Il y a des groupes qui font du metal, et il y a des groupes qui montent un spectacle de foire hanté avec des guitares. DOMINUM appartient clairement à la seconde catégorie. Mené par l’inénarrable Dr. Dead (Felix Heldt), le combo allemand a bâti en deux albums un univers de mort-vivants théâtral, à mi-chemin entre le train fantôme et le concert metal. Avec Night is Calling, troisième opus paru le 3 juillet 2026 chez Napalm Records, la troupe de zombies ne change pas de costume — elle l’enrichit de paillettes, de fumigènes et de refrains encore plus gros.
Le cirque revient en ville
Dès « The Circus is in Town », le ton est donné : DOMINUM ne fait pas dans la demi-mesure. Riffs taillés pour l’arène, chœurs grandiloquents, claviers cinématographiques — tout est calibré pour le grand spectacle. Produit par Felix Heldt lui-même et mixé par Jacob Hansen (artisan d’un son moderne, propre et percutant qu’on retrouve chez Volbeat ou Amaranthe), l’album sonne énorme, lustré, taillé pour les festivals. C’est précisément ce qu’on attend d’un groupe qui jouera l’ouverture du Heavy Weekend 2026 : du metal accessible, immédiat, qui prend le public à la gorge dès la première seconde.
Une galerie de monstres
Le concept tient toute la galerie d’horreur classique et l’assume sans complexe. « Nosferatu », « Jack The Ripper », « Children Of The Night », « Devil’s Son » : on déroule l’imagerie gothique comme un manège déroule ses attractions, avec ce mélange de premier degré et d’autodérision qui fait tout le charme du groupe. « Doctor Doctor » et le single « Dark Melodies » — vitrine parfaite de la formule — alignent les refrains contagieux avec une efficacité presque insolente, là où « Endzeit » lorgne vers une noirceur plus appuyée, chantée en allemand.
La grande idée de l’album, c’est sa reprise de « Thriller » de Michael Jackson. Évidence absolue pour un groupe de zombies — le clip de 1983 est quasiment leur acte de naissance esthétique — et exercice piégeux s’il en est. DOMINUM s’en sort en jouant la carte du clin d’œil festif plutôt que de la relecture sérieuse, et le morceau fonctionne comme le moment « fête costumée » du disque.
Le sommet : « Night is Calling » feat. Battle Beast
Le titre-éponyme, en duo avec Battle Beast, est sans surprise le sommet de l’album. La rencontre de deux écoles du metal-pop survitaminé — l’horreur cabaret de DOMINUM et l’europop héroïque des Finlandais — donne exactement ce qu’on en espère : un hymne énorme, théâtral, fait pour être hurlé en chœur sous les projecteurs. Que les deux groupes partagent l’affiche de la même soirée au Nancy Open Air n’est sans doute pas un hasard, et ce featuring ressemble à une poignée de main entre deux familles qui cultivent le même goût du refrain irrésistible.
Quand les morts posent le masque
Le disque se referme sur deux versions acoustiques — « Don’t Get Bitten By The Wrong Ones » et « Hey Living People », clin d’œil au premier album de 2023. C’est là, paradoxalement, que la mécanique se fissure le plus joliment : débarrassées de leur armure de production, les mélodies révèlent ce qu’elles ont de réellement solide… et ce qu’elles doivent parfois au seul vernis. Car c’est la limite de Night is Calling : à force de tout calibrer pour l’impact immédiat, l’album manque de zones d’ombre, de vrais risques. On aimerait que le manège déraille, ne serait-ce qu’une fois.
Verdict
Mais bouder son plaisir serait passer à côté de l’essentiel. DOMINUM sait exactement ce qu’il est : un groupe de divertissement metal premier degré, généreux, théâtral, redoutablement efficace. Night is Calling ne réinventera rien et ne cherche pas à le faire ; il empile les tubes en puissance, soigne son grand-guignol et confirme que la troupe de Dr. Dead est l’une des meilleures machines à fun de la scène metal actuelle. Un album-spectacle, à savourer le sourire aux lèvres et le poing levé — de préférence en live, sous une pluie de faux sang.
