We came here to do 2 things… kick ass and chew bubble gum… and we’re all out of bubble gum. Cette phrase, que le groupe a choisie pour célébrer ses trente ans d’existence en 2026, dit tout de l’état d’esprit de Zebrahead : une autodérision absolue, une énergie sans filtre, et une capacité à rester exactement le même groupe pendant trois décennies sans jamais paraître anachronique. Punk-rap californien depuis 1996, Zebrahead a vendu plus de deux millions d’albums, survivé à des changements de membres et de labels, et continue de tourner dans le monde entier avec la même foi en trois accords, un flow et un refrain de stade.
La Habra, été 1996 : la Californie invente son propre mélange
Zebrahead est un groupe de rock américain de La Habra, Californie, formé en 1996. À la base, une poignée de musiciens qui se trouvaient un peu banals par rapport à la scène locale d’Orange County — dominée à l’époque par le ska-punk et le surf punk. La réponse à ce sentiment d’ordinaire ? Recruter un rappeur.
Le groupe, inspiré par des groupes tels que Fugazi et The Descendents, mêle alors différents styles musicaux, comme le punk rock, la pop punk et le ska punk. Le groupe se trouvera alors assez “banal” par rapport à la scène locale d’Orange County, et décide alors d’incorporer dans leur son des éléments de hip-hop en recrutant le rappeur Ali Tabatabaee en tant que co-chanteur. Avec cette décision, le son de Zebrahead est né — une collision entre l’énergie punk-pop d’Orange County et le flow rap, deux mondes que personne ne pensait à marier sérieusement à l’époque.
La formation originale réunit Justin Mauriello (chant, guitare), Greg Bergdorf (guitare), Ben Osmundson (basse), Ed Udhus (batterie) et Ali Tabatabaee (rap, chant). Ils sortent une démo autoproduite en mai 1998 — la fameuse Yellow, nommée d’après la couleur de sa pochette — avant de signer chez Columbia Records.
Waste of Mind et Playmate of the Year : les fondations
Ils sortent alors leur premier album studio, Waste Of Mind en octobre 1998, suivi de leur deuxième album studio Playmate Of The Year en août 2000. Ce dernier vaut au groupe un moment de gloire pop culture : cet album est l’occasion pour le groupe de s’associer à la revue Playboy en ayant eu le privilège de tourner le clip du single Playmate Of The Year au manoir de Hugh Hefner.
La tournée qui suit est phénoménale dans son ampleur. Le groupe sort ensuite au Japon l’EP Stupid Fat Americans en octobre 2001. Zebrahead se dirige alors vers l’Europe pour promouvoir leurs deux premiers albums et feront plusieurs festivals (jusqu’à 250 dates dans l’année 2001). Ils y font les premières parties de groupes plus connus tels que Green Day, Reel Big Fish et The Offspring et partagent la scène avec Less Than Jake, Kottonmouth Kings, 311 et Goldfinger entre autres.
MFZB : le sommet commercial
Cinq ans après avoir réalisé leur premier album, leur troisième album studio, MFZB (abréviation du fan club du groupe, Mother Fuckin’ Zebrahead, Bitch), sort en octobre 2003. Cet album est le plus gros succès du groupe, notamment au Japon où il atteint la 9e place des charts japonais, grâce aux chansons Rescue Me, Hello Tomorrow, Into You et Falling Apart.
Le Japon — voilà le territoire qui aura toujours traité Zebrahead avec le plus d’adoration. Dans un pays qui n’a jamais eu besoin d’explication pour embrasser le punk californien, le groupe s’est construit une fanbase massale et fidèle, qui continue de les faire revenir régulièrement.
Le départ de Mauriello et l’arrivée de Matty Lewis
Waste Of MFZB est le dernier enregistrement auquel participe le chanteur et guitariste Justin Mauriello. Il quitte le groupe fin 2004 et fonde un nouveau groupe plus orienté pop nommé I Hate Kate. Son départ frustrera de nombreux fans du groupe car le duo de chanteur Mauriello/Tabatabaee était caractéristique du style de Zebrahead.
Matty Lewis, un ancien membre du groupe Jank 1000 qui avait précédemment tourné avec Zebrahead, est conseillé par Udhus et Osmundson d’essayer pour la place en décembre 2004, ce qu’il remporte. Avec Lewis, le groupe sort Broadcast to the World (2006), certifié or au Japon. Durant cette période, le groupe tourne aux États-Unis dans le cadre du Warped Tour et plus tard en Europe, notamment en jouant au Download Festival annuel britannique.
Une anecdote révélatrice de leur popularité au Japon : Ali Tabatabaee et Matty Lewis interprètent également le thème de Sonic the Hedgehog (2006), “His World”. Zebrahead, groupe de punk-rap californien, en train de chanter le thème de Sonic pour Sega — c’est une image qui dit tout de leur rapport décomplexé à la culture pop.
Treize albums et une philosophie DIY
La discographie de Zebrahead est aujourd’hui l’une des plus fournies de leur génération. Depuis sa formation, Zebrahead a vendu plus de 2 millions d’albums, a survécu à des changements de membres et de labels, a été nominé aux Grammys pour une collaboration avec Motörhead, sans jamais cesser de tourner dans le monde entier.
Parmi les sorties les plus notables de leur second souffle : Phoenix (2008), Panty Raid (2009) — une compilation de reprises de chanteuses des années 90-2000, avec Girlfriend d’Avril Lavigne en single —, Get Nice! (2011), Call Your Friends (2013), Walk the Plank (2015) et Brain Invaders (2019), leur treizième album studio.
En 2021, Matty Lewis quitte le groupe après seize ans, remplacé par Adrian Estrella. Le line-up actuel réunit Ali Tabatabaee (rap, chant), Adrian Estrella (chant, guitare), Dan Palmer (guitare), Ben Osmundson (basse) et Ed Udhus ( batterie) — avec Osmundson et Udhus présents depuis le tout premier jour.
Ce que Zebrahead représente
AllMusic décrit la musique de Zebrahead comme du “punk rap”, et dit également qu’ils sont un groupe de rap rock qui " doit bien plus à l’old school qu’au new". The Boston Phoenix a dit que le groupe “combinait la pop-punk mignonne de Blink-182 avec l’agressivité rap-metal de Limp Bizkit.”
Ces comparaisons ne leur rendent pas justice entièrement. Zebrahead a toujours été plus honnête que Limp Bizkit et plus musclé que Blink-182 dans ses meilleurs moments — un groupe qui a fait le pari du fun sans jamais sacrifier l’énergie brute, et qui a tenu ce pari pendant trente ans sans sourciller.
We’re all out of bubble gum. Et pourtant, ils continuent.







