Danko Jones

Il y a des groupes qui construisent leur légende sur des concepts, des pochettes énigmatiques ou des interviews alambiquées. Danko Jones, lui, l’a bâtie sur une chose beaucoup plus simple et beaucoup plus rare : la conviction qu’un power trio, une poignée de riffs imparables et une confiance en soi frôlant l’insolence suffisent à faire tomber une salle. Depuis Toronto, ce groupe de hard rock canadien formé en 1996 mène depuis près de trente ans une croisade contre l’ennui, arme au poing : le rock’n’roll dans sa forme la plus directe, la plus charnelle et la plus fun.

Toronto, 1996 : naissance d’un power trio

Le groupe voit le jour en 1996 autour de trois amis : Danko Jones (de son vrai nom Rishi Ganjoo), chanteur et guitariste au charisme dévorant, le bassiste John « JC » Calabrese et le batteur fondateur Michael Caricari. D’abord baptisée « Danko Jones And The Impossible Dream » — le nom de scène du leader donnant son identité à l’ensemble —, la formation raccourcit vite son nom et se met en tête une idée à contre-courant : ne surtout pas sortir de disque. L’objectif est de laisser la réputation scénique se propager de bouche à oreille, de club en club, dans l’est des États-Unis et au Canada, en première partie de groupes garage comme The New Bomb Turks, Nashville Pussy ou The Dirtbombs.

Il faudra un premier EP éponyme, six titres publiés chez Sonic Unyon en 1998, pour que le groupe consente enfin à graver sa fureur sur bande. Suivent le EP My Love Is Bold (1999) et la compilation I’m Alive and On Fire (2001), qui rassemble les premières faces et raretés. Dès 2000, une nomination aux prix Juno pour My Love Is Bold signale qu’un phénomène est en marche.

Un socle inébranlable, une batterie à géométrie variable

S’il est une constante chez Danko Jones, c’est le tandem Danko Jones / John Calabrese, seuls membres présents de manière continue depuis le premier jour. Le tabouret de batteur, lui, aura connu une valse plus mouvementée. Michael Caricari (1996-1998), les batteurs de transition Gavin Brown (1998-1999) puis Niko Quintal (1999-2000) précèdent l’arrivée de Damon Richardson, qui tient les fûts durant la période charnière du groupe (2000-2006) avant de partir, épuisé par les tournées. Dan Cornelius lui succède de 2006 à 2011, remplacé par Atom Willard (ex-Rocket from the Crypt, The Offspring, Angels & Airwaves) entre 2011 et 2013. Depuis, Rich Knox occupe le poste, offrant à la section rythmique une stabilité inédite : c’est avec lui que le groupe grave l’essentiel de sa production récente.

De Born a Lion à la reconnaissance internationale

En 2002, Danko Jones publie son premier véritable album, Born a Lion, produit par Bill Bell. C’est le disque qui fait basculer le groupe dans une autre dimension : la même année, ils assurent la première partie des Rolling Stones lors du concert d’ouverture de la tournée 40 Licks au Palais Royale de Toronto. L’Europe, et particulièrement la Scandinavie et l’Allemagne, deviennent des terres de conquête où le trio est vénéré bien avant de l’être chez lui.

We Sweat Blood (2003) durcit le propos et vaut au groupe plusieurs nominations aux Juno. Mais l’histoire canadienne se complique : après une apparition de Danko Jones à la télévision publique où il défend le téléchargement de musique face au patron de l’industrie du disque, le groupe est lâché par Universal Canada en plein cycle promotionnel. Qu’importe : la machine de tournée ne s’arrête jamais, aux côtés de Turbonegro, Sepultura ou The Bronx.

Signé chez Aquarius Records, le groupe enchaîne Sleep Is the Enemy (2006), Never Too Loud (2008, produit par Nick Raskulinecz et porté par le tube « Code of the Road ») et Below the Belt (2010). Ce dernier marque les esprits par le clip démesuré de « Full of Regret », véritable court-métrage réunissant Elijah Wood, Lemmy Kilmister, Selma Blair et Mike Watt, premier volet d’une trilogie vidéo, « The Ballad of Danko Jones », qui verra aussi passer Ralph Macchio et Jena Malone.

La consécration d’un groupe de scène

Rock and Roll Is Black and Blue (2012) accompagne la sortie du documentaire Bring on the Mountain et du livre Too Much Trouble: A Very Oral History of Danko Jones, preuves que le groupe est désormais une véritable institution du rock nord-américain. À partir de Fire Music (2015), premier album enregistré avec Rich Knox, le trio entre dans une période d’une régularité métronomique : Wild Cat (2017), A Rock Supreme (2019), Power Trio (2021, dont le titre est un manifeste), Electric Sounds (2023) et Leo Rising (2025), leur douzième album studio, jalonnent une décennie prolifique. Power Trio et Electric Sounds décrochent des nominations aux Juno dans la catégorie metal / hard rock, portant à six le total de nominations du groupe.

Sur scène, Danko Jones reste ce que la critique salue depuis les débuts : l’un des meilleurs groupes live du rock, aussi à l’aise dans les clubs enfumés que sur les grandes scènes des festivals européens — Roskilde, Hellfest, Rock am Ring, Sziget, Lowlands, Download. Le tout porté par les fameux monologues du chanteur entre les morceaux, mi-prêche, mi-stand-up, qui font de chaque concert un one-man-show autant qu’un déluge électrique.

Un style, une attitude

Musicalement, Danko Jones distille un hard rock nerveux irrigué de garage, de punk et de blues, taillé pour le riff et le refrain. Les chansons parlent de désir, de bravade, de rock’n’roll et d’auto-affirmation avec un second degré permanent : chez ce groupe, la vantardise est un art et l’humour une arme. Danko Jones l’homme est d’ailleurs devenu une figure à part entière de la culture rock, chroniqueur pour la presse spécialisée et animateur de son propre podcast, The Official Danko Jones Podcast, où sa faconde de raconteur fait merveille.

Trente ans après ses premiers concerts, Danko Jones incarne une certaine idée, increvable, du rock’n’roll : celle d’un groupe qui n’a jamais cherché à être autre chose que lui-même — bruyant, direct, drôle et redoutablement efficace — et qui, précisément pour cette raison, ne s’est jamais démodé.

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