Trop smart pour être rappeuse et trop street pour être mannequin. La formule circule depuis quelques années dans la presse spécialisée pour décrire Juste Shani — et elle ne vieillit pas. Parce qu’elle dit quelque chose de précis sur ce qui rend cette rappeuse de l’Essonne si difficile à ignorer : elle ne rentre dans aucune case, et c’est précisément ce qui fait sa force.
Wissous, l’Essonne, les livres et le ballon
Née à Wissous dans l’Essonne, d’origine congolaise et sénégalaise, Juste Shani écrit ses premiers textes dès l’enfance, passionnée de lecture et d’écriture. Elle s’inspire d’abord des chansons américaines R’n’B de l’époque avant de découvrir le rap.
Avant de rapper, Juste Shani écrivait. Et avant d’écrire, elle lisait. Beaucoup. « J’aime beaucoup lire, j’aime beaucoup la poésie. C’est l’amour de la lecture, du hip-hop, et l’envie de passer des messages. » Chez elle, le texte n’est jamais un prétexte — c’est le cœur battant de chaque morceau.
Après l’obtention d’un master en marketing, elle décide de prendre une année sabbatique en 2018 pendant laquelle elle explore la danse hip hop, le chant, le football — à l’ACP 15, club parisien —, et surtout le rap. Elle enchaîne les Open Mic. Pendant trois ans, Juste Shani mène la vie d’Hannah Montana — directrice acquisition dans une entreprise le jour, rappeuse en construction la nuit. Jusqu’à ce que la balance finisse par pencher irréversiblement d’un seul côté.
Le déclic : Sélection Féminine
En 2019, pour le Mondial féminin, Juste Shani sort Sélection Féminine, un titre de motivation à destination des Bleues, à la sauce afro-trap. Le morceau circule, parle, convainc. C’est le déclic : elle s’impose ensuite avec Dimelo comme l’une des nouvelles rappeuses émergentes.
Dimelo, sorti en 2021, est le titre qui installe son nom durablement. Elle le défend aux Solidays, au Lollapalooza et sur d’autres festivals de l’hexagone. Le titre dépasse les 100 000 streams en quelques semaines. La machine est lancée.
Une accumulation de victoires méritées
En 2021, Juste Shani assure la première partie d’IAM à l’Olympia, soutenue par RIFFX by Crédit Mutuel. En 2022, elle est lauréate Rappeuses en Liberté, dispositif d’accompagnement dédié aux rappeuses, puis gagnante de la tournée RADAR — tremplin de la musique urbaine qui l’amène à jouer à Solidays et au Lollapalooza. En 2023, elle gagne GiveMe5, le tremplin rap itinérant de Renault, qui l’amène à son premier Planète Rap sur Skyrock avec Youssoupha. La même année, elle est sélectionnée au parcours expérience du FAIR.
Ce palmarès n’est pas décoratif. Chaque victoire correspond à une étape concrète — une nouvelle scène, un nouveau réseau, une nouvelle légitimité arrachée dans un milieu qui n’offre pas grand-chose aux femmes qui débarquent sans maison de disques ni coup de pouce de l’industrie.
Un son qui refuse les cases
Musicalement, Shani ne se laisse enfermer dans aucun carcan : toplines chantées, flows serrés, beats trap, touches afro. Elle jongle, hybride, casse les codes. C’est ce mélange qui fait sa singularité.
Biberonnée aux sons de Ciara, Missy Elliott ou Beyoncé, elle trouve d’abord ses modèles chez ces « super women » du R’n' B américain, qui réinventent les codes et imposent leur jeu sur la scène mondiale. Mais Juste Shani n’est pas un produit d’importation — elle est profondément française, profondément de son époque, profondément personnelle dans ce qu’elle raconte.
Nuits Blanches et Diamant Noir : la maturité en deux actes
Nuits Blanches (EP, avril 2024) — Une immersion dans un monde de quêtes et d’énergies, une voix douce qui chante du rap dur et raconte de belles histoires. Exploration des insomnies modernes, des amours contrariés, de la solitude urbaine. La plume est intimiste mais jamais refermée sur elle-même.
Diamant Noir (EP, janvier 2025) — Autoproduit grâce au financement participatif, l’EP réunit des titres comme Brillance, Dimelo, Matrixée et Schengen, écrits d’une plume fine. Les textes évoquent la vie amoureuse, la jungle du rap où être une femme n’est en rien facile, sa jeunesse de princesse, être belle et se taire au travail. Une métaphore de son identité : dureté et éclat, résistance et beauté. On y retrouve ses « Cartes Blanches », véritables laboratoires créatifs où elle revisite des figures populaires — Mufasa, Reine des Neiges, Paëlla. Des références pop détournées en punchlines acérées.
FOMO (single, septembre 2025) — Avec FOMO, son single sorti le 17 septembre 2025, Juste Shani transforme l’angoisse de l’instant manqué en hymne générationnel. Là où le FOMO étouffe une génération prisonnière de l’écran, Shani le transforme en confession et en résistance. Le titre lui vaut une reconnaissance accrue, notamment après qu’un extrait de freestyle partagé par Booba sur X relance l’attention médiatique autour de son nom.
Sur scène : l’espace habité
Quand elle entre sur scène, Juste Shani ne cherche pas à dominer l’espace : elle l’habite. Son flow, grave et limpide, vient se poser sur la musique comme une évidence. Elle rappe sans forcer, sans posture, mais avec une intensité désarmante.
Sur scène, son énergie et son magnétisme naturel ont conquis le public en première partie d’IAM à l’Olympia ainsi qu’aux Solidays 2022, au Lollapalooza 2022, aux Ardentes 2023, à la Fête de l’Huma 2023. Une trajectoire qui trace une ligne claire : celle d’une artiste qui grandit concert après concert, sans raccourci.
Ce qu’elle dit du rap, de l’industrie et d’elle-même
Consciencieuse et douée d’un véritable sens des affaires, Juste Shani confie après quelques mésaventures avec des labels concernant la propriété intellectuelle : « Je suis limite contente que cela me soit arrivée. Aujourd’hui, les maisons de disques ont tellement d’artistes que, bien souvent, tu dois aussi apprendre à gérer ta communication et ton image. Il faut savoir sortir du lot. Même si tu as un label ou un agent, tu es obligé d’être ton propre producteur. »
Dans la ligue des rappeuses, Juste Shani est le talent brut sur lequel miser. Qu’elle chante ou qu’elle kicke, toujours avec éloquence, sa pluralité lui permet de toucher à la fois les amoureux du rap et les amoureux des mots. C’est une artiste solaire, engagée et créative, qui se bat pour le droit d’être qui l’on est et se moque bien des codes dictés par la société.
|

