Legacy

Legacy

Legacy
Five Finger Death Punch

Five Finger Death Punch

10 titres, 36:43

Trente-six minutes et quarante-trois secondes. C’est peu. C’est surtout, pour Five Finger Death Punch, une déclaration d’intention : après une décennie de disques qui s’étiraient parfois jusqu’à l’indigestion, le groupe le plus clivant du metal grand public signe le format le plus ramassé de sa carrière. Et ça change tout.

Legacy, dixième album studio, est paru en numérique le 31 juillet 2026 — exactement dix-neuf ans, jour pour jour, après The Way of the Fist. Le calendrier n’a évidemment rien d’un hasard chez un groupe qui a fait de la commémoration un art de vivre. L’édition CD suivra le 18 septembre.

Un disque taillé dans le vif

La vraie nouvelle est ailleurs, en coulisses : c’est le premier album du quintette de Las Vegas à ne pas être produit par Kevin Churko depuis leurs débuts. Le producteur canadien avait façonné, disque après disque, ce son hyper-compressé, lustré jusqu’à l’aveuglement, devenu autant leur signature que leur plafond de verre. Son absence s’entend : les guitares respirent, la basse de Chris Kael pousse enfin physiquement, et l’ensemble retrouve une rugosité qu’on n’avait plus croisée depuis War Is the Answer.

Le contexte, lui, tient du feuilleton : après la vente des masters de leur catalogue, le groupe avait riposté en réenregistrant une trentaine de ses propres tubes — un doigt d’honneur déguisé en opération comptable. Intituler la suite Legacy n’est donc pas neutre. On pouvait craindre le tour d’honneur complaisant ; c’est plutôt un drapeau planté en terre, avec l’invitation à venir le contester.

Le passé comme carburant, pas comme oreiller

Le morceau-titre ouvre le bal en citant explicitement 2007 : Zoltan Bathory y déroule des traits en sweeping qui renvoient au premier album, avant qu’Ivan Moody n’arrive avec cet aboiement reconnaissable entre mille. Le moment le plus fort tient pourtant à un silence — l’instrumentation s’efface d’un coup, la voix reste seule. Chez d’autres, le procédé sentirait le théâtre bon marché ; ici, vingt ans de cicatrices lui donnent du poids.

Suit De Oppresso Liber, emprunt à la devise des forces spéciales américaines, et énième hommage du groupe aux militaires. On peut trouver ce patriotisme envahissant — beaucoup le trouveront — mais la conviction est intacte et l’architecture imparable : couplet qui pilonne, refrain calibré pour être hurlé par dix mille personnes dans un champ. Eye of the Storm, premier extrait paru en mai et propulsé en tête du Mainstream Rock américain, est peut-être le sommet du disque : trois minutes et quart de thrash nerveux traversé d’un swing nu metal, sans un gramme de graisse.

La suite alterne les registres avec un métier consommé. Nails in the Coffin élargit la focale, In Time offre la respiration mélodique attendue, Unscathed renoue avec le groove metal poisseux de la grande époque. La vraie surprise vient de Joke’s On Me : pour une fois, le groupe retourne le canon vers lui-même plutôt que vers le monde, et cette lucidité soudaine fait un bien fou. Everybody Lies, riff sec et refrain nihiliste expédiés en trois minutes, fera des dégâts en concert. Shelter, à l’inverse, joue la vulnérabilité à découvert : c’est le pari le plus risqué du disque, et celui qui divisera le plus. Restait à conclure, et Scapegoat garde le meilleur pour la fin — montée patiente, breakdown massif, solo lâché sur le fil. Frustrant d’avoir attendu si longtemps une telle décharge ; réjouissant qu’elle finisse par arriver.

Le verdict

Que les choses soient claires : Legacy ne convertira personne. Qui n’a jamais supporté Five Finger Death Punch trouvera ici tout ce qu’il déteste — le drapeau, l’autocélébration, les refrains taillés à la serpe. Mais ce n’était pas le cahier des charges. Ce disque s’adresse à ceux qui sont dans la fosse depuis vingt ans, et de ce point de vue il tient ses promesses : quasiment aucun remplissage, des singles solides, et surtout cette méchanceté retrouvée qui avait fait qu’on s’était intéressé à ce groupe au départ.

Est-ce leur meilleur album ? Non — l’essentiel reste sur les deux premiers disques. Est-ce un point final honorable à deux décennies passées à être l’institution qu’on adore détester ? Sans réserve. Vingt ans après, les voilà toujours aussi imperméables à ce que le reste du monde pense d’eux. À ce stade, ce n’est plus de l’entêtement : c’est une identité.

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