titre qui ouvre la session, agit comme un rayon tracteur vers ce que la critique appelle le “dotty heaven” — un paradis à pois, irrésistible et inexplicable.
Vol. II a reçu une “acclamation universelle” selon le site Metacritic, avec un score moyen pondéré de 84 sur 100 sur la base de huit critiques. Ce n’est pas anodin pour un album de math rock microtonal québécois autoproduit. C’est presque un miracle.
Six titres, trois déjà connus
Vol. II comprend six chansons, dont trois faisaient partie de la performance KEXP du groupe, y compris le single " Fabienk". Pour ceux qui ont regardé la session en boucle, retrouver ces titres en studio est une expérience étrange — le son est plus dense, les détails plus saillants, les structures plus visibles sans le spectacle visuel des costumes pour distraire l’oreille. Et pourtant, rien ne perd en énergie. Fabienk reste l’earworm absolu du disque, un titre qui figure parmi les 50 chansons les plus Shazamées dans le monde au moment de l’écriture de ces lignes.
Mata Zyklek et Yor Zarad — les deux autres titres issus de la session KEXP — montrent un groupe qui est passé des simples jam sessions à des compositions soigneusement élaborées et infectieuses. C’est là peut-être l’évolution la plus marquante par rapport à Vol. 1 : les structures sont plus nettes, les intentions plus claires, et paradoxalement, l’accès est plus immédiat sans jamais sacrifier la complexité.
La recette secrète, affinée
La formule est toujours la même : acide techno, disco, et rock — trois ingrédients que personne n’avait pensé à mélanger de cette façon. Angine de Poitrine crée des headbangers à partir de polyrythmies microtonales, un album qui satisfera autant les passionnés de théorie musicale que les auditeurs occasionnels.
Ce que Vol. II ajoute à l’équation de Vol. 1, c’est une maîtrise accrue des dynamiques. L’album Vol. II comprend 6 morceaux, chacun avec une identité forte et marquant une évolution en termes de dynamique et de diversité par rapport à Vol. 1. Les moments d’agression sont plus précis, les respirations plus conscientes, les chutes de tension plus dramatiques. Khn a appris à utiliser sa loop station non plus comme un outil de superposition mais comme un instrument narratif — quelque chose qui construit et détruit en temps réel.
Angine de Poitrine fait le lien entre le corps et le cerveau sur Vol. II — cette phrase de The Line of Best Fit est peut-être la plus juste. Parce que c’est précisément là que se joue le prodige du duo : forcer deux zones du cerveau à travailler simultanément, celle qui analyse et celle qui danse, sans que l’une ne prenne le dessus sur l’autre.
Le paradoxe du moment
Pitchfork note que le groupe a réussi à prendre “certaines des musiques les moins sexy de l’histoire” et à leur donner " le type de groove qui les rend irrésistibles". C’est exactement ça. Le math rock a toujours eu un problème d’accessibilité — une réputation de musique pour musiciens, froide et calculatrice. Angine de Poitrine a résolu ce problème non pas en simplifiant, mais en changeant la finalité : ici, la complexité est au service du plaisir physique, pas de la démonstration.
Dans un contexte marqué par la montée de la musique générée par l’IA, les critiques favorables soulignent la musique du duo comme étant perçue comme distinctement humaine. C’est un point qui mérite d’être entendu. Vol. II sonne comme quelque chose qu’aucun algorithme ne pourrait concevoir — pas parce qu’il serait trop complexe pour être généré, mais parce qu’il est trop accidentel, trop issu de vingt ans d’expérimentation commune entre deux hommes qui ont commencé en ajoutant des frettes avec une scie. L’humanité est dans les coutures du disque.
Verdict
Vol. II est l’explosion que Vol. 1 promettait. Un album qui arrive dans des conditions extraordinaires et tient sa promesse sans broncher, sans se plier à l’attente, sans chercher à plaire davantage. Au moins la moitié des jams de Vol. II déchirent sérieusement. Et les autres ne font que vous préparer pour la prochaine fois que ça déchire.
Khn et Klek de Poitrine n’ont pas fait l’album de leur percée. Ils ont fait l’album suivant. C’est presque plus impressionnant.
