
Sigh annonce « Goh-ka », quatorzième album avec un featuring de Mikael Åkerfeldt (Opeth)
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Les pionniers japonais du metal extrême Sigh ont annoncé Goh-ka, leur quatorzième album studio, attendu le 4 septembre chez Peaceville Records. Onze titres et près d’une heure de musique au programme, avec en invité de marque le chanteur d’Opeth, Mikael Åkerfeldt, venu poser un solo de guitare sur le morceau Unputenpu.
Plus de trois décennies d’extrémisme japonais
Formé à Tokyo en 1989 par Mirai Kawashima, Sigh compte parmi les tout premiers groupes de black metal nés en dehors de la Scandinavie, à une époque où le genre restait presque exclusivement norvégien et suédois. Leur histoire reste indissociable de celle du mouvement originel : repéré par Øystein « Euronymous » Aarseth, le guitariste de Mayhem, le groupe signe sur son label Deathlike Silence Productions et enregistre son premier album, Scorn Defeat, en mars 1993. Le disque ne sortira finalement qu’après l’assassinat d’Euronymous la même année, et lui sera dédié à titre posthume. Il reste aujourd’hui considéré comme l’un des rares témoignages studio du catalogue voulu par le fondateur de Deathlike Silence, aux côtés de Burzum et de Mayhem lui-même.
Loin de s’enfermer dans le carcan du black metal orthodoxe, Sigh a passé les décennies suivantes à dynamiter les frontières du genre, incorporant jazz, musique classique, prog rock, psychédélisme et même des éléments de musique traditionnelle japonaise à une base toujours résolument extrême. Cette identité « avant-garde metal », largement façonnée par Kawashima lui-même (chant, claviers, saxophone), a fait de la formation l’une des plus singulières et respectées de la scène metal internationale, bien au-delà du Japon. Le line-up actuel reste emmené par le trio historique Mirai Kawashima, Dr. Mikannibal et Nozomu Wakai, cette dernière ligne de force étant complétée en studio par deux renforts de poids.
Kreator et Fear Factory en renfort de studio
Pour Goh-ka, Sigh s’est en effet entouré du bassiste Frédéric Leclercq, également membre de Kreator, et du batteur Mike Heller, passé notamment par Fear Factory. Le disque a été enregistré dans plusieurs studios avant d’être mixé et masterisé par Lasse Lammert (LSD Studios, Allemagne), un nom familier des productions death et black metal européennes. Cette annonce fait suite à une année 2026 déjà chargée pour le groupe, qui avait entamé au printemps sa toute première tournée américaine en près de vingt ans, signe d’une notoriété qui continue de grandir outre-Atlantique malgré la nature volontairement inclassable de sa musique.
Un titre à triple sens et une iconographie macabre
Le titre Goh-ka recouvre selon le groupe une triple signification : le feu infernal qui consume les pécheurs, l’incendie cosmique qui doit un jour engloutir le monde à la fin des temps, et le karma. L’imagerie de l’album puise notamment dans les Kuso-zu, une série de peintures bouddhistes japonaises représentant les neuf étapes de la décomposition d’un corps humain après la mort — un thème qui infuse plusieurs des titres du disque, à commencer par le triptyque d’ouverture Kuso-Shi 1, 2, And 3. Cette méditation macabre sur l’impermanence et la finitude humaine parcourt l’ensemble du disque, jusqu’aux deux morceaux de clôture, Kuso-Shi 7 et Kuso-Shi 8 And 9 / Mettaijakujo.
Interrogé sur la genèse du disque, Mirai Kawashima le décrit comme « un album aussi personnel que Shiki », en référence à leur onzième opus paru en 2015 et considéré par une partie de la critique comme l’un des sommets de leur discographie récente. Sur le plan strictement musical, le chanteur résume l’ambition de Goh-ka avec sa formule désormais coutumière : « Si vous jetiez les principaux ingrédients de Celtic Frost, Voivod, Black Sabbath, des films d’horreur et du Japon dans un chaudron, et que vous remuiez le tout, vous obtiendriez Goh-ka ». Il précise que d’autres « épices » viennent encore compliquer la recette, entre rock psychédélique, prog rock et musique classique, sur une durée avoisinant l’heure.
La tracklist complète
Le disque comptera onze titres : Kuso-Shi 1, 2, And 3, Jigoku-Zoshi 1: Unkamusho, Anzenshokon, Kuso-Shi 4, 5, And 6, Shoso, Unputenpu (avec Mikael Åkerfeldt), Jinmenjushin, Jigoku-Zoshi 2: Tokatsujigoku, Kushukankyo, Kuso-Shi 7 et Kuso-Shi 8 And 9 / Mettaijakujo. La présence d’Åkerfeldt sur Unputenpu s’inscrit dans une longue tradition de ponts jetés entre Sigh et la scène prog/death metal européenne, le Suédois ayant à plusieurs reprises cité le groupe japonais parmi ses influences et compagnons de route les plus atypiques.
Un line-up élargi, entre fidèles historiques et renforts occasionnels
Au sein du noyau dur, Dr. Mikannibal occupe une place singulière dans l’histoire du groupe : arrivée au milieu des années 2000, elle y assure à la fois le chant et le saxophone, un instrument rarement associé au metal extrême et devenu l’une des signatures sonores les plus reconnaissables de Sigh au fil des albums. Nozomu Wakai, guitariste également actif au sein d’autres formations progressives japonaises, complète ce trio fondateur. Les deux renforts recrutés pour Goh-ka ne sont pas des inconnus du milieu : Frédéric Leclercq, passé notamment par DragonForce avant de rejoindre Kreator à la basse en 2019, avait déjà croisé la route de plusieurs projets extrêmes européens, tandis que Mike Heller, ancien batteur de Fear Factory, a également œuvré au sein de Malignancy, Raven ou encore Vader. Cette accumulation de CV impressionnants au sein d’un même disque illustre le respect dont jouit désormais Sigh auprès de musiciens issus de scènes pourtant très différentes de la leur.
Sortie chez Peaceville, un label historique du genre
Goh-ka paraîtra le 4 septembre chez Peaceville Records, label britannique fondé en 1987 et associé depuis ses débuts à l’histoire du death-doom (Anathema, My Dying Bride, Paradise Lost) autant qu’à des formations plus extrêmes. L’album sera disponible en CD ainsi qu’en plusieurs éditions vinyle, dont le détail complet — coloris, tirages limités, formats digipack — doit encore être précisé par le label dans les semaines précédant la sortie. En attendant, Sigh n’a pour l’instant dévoilé aucune date de tournée européenne pour accompagner la sortie de Goh-ka, la formation ayant concentré l’essentiel de son activité live 2026 sur le sol nord-américain.
Avec ce quatorzième album en plus de trente ans de carrière, Sigh confirme en tout cas son statut d’anomalie increvable du paysage metal extrême : un groupe capable, disque après disque, de réinventer sa propre définition du genre sans jamais renier ses racines les plus sombres, celles nouées très tôt avec l’histoire tragique du black metal norvégien.