Le radar indie qui donne rendez-vous à Hyères depuis vingt ans
Il existe en France quelques festivals qui ont décidé, dès le premier jour, de ne pas jouer le jeu de la facilité. Le MIDI Festival est de ceux-là. Créé en 2005, le MIDI Festival est un événement estival axé sur les musiques actuelles et émergentes, imaginé et développé à Hyères, au cœur de la French Riviera. Défricheur, audacieux, le MIDI Festival se pose en avant-garde de la scène indépendante française et internationale, qu’elle soit pop, rock, hip-hop ou électro : de nombreux talents se sont révélés au MIDI Festival avant d’être exposés plus largement.
Vingt et une éditions plus tard, le pari tient. Et dans le paysage festivalier français, c’est une performance rare.
Fred Landini et l’idée d’un festival différent
Le fondateur du festival est Fred Landini. Au milieu des années 2000, Hyères n’est pas une ville que l’on associe spontanément à la scène indie internationale. C’est précisément ce paradoxe — un festival de l’underground pop ancré dans une station balnéaire varoise — qui fait la singularité du projet dès ses débuts. Le MIDI Festival choisit de ne pas ressembler aux autres : pas de têtes d’affiche commerciales pour remplir des stades, pas de logique de rentabilité à court terme. Une boussole unique : la qualité artistique et le flair pour dénicher ce qui n’a pas encore eu sa chance.
À chaque édition depuis 2006, une partie des concerts se déroule dans les jardins de la Villa Noailles. La programmation comporte généralement des groupes émergents. La Villa Noailles, haut lieu du modernisme et de l’avant-garde artistique du XXe siècle, donne immédiatement au festival un cadre singulier — entre patrimoine architectural et expérimentation sonore, l’alchimie est parfaite.
Un palmarès qui parle pour lui
L’histoire du MIDI Festival, c’est aussi une liste de noms qu’on a vus sur cette scène avant de les voir partout ailleurs. En 2007, le public découvrait Animal Collective dans les jardins Nord de la Villa Noailles. En 2011, Wu Lyf et Lee Ranaldo de Sonic Youth foulaient ces mêmes jardins. En 2012, Bon Iver, SBTRKT, Thurston Moore, Disclosure ou Palma Violets s’y produisaient. En 2013, ce fut King Krule — alors encore adolescent —, The Horrors, Mount Kimbie, AlunaGeorge, Peter Hook & The Light, Mount Kimbie.
Puis Primal Scream, Alt-J, Hudson Mohawke. Puis Lomepal, Fishbach, François & The Atlas Mountains. Puis Black Country New Road et Black MIDI avant que la presse spécialisée mondiale ne s’emballe. En 2024, Bolis Pupul, Royel Otis, Girl and Girl, Mary in the Junkyard, Lime Garden — des noms que les lecteurs de Pitchfork ou de The Wire se disputent. Ce palmarès n’est pas le fruit du hasard : c’est la signature d’un festival qui a un vrai point de vue.
Les sites : une géographie qui évolue
Le MIDI Festival n’a jamais cessé de réinventer son rapport à l’espace. À partir de 2012, le festival délocalise certains concerts à l’Hippodrome de Hyères, qui est utilisé pour accueillir les différents festivals et concerts de l’été, avec une capacité d’accueil plus grande. Les MIDI Nights — la programmation électro — investissent quant à elles la plage de l’Almanarre, face à la mer.
En 2019, un nouveau tournant : le festival s’installe sur le site archéologique d’Olbia et quitte la Villa Noailles. Une après-midi s’installe sur l’île de Porquerolles à la Fondation Carmignac. Le site d’Olbia — une cité grecque fondée vers 325 avant J.-C. — donne au festival une dimension supplémentaire : jouer de la musique dans un espace où la Méditerranée antique affleure à chaque pierre. Depuis 2019, le MIDI Festival investit le site archéologique d’Olbia, face aux plages de l’Almanarre.
Ce déménagement offre aussi une ouverture sur la mer et une relation nouvelle avec le territoire : les festivaliers arrivent depuis Hyères en voiture ou en navette, traversent une péninsule baignée de lumière, et débouchent sur une scène qui donne sur les îles d’Or.
Des hauts, des bas et une obstination
L’histoire du MIDI Festival n’est pas sans aspérités. En 2015, après avoir failli être annulé à cause d’une baisse des subventions de la ville, le festival annonce la tenue d’une édition en mode réduit, ne comprenant que des concerts à la Villa Noailles et un line-up réduit. Du fait de problèmes financiers, l’organisation organise une collecte de fonds sur Ulule qui atteint son objectif de 10 000€. La communauté du festival répond présente, et l’édition a lieu.
En 2020, la pandémie de COVID-19 contraint à l’annulation. En 2022, le festival doit annuler au dernier moment les soirées prévues à l’Hippodrome pour un défaut de scènes menaçant la sécurité, et se tient en mode réduit à la Villa Noailles et au cirque. Autant de crises traversées sans jamais renoncer à l’essentiel : la singularité d’une programmation que personne d’autre ne fait.
2025 : vingt ans, et une jeunesse intacte
Du 18 au 20 juillet 2025, le MIDI Festival a célébré son vingtième anniversaire à Hyères. Trois soirées exceptionnelles à Olbia, où chaque concert a incarné l’esprit du festival. L’affiche du 20e anniversaire convoque des noms qui disent tout de la cohérence de la ligne éditoriale : Wu Lyf — de retour après leur apparition légendaire en 2011 —, Goat Girl, Christopher Owens, Rip Magic, Malik Djoudi, A. Savage, Faerybabyy, Chloe Slater.
L’édition 2025 a marqué les 20 ans du MIDI Festival — un anniversaire qui a été l’occasion de célébrer deux décennies d’un projet musical atypique et courageux. Le festival reste une des rares manifestations françaises à avoir maintenu pendant aussi longtemps une programmation rigoureusement indie, sans jamais céder aux sirènes du grand public ou de la rentabilité facile.
2026 : cap sur la 21e édition
La 21e édition du MIDI Festival se tiendra du 24 au 26 juillet 2026 sur le site archéologique d’Olbia à Hyères. La programmation confirmée réunit Ulrika Spacek, Elias Rønnenfelt, Marlon Magnée, Snuggle, The Man The Myth The Meatslab, Giorgio Poi, Little Grandad et Lauren Auder pour trois soirées de rock indépendant et de pop alternative dans les ruines antiques. Des noms qui confirment la vocation internationale du festival et son attachement à une certaine idée de l’indie — celle qui prend des risques, qui programme des artistes encore confidentiels, qui préfère l’exigence à la facilité.
Un festival qui ressemble à son territoire
Il y a quelque chose de profondément juste dans l’idée d’un festival indie à Hyères. Une ville qui n’est pas Cannes, pas Saint-Tropez, pas Nice — une ville qui a ses propres codes, son propre rapport à la mer, sa propre histoire. Le MIDI Festival a trouvé dans ce territoire une identité visuelle et sensorielle unique : le soleil couchant sur les ruines d’Olbia, la brise marine qui porte les basses jusqu’aux salins, les silhouettes des îles d’Or à l’horizon pendant les concerts.
Vingt et un ans que ça dure. Et dans l’univers des festivals indépendants français, c’est une longévité qui mérite le respect — et le détour.
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MIDI Festival 2026 : trois jours d'indie et d'électro sur le site archéologique d'Olbia
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