Fantastic Negrito

Il y a des artistes qui font de la musique. Et il y a ceux dont la musique est un acte de survie. Xavier Amin Dphrepaulezz, alias Fantastic Negrito, appartient à la seconde catégorie. Trois Grammy Awards du meilleur album de blues contemporain, un parcours de vie qui tient du roman picaresque et une énergie scénique qui carbonise tout sur son passage : voilà l’homme qui s’apprête à fouler la scène de Guitare en Scène le 15 juillet 2026.

Les origines : du Massachusetts à Oakland

Né le 20 janvier 1968 dans l’ouest du Massachusetts, Xavier est le huitième d’une fratrie de quinze enfants, élevé dans un foyer musulman orthodoxe par un père d’origine somalienne et bahaméenne aussi autoritaire qu’énigmatique. Un père qui, révélera-t-il des décennies plus tard, lui avait fabriqué un nom de famille, une ascendance fictive et un faux accent — autant de mensonges fondateurs qui nourriront en profondeur son dernier album.

À 12 ans, la famille déménage à Oakland, Californie. Le jeune Xavier débarque en pleine épidémie de crack, dans un quartier où la violence est quotidienne. Il perd un ami d’enfance, assassiné. Il vend de la drogue. Il est braqué à bout portant à 19 ans dans West Oakland. Mais quelque chose résiste en lui : la musique. La découverte de Dirty Mind de Prince est une révélation — un artiste noir qui brise tous les codes, autodidacte, libre. Xavier décide que sa vie sera là.

Le premier acte : la chute

Au début des années 1990, le jeune musicien quitte Oakland pour Los Angeles avec un objectif : décrocher un contrat. Il y parvient, signant avec le management de Prince puis avec Interscope Records. En 1996, il sort un premier album sous le simple nom de Xavier, The X Factor, sur Lexington House Records distribué par Interscope. Le rêve semble à portée de main.

Puis tout s’écroule. En 1999, un accident de voiture dévastateur le plonge dans un coma de trois semaines et lui endommage gravement la main qui joue de la guitare. À son réveil, Interscope met fin à son contrat. Loin de se résigner, il monte un club clandestin à South Central Los Angeles. Mais en 2007, épuisé, il se retire temporairement de la musique.

La résurrection : Fantastic Negrito est né

C’est la naissance de son fils qui va tout relancer. Vers 2014, Xavier se réinvente sous le nom de Fantastic Negrito — un quasi-superhéros musical dont la mission est de récupérer ce qui a été brisé et de lui redonner du pouvoir. Il définit sa musique comme du « black roots music for everyone » et sort un premier album éponyme autoproduit.

En 2015, à 47 ans, il remporte le tout premier Tiny Desk Contest de NPR, la prestigieuse compétition musicale de la radio publique américaine. C’est le tournant. Les portes s’ouvrent enfin : il joue pour Bernie Sanders lors de meetings de campagne, rejoint le regretté Chris Cornell en tournée européenne et américaine, se produit dans la série Empire sur Fox.

La consécration : trois Grammy consécutifs

Ce qui suit tient de la razzia. En l’espace de cinq ans, Fantastic Negrito empoche trois Grammy Awards dans la catégorie « Best Contemporary Blues Album » — un exploit que seuls Buddy Guy et Keb’ Mo’ ont dépassé dans l’histoire de cette récompense.

The Last Days of Oakland (2016) lui vaut son premier Grammy en 2017. L’album est une plongée brûlante dans les rues d’Oakland — pauvreté, gentrification, injustice raciale — portée par une fusion incandescente de blues, folk, rock et hip-hop. C’est l’album d’un homme qui regarde sa ville se transformer et qui refuse de détourner les yeux.

Please Don’t Be Dead (2018), deuxième Grammy en 2019, est plus sombre, plus rageur, mais aussi plus tendre. La pochette le montre allongé sur un lit d’hôpital, référence directe à son accident. Les thèmes sont ceux d’une Amérique en crise : fusillades dans les écoles, addiction aux opioïdes, sans-abrisme, violences policières. Mais toujours cette énergie vitale qui transforme la douleur en groove.

Have You Lost Your Mind Yet? (2020), troisième Grammy en 2021, explore la santé mentale et la pression sociale dans un monde au bord de l’implosion. Musicalement, c’est l’album le plus sauvage, le plus funky, le plus imprévisible de la trilogie.

L’engagement au-delà de la musique

Fantastic Negrito n’est pas seulement un musicien. C’est un activiste dont les convictions dépassent largement la scène. Il a fondé la Revolution Plantation, une ferme urbaine à Oakland destinée à l’éducation et à l’autonomisation des jeunes. Inspiré par sa grand-mère du Sud, il y transmet les savoirs agricoles comme autant de leçons de vie collective. Il a également créé Storefront Records, son propre label, installé à Oakland, ainsi que le Storefront Market, un marché gratuit mettant en avant les vendeurs de la communauté de West Oakland.

Au fil des années, il a collaboré ou partagé la scène avec Bruce Springsteen, Elton John, Sting, E-40, Sturgill Simpson, Tank and the Bangas ou encore Sam Smith. Il s’est produit dans les plus grands festivals du monde : Glastonbury, Lollapalooza, Newport Folk Festival, WOMAD, Byron Bay Bluesfest.

White Jesus Black Problems et au-delà

En 2022, White Jesus Black Problems marque un nouveau tournant. C’est un album-concept accompagné d’un film, inspiré par une découverte stupéfiante dans son propre arbre généalogique : au XVIIIe siècle, dans la Virginie coloniale, sa septième aïeule écossaise, domestique engagée, vivait en union libre avec un homme noir réduit en esclavage — en défi ouvert aux lois ségrégationnistes de l’époque. L’album, enregistré en live au studio puis enrichi couche par couche, est né d’une cinquantaine de morceaux réduits à treize titres et interludes. Une version acoustique, Grandfather Courage, suit en 2023.

Puis vient Son of a Broken Man, sorti le 18 octobre 2024 sur Storefront Records. L’album le plus intime à ce jour. Fantastic Negrito y règle ses comptes avec le fantôme de son père — celui qui l’a mis à la porte à 12 ans et qui est mort pendant que Xavier était en famille d’accueil. Mensonges familiaux, quête d’identité, blessures d’enfance, désir de réconciliation impossible : tout y passe avec cette franchise brutale qui est sa signature. En 2025, il célèbre le dixième anniversaire de sa victoire au Tiny Desk Contest par une tournée mondiale et se décrit lui-même sur scène avec une formule devenue culte : « My shows are like church without the religion. »

En concert : l’expérience Fantastic Negrito

Ceux qui l’ont vu sur scène le savent : un concert de Fantastic Negrito n’est pas un simple show, c’est une communion. Le corps en mouvement perpétuel, la voix rauque qui alterne entre rage et tendresse, les solos de guitare qui surgissent comme des éclairs — tout chez lui respire l’urgence et l’authenticité. Pas de playback, pas de filet : juste un homme et son groupe qui jouent comme si leur vie en dépendait. Parce que, dans son cas, ça a longtemps été le cas.

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