
Musiques en Stock 2026 - Jour 1 - In Fallow, Deadletter, Curtis Harding, Casablanca Drivers
Tags Musiques en Stock In Fallow Deadletter Curtis Harding Casablanca Drivers Scionzier
Coup d’envoi de l’édition 2026 de Musiques en Stock, à Scionzier. Fidèle à sa devise — toujours rock, toujours indé, toujours gratuit —, le festival haut-savoyard ouvre son premier soir sur une affiche taillée pour la découverte : un quatuor contemplatif, une sensation post-punk venue de Londres, une légende de la soul et un closing électro-rock. Entre chaque changement de plateau, Dirty Harry garde la température aux platines, chargé de faire le lien pendant que les techniciens s’activent. La fosse se remplira au fil de la soirée ; elle est encore clairsemée quand les premiers accords retentissent.
In Fallow
© Photos / Marwan Khelif
C’est au quatuor franco-suisse In Fallow qu’échoit la lourde tâche d’ouvrir le bal, devant un parterre encore clairsemé — le sort des premiers de cordée. Qu’importe : leur rock nourri de folk, quelque part entre math rock et post rock, ne cherche pas le rapport de force mais l’immersion. Né d’un projet solo devenu groupe à part entière, l’ensemble déroule les titres de Fragments, son premier album paru en décembre dernier, avec ce sens du crescendo et des paysages sonores qui invitent au voyage plus qu’au pogo. Une mise en bouche à contre-courant, exigeante et sereine, qui récompense les curieux venus tôt.
Deadletter
© Photos / Marwan Khelif
Changement radical d’atmosphère avec Deadletter, et c’est peu dire que les Anglais renversent la table. Venue du sud de Londres après des débuts dans le Yorkshire, la bande de Zac Lawrence débarque à six — deux guitares, une basse, une batterie et, au centre du dispositif, un saxophone qui zèbre le tout de ses éclats free. Le résultat est un post-punk littéraire et électrique, héritier lointain de The Fall et de la démesure des Stranglers, mais qui sonne résolument d’aujourd’hui. Sur scