Taj Farrant

Il y a des guitaristes qui jouent. Il y a des guitaristes qui impressionnent. Et puis il y a Taj Farrant — un gamin qui, à un âge où la plupart des adolescents hésitent encore entre deux filières scolaires, a déjà jammé avec Carlos Santana, fait pleurer Nuno Bettencourt d’admiration et décroché un contrat d’endorsement avec Gibson avant même d’avoir eu le droit de conduire. Le 14 juillet 2026, c’est sur la Scène Village de Guitare en Scène qu’il posera ses amplis. Autant prévenir : le choc risque d’être violent.

Long Jetty, Nouvelle-Galles du Sud : là où tout commence

Taj Farrant naît le 21 mai 2009 à Long Jetty, petite ville côtière de la Central Coast en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Son prénom n’est pas un hommage au bluesman américain Taj Mahal, mais au champion de surf australien Taj Burrow. Un clin d’œil à la culture locale qui dit déjà quelque chose de cette famille : ancrée, passionnée, sans artifice.

Son père, Brandin Farrant, est batteur. Sa mère, Cassie, assure la logistique d’une vie familiale qui va bientôt basculer dans l’extraordinaire. Sa sœur cadette, Jazel, deviendra elle aussi musicienne — elle joue de la batterie et assure régulièrement la première partie des concerts de son frère.

Le déclic : AC/DC et l’apparition d’Angus Young

L’histoire de Taj Farrant commence réellement un soir de 2015 ou 2016, lors d’un concert d’AC/DC. Le petit Taj — six ans et demi — est perché sur les épaules de son père dans la foule. Quand Angus Young surgit sur scène et attaque les premiers accords de You Shook Me All Night Long, l’enfant se penche vers son père et lui dit cette phrase que toute la presse musicale anglophone a depuis reprise : « I want to do that for the rest of my life. »

À partir de ce moment, rien ne l’arrête. La famille lui offre sa première guitare, une Gibson SG Cherry Red de 2009 qu’il baptisera affectueusement « The Wife ». Brandin, qui n’est pas guitariste, se met à apprendre l’instrument l’après-midi pour pouvoir enseigner à son fils le soir, au retour de l’école. Le père et le fils avancent ainsi en tandem, leçon après leçon, riff après riff.

La progression est fulgurante. À sept ans, Taj s’attaque au solo de Comfortably Numb de Pink Floyd — qu’il finira par jouer les yeux bandés pour une vidéo YouTube qui accumulera des millions de vues. Sa reprise de Tennessee Whiskey de Chris Stapleton dépassera les onze millions de vues sur la plateforme. Le monde commence à regarder.

L’ascension : d’Australia’s Got Talent au plateau d’Ellen

En 2019, à neuf ans, Taj Farrant participe à Australia’s Got Talent, où il se hisse jusqu’en demi-finale avec une interprétation de Purple Rain de Prince. La même année, il traverse le Pacifique pour apparaître sur The Ellen DeGeneres Show, où il interprète le solo de Sweet Child O’ Mine de Guns N’ Roses devant des millions de téléspectateurs.

Tout s’accélère. Il signe avec Dorsey Productions Worldwide, décroche un contrat d’endorsement avec Gibson — devenant l’un des plus jeunes guitaristes à intégrer la famille Gibson —, puis enchaîne les partenariats avec Elixir Strings, Kiesel Guitars, Shure, Friedman Amplification, QSC Audio et Nexi Pedals. Le gamin de Long Jetty est désormais un artiste sponsorisé par les plus grands noms de l’industrie.

Mais cette notoriété soudaine a un prix. En Australie, le « tall poppy syndrome » — cette tendance culturelle à rabaisser ceux qui sortent du lot — frappe de plein fouet le jeune guitariste. À l’école, il est harcelé. On lui jette son sac à l’eau, on le bouscule, on le traite de « weirdo » à cause de ses dreadlocks et de sa petite célébrité sur les réseaux sociaux. Sa mère, Cassie, racontera plus tard que la situation était devenue intenable après son passage chez Ellen. La famille prend alors une décision radicale : retirer Taj de l’école. Lui et Jazel suivront désormais le programme australien en enseignement à domicile, tandis que la famille partage sa vie entre l’Australie et les États-Unis — avant de s’installer définitivement outre-Atlantique, la scène américaine étant devenue le cœur de la carrière de Taj.

Jammer avec les légendes

Ce qui distingue Taj Farrant de la longue liste des « enfants prodiges de YouTube », c’est la validation par les pairs — et pas n’importe lesquels. En 2020, lors d’un événement au House of Blues de Las Vegas, Carlos Santana l’invite sur scène pour une jam session. Taj a dix ans. La vidéo, postée sur YouTube, dépasse les deux millions de vues et marque un tournant : ce n’est plus un enfant qui imite les grands, c’est un musicien qui dialogue avec eux.

Par la suite, il partage la scène avec KISS, Rob Thomas, Orianthi, Eric Gales, Christone « Kingfish » Ingram et Buddy Guy. Il se produit aux côtés du Hendrix Experience et participe à des festivals majeurs : le Big Blues Bender de Las Vegas, le Telluride Blues & Brews, le Bluesfest de Byron Bay — le plus grand festival de blues d’Australie — et même le Lollapalooza en 2024. En janvier 2026, il est invité par Nuno Bettencourt (Extreme) à participer au Six String Sanctuary, un séminaire de guitare d’élite aux côtés de Steve Vai, Eric Gales, Richie Kotzen et Rick Beato.

