Pacôme Rotondo
Il a 24 ans, deux albums au compteur, un diplôme de la Music Academy International de Nancy en poche et un jeu de guitare qui fait dire à la presse spécialisée qu’il se positionne déjà parmi les meilleurs du genre dans l’Hexagone. Pacôme Rotondo ne fait pas du blues-rock par nostalgie. Il le fait parce que cette musique lui coule dans les veines, parce qu’elle lui permet de dire des choses qu’aucun autre langage ne pourrait exprimer, et parce qu’il refuse — avec une détermination presque anachronique à son âge — de tricher avec le son, avec la scène, avec l’émotion.
Roanne, les vinyles du paternel et la guitare à dix ans
L’histoire de Pacôme Rotondo commence à Roanne, dans la Loire, au début des années 2000. Pas de musiciens dans la famille, précise-t-il — et il y tient. Pas de « don » inné, pas de destin tracé d’avance. Juste un gamin qui tombe amoureux de la guitare vers l’âge de dix ans et qui, très vite, comprend que c’est là que sa vie va se jouer. Il commence par la guitare classique, puis bascule vers l’électrique. Le déclic, ce sont les vinyles de ses parents : Gary Moore, Scorpions, Thin Lizzy, et surtout Jimi Hendrix, pour lequel il nourrit une admiration sans bornes. Plus tard viendront Rory Gallagher — le vrai, l’unique, celui de Ballyshannon —, Stevie Ray Vaughan, Calvin Russell, Deep Purple, Led Zeppelin, The Doors, Pink Floyd. Un panthéon des années 60 et 70 qui deviendra le socle de tout son travail.
Pacôme le dit lui-même avec une lucidité désarmante : le don, ça n’existe pas en musique. C’est le travail, l’envie, les projets et le respect du groupe qui poussent à avancer. Cette philosophie, il la met en pratique dès l’adolescence.
The Black Spades : les premiers pas
En 2017, à peine quinze ans, Pacôme forme son premier trio, The Black Spades, qui navigue entre heavy metal et hard rock. Le groupe ne traîne pas : en 2018, il remporte le Tremplin Roanne Jeunes Talents, et dans la foulée enregistre un premier EP intitulé Save Water… Drink Water. Le gamin a du feu et l’envie de brûler les planches, mais il sait aussi qu’il lui faut une formation solide pour aller plus loin.
La Music Academy International de Nancy
En septembre 2020, Pacôme quitte Roanne pour Nancy et intègre la Music Academy International (MAI), centre de formation professionnelle de référence dans les musiques actuelles, fondé en 1981 et partenaire du Berklee College of Music de Boston. C’est là-bas qu’il affine son jeu, structure ses connaissances et — surtout — qu’il rencontre le batteur Sacha Fuhrmann et le bassiste Nathan Bechet, qui deviendront ses compagnons de route. Il en ressort diplômé, armé d’un bagage technique qui va lui permettre de mettre sa virtuosité au service de la musique plutôt que de l’esbroufe.
De retour à Roanne, Pacôme a changé. Ou plutôt, il s’est trouvé. Fini le heavy metal des débuts : c’est vers le blues-rock qu’il se tourne désormais, en power trio, sous son propre nom. Le format est celui de ses héros — Hendrix, Gallagher, Gary Moore — : guitare, basse, batterie, pas de filet.
World of Confusion (2023) : l’entrée par la grande porte
En février 2022, le trio commence les sessions d’écriture. En mars 2023, direction le studio Les Tontons Flingueurs à Renaison, dans la Loire, où l’ingénieur du son Pascal Coquard les attend avec un arsenal de micros et de matériel vintage. L’approche est radicale : tout est capté live en studio, à l’ancienne, sans tricher. L’objectif est clair — retrouver l’esprit des enregistrements des années 70, cette énergie brute du trio qui joue ensemble dans la même pièce.
World of Confusion sort le 13 octobre 2023, en CD, vinyle et streaming. Onze titres qui font l’effet d’un coup de poing gainé de velours : le slide bien gras de Sleep With The Devil en ouverture, les cavalcades incendiaires de Love Means Life et Burning Winds, les ballades bluesy mi-acoustiques mi-électriques d’All My Mistakes, l’instrumental Interlude qui met en lumière la cohésion du trio. L’harmoniciste Fred Brousse vient poser sa patte sur deux titres. La presse spécialisée réagit immédiatement : Rock Made in France salue la « puissance d’un Gary Moore et le côté vintage d' un Rory Gallagher », Blues Mag parle d’une « belle réussite qui lui permet d’entrer par la grande porte dans la sphère du Rock Blues », Paris-Move évoque les cavalcades de Johnny Winter et de Gallagher. Le magazine Culturesco résume le sentiment général : Pacôme Rotondo serait anglais ou américain, on n’y verrait que du feu.
