Rush à Fort Worth : incident frontalier, excuses filmées et une tournée qui ne faiblit pas

Rush à Fort Worth : incident frontalier, excuses filmées et une tournée qui ne faiblit pas

Rush

Il aura fallu un contretemps logistique pour rappeler à quel point le retour de Rush est attendu. Le 24 juin, date prévue du coup d’envoi d’une résidence de quatre soirs au Dickies Arena de Fort Worth, le groupe a annoncé en catastrophe que le premier concert était reporté au 2 juillet — « retards de voyage et de douane » liés à l’acheminement du matériel scénique, selon le communiqué officiel. Les trois dates restantes (25, 27 et 30 juin) ont absorbé le choc sans broncher, mais la nouvelle a parcouru la communauté des fans avec la vitesse d’un signal radio.

La vidéo d’excuses depuis Dickies Arena

Le 26 juin, deux jours après l’incident, Geddy Lee et Alex Lifeson ont posté sur Facebook et Instagram une vidéo filmée dans l’enceinte encore vide de Dickies Arena. Le ton est celui qu’on leur connaît : sincère, autodérisoire, sans fioriture.

« Nous tenons à nous excuser sincèrement auprès de toutes les personnes inconveniencées par ce qui s’est passé à l’arrivée de notre matériel, qui nous a contraints à reporter ce premier concert. Nous nous sentons vraiment mal à ce sujet », a déclaré Lee, avant qu’une pointe d’humour ne reprenne le dessus.

Lifeson, après avoir renchéri sur les regrets du groupe, a résumé la situation avec la philosophie lapidaire qui le caractérise : « Que voulez-vous, c’est comme ça. Les camions ne sont pas arrivés à temps. Finalement, ils sont là. Tout est installé, comme vous pouvez le voir. » Lee a conclu en promettant, non sans ironie, que le show de rattrapage du 2 juillet serait « encore meilleur que les autres — avec encore moins d’erreurs que d’habitude ». Les deux ont éclaté de rire.

La réaction des fans a été à la hauteur de la fidélité historique du public de Rush. Sur les réseaux, les récits de spectateurs ayant fait le voyage depuis la Californie ou le Canada pour ce premier soir ne se sont pas transformés en colère mais en anecdotes partagées avec affection : billets d’avion perdus, chambres d’hôtel rallongées, BBQ texan en consolation.

Moving Pictures en intégralité, Anika Nilles au centre

La bonne nouvelle, c’est que les concerts qui ont eu lieu depuis le lancement de la tournée Fifty Something — entamée début juin au Kia Forum de Los Angeles — témoignent que l’ensemble tient toutes ses promesses. Le deuxième soir au Kia Forum, Rush a joué Moving Pictures dans son intégralité, doublé d’une interprétation complète de « 2112 ». Le classicisme assumé de la setlist s’ouvre néanmoins à des raretés : « The Analog Kid », « Leave That Thing Alone », « The Trees » ont fait leur apparition sur diverses dates.

Au premier soir de la résidence texane (finalement le 26 juin), la setlist balayait l’essentiel du panthéon : « Limelight », « The Spirit of Radio », « Red Barchetta », « YYZ », « Working Man », « The Garden ». Pour les spectateurs réunis au Dickies Arena — enceinte de 14 000 places habituellement dévolue au hockey sur glace — l’attente avait pris une couleur particulière après l’incident du 24. Elle s’est soldée par ce que la scène rock peut offrir de plus rare : le sentiment que rien n’est acquis, et que c’est précisément pour ça que le moment compte.

Anika Nilles : l’héritière de Peart

La question qui planait sur toute l’annonce de la réunion était celle de la batterie. Neil Peart, disparu en janvier 2020 des suites d’un glioblastome, était bien plus qu’un batteur : il était une des architectures centrales du son de Rush, un compositeur à part entière, une figure mythique. Personne ne pouvait le remplacer au sens propre. C’est pourquoi le choix d’Anika Nilles — batteuse allemande réputée pour sa précision technique et son sens du groove, à mille lieues des héritiers de Bonham ou Peart attendus par le circuit classique — a d’abord surpris.

Depuis le premier soir au Kia Forum, le verdict est sans appel. Mike Portnoy, lui-même candidat déclaré à toutes les chaises vides du rock progressif, a réagi publiquement avec admiration. La presse spécialisée, de Loudwire à Classic Rock, a salué la prestation de Nilles comme l’une des grandes performances de batterie live de l’année. Elle ne cherche pas à singer Peart — elle joue les parties avec la précision d’une interprète qui a digéré la partition avant de se l’approprier.

Aux côtés de Lee et Lifeson, le claviériste Loren Gold complète la formation. Sa discrétion sur scène est une qualité : les arrangements de Peart passaient par des claviers complexes ; Gold les restitue sans en faire un spectacle autonome.

La route continue

Les quatre soirées de Fort Worth achevées — dont le show de rattrapage du 2 juillet —, Rush reprendra la route vers l’Illinois, New York et l’Ontario canadien, avant de s’étendre à d’autres régions d’Amérique du Nord. Des dates mondiales sont annoncées jusqu’en avril 2027, dont un passage à Toronto en août qui s’annonce comme un moment particulier pour un groupe dont la relation avec le Canada a toujours été chargée d’une intensité singulière.

À Fort Worth, ils ont rappelé quelque chose qu’un demi-siècle de carrière leur a enseigné : les camions peuvent avoir du retard. La musique, elle, finit toujours par arriver.

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