D’ailleurs, c’est Nuno Bettencourt lui-même qui, en février 2025, propulse la réputation de Taj à un niveau supérieur. Après avoir regardé une douzaine de fois une vidéo live du solo de Mumma Raised a Man, le guitariste d’Extreme publie un message enflammé sur les réseaux, décrivant Taj comme la réincarnation de Stevie Ray Vaughan et d’Eddie Van Halen réunis en un seul corps. Le mot « dangerous » revient. Le mot « inspiring » aussi. L’adoubement est total.

Chapter One : le premier album

Le 28 août 2024, Taj Farrant sort enfin son premier album, Chapter One, sur le label familial T & J Records. Onze titres, 42 minutes, et une maturité qui défie l’âge inscrit sur sa carte d’identité. L’album atteint la première place du classement iTunes Blues, la deuxième du Billboard Blues Chart et la huitième du classement ARIA Jazz and Blues.

Cinq des huit compositions originales sont coécrites avec le parolier Ken Lewis. L’album s’ouvre sur Beautiful Things, un instrumental lumineux, avant de plonger dans le blues-rock rageur de Bad Trip et Crossroads (ce dernier ayant déjà atteint la 29ème place des charts dès sa sortie en single en juillet 2023). Cruz, autre instrumental, confirme la dimension contemplative et virtuose du guitariste. House Always Wins et 2x2 — un clin d’œil assumé à Lenny Kravitz — explorent le versant pop-rock de sa palette. Freight Train et Mumma Raised a Man — le morceau qui a fait fondre Nuno — révèlent un songwriter en pleine maturation, capable de mêler puissance et émotion. La version CD inclut deux reprises : Ain’t No Sunshine de Bill Withers et Tightrope de Stevie Ray Vaughan, deux hommages qui ancrent clairement la filiation musicale revendiquée.

La tournée qui ne s’arrête plus

Depuis la sortie de Chapter One, Taj enchaîne les dates aux États-Unis à un rythme effréné, accompagné du groupe Nathan Bryce & Loaded Dice. Les salles se remplissent, les tickets se vendent souvent en avance. La tournée se double d’un message qui lui tient à cœur : en référence à son propre vécu, il mène une campagne de sensibilisation contre le harcèlement scolaire, intervenant dans des écoles lorsque le calendrier le permet.

Et parce qu’il n’est pas du genre à garder la lumière pour lui seul, Taj invite régulièrement de jeunes guitaristes à monter sur scène avec lui et son groupe, reproduisant le geste que Santana et Orianthi avaient eu envers lui quelques années plus tôt.

Influences et style : bien plus qu’un prodige

Le piège, avec un artiste aussi jeune, serait de le réduire à un phénomène de foire. Mais Taj Farrant échappe à cette facilité par la profondeur de son jeu et par une culture musicale qui, à 17 ans, impressionne déjà les vétérans. Ses influences déclarées dessinent une cartographie du blues-rock dans toute sa richesse : Angus Young pour le déclic originel, Gary Moore comme idole absolue (il cite régulièrement Parisienne Walkways comme un morceau-clé), Stevie Ray Vaughan pour le phrasé et l’intensité, Eddie Van Halen pour la dimension pyrotechnique, Prince pour la liberté. À ces noms s’ajoutent ceux qui l’ont accompagné en chair et en os sur scène : Santana, Eric Gales, Kingfish Ingram.

Ce qui frappe chez Taj, c’est cette capacité à combiner la virtuosité technique et l’émotion brute. Son jeu n’est jamais gratuit, jamais dans l’esbroufe pure : chaque solo raconte quelque chose, chaque note respire. Lui-même le dit avec une lucidité remarquable pour son âge : il ne veut pas être reconnu « pour ce qu’il fait à son âge », mais simplement « pour être un bon artiste ». La nuance est essentielle — et c’est précisément ce qui le distingue de la cohorte des guitaristes viraux qui fleurissent et fanent sur les réseaux.

L’affaire de famille

On ne peut pas raconter l’histoire de Taj sans parler des Farrant au pluriel. Brandin, le père-batteur devenu professeur de guitare par amour, filme chaque session de pratique depuis le début — d’abord pour analyser la progression de son fils, puis pour alimenter les réseaux sociaux qui feront sa notoriété. Cassie, la mère, gère la logistique d’une vie nomade entre deux continents. Jazel, la sœur de 15 ans, joue de la batterie et ouvre les concerts de son frère. Le label s’appelle T & J Records — Taj et Jazel. Sur le tour bus américain, il y a des Xbox dans les couchettes et des arrêts prévus pour visiter les chutes du Niagara. C’est une aventure familiale totale, et Taj le reconnaît avec une simplicité désarmante : ses parents ont fait en sorte que sa vie reste « normale », même quand rien ne l’est.

Ce qu’il faut retenir

À 17 ans, Taj Farrant a déjà une carrière que bien des musiciens de 40 ans lui envieraient : un album classé numéro un, des collaborations avec les plus grands, l’adoubement de Nuno Bettencourt, des festivals majeurs sur trois continents, et une signature Kiesel Guitars en préparation. Mais l’essentiel est ailleurs. L’essentiel, c’est ce gamin sur les épaules de son père devant Angus Young, qui a su transformer un rêve d’enfant en un feu que rien ne semble pouvoir éteindre. Et qui arrive à Guitare en Scène avec la ferme intention de prouver que le blues n’a pas d’âge — surtout quand on le joue avec autant d’âme.

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