Crimson Reverie (2025) : la confirmation et l’ouverture
À l’automne 2024, le trio retourne aux Tontons Flingueurs pour enregistrer le deuxième album. Mais cette fois, la formation s’élargit : Paul Gervreau rejoint le groupe aux claviers, orgue et piano, ajoutant une dimension atmosphérique nouvelle. Et un invité de marque vient enrichir le disque : Raoul Chichin, fils de Fred Chichin et Catherine Ringer des Rita Mitsouko, pose sa guitare sur une reprise de For What It’s Worth des Buffalo Springfield. Les deux musiciens, qui se suivaient sur les réseaux sociaux, se sont retrouvés chez Raoul à Paris pour enregistrer le morceau et partagent désormais régulièrement la scène.
Crimson Reverie sort le 16 mai 2025 sur le label Handbremse. Neuf titres qui confirment tout ce que le premier album laissait entrevoir, en allant plus loin. L’ouverture Lying in the Desert pose un riff ensorcelant à la Stevie Ray Vaughan. Hearts Burning Bright navigue entre Led Zeppelin et Deep Purple. Back from the Storm, porté par un orgue qui vrombit, trace du début à la fin avec une énergie de locomotive. Le morceau éponyme Crimson Reverie transporte dans un territoire plus psychédélique et planant, avec un long solo expressif qui montre l’étendue de la palette du guitariste. Is the World met en avant le dobro joué au bottleneck. L’album alterne les charges frontales et les moments d’apesanteur, les riffs taillés à la serpe et les atmosphères envoûtantes.
Guitare Xtreme, Music in Belgium, Rockmeeting — les critiques sont unanimes. Lisa Vincent écrit dans Guitare Xtreme que malgré sa jeunesse, Pacôme « offre neuf titres aboutis de blues rock qui tirent parfois vers le hard ou le psychédélique ». Music in Belgium prédit que l’album « trouvera une place de choix dans les lecteurs audio des amateurs de guitares vintage ». Rockmeeting conclut que Pacôme se positionne désormais « parmi les meilleurs du genre dans l’Hexagone ».
Sur scène : possédé par les esprits de Hendrix et Gallagher
En concert, Pacôme Rotondo est un animal de scène. Le trio (désormais quatuor avec l’ajout des claviers) joue avec une intensité qui ne faiblit pas, portée par la voix rauque et puissante du leader et par un jeu de guitare qui alterne entre précision chirurgicale et fureur incontrôlée. La presse le décrit comme « possédé par les esprits de Hendrix et Gallagher » — et ceux qui l’ont vu sur scène confirment que la formule n’est pas exagérée.
Depuis la sortie de Crimson Reverie, les dates s’enchaînent : Rock my Ferme Festival, Sathonay Blues Festival, Summer Blues Festival en Normandie, Paris Guitar Festival, et bientôt — confirmation éclatante — la Scène Quartier Libre de Guitare en Scène.
Un guitariste, quinze guitares et zéro concession
Pacôme possède une quinzaine d’instruments, chacun porteur d’une histoire et d’une couleur sonore : une Gibson acoustique des années 50, une Stratocaster pailletée, un dobro métallique, une Gibson Les Paul aux micros « zébra » décapotés. Il entretient avec chaque guitare un rapport intime, presque charnel. Pour lui, la guitare est « une deuxième langue », un outil de partage avant d’être un objet de virtuosité.
Et c’est peut-être là que réside le secret de Pacôme Rotondo : malgré une technique qui impressionne les spécialistes, il ne verse jamais dans l’esbroufe gratuite. Chaque solo sert le morceau, chaque riff porte une intention. La musique d’abord, l’ego ensuite. À 24 ans, c’est une maturité rare.
Ce qu’il faut retenir
Pacôme Rotondo n’a pas 24 ans par hasard. Il a 24 ans et deux albums qui respirent la maturité de quelqu’un qui a passé sa vie à écouter, à travailler et à respecter une tradition musicale qu’il fait vivre avec une énergie qui n’appartient qu’à lui. Il ne rejoue pas les années 70 : il les prolonge, les réinvente, les électrise avec une fougue et une authenticité qui font de lui l’une des voix les plus prometteuses du blues-rock français. À Guitare en Scène, sur la Scène Quartier Libre, il aura l’occasion de le prouver une fois de plus — et quelque chose nous dit que ceux qui seront là ne l’oublieront pas de sitôt.
Actualités
Guitare en Scène 2026 : cinq nouveaux noms pour compléter une affiche déjà éblouissante
Chroniques de concerts
Aucune chronique de concert
Critiques d'albums
Aucune critique d'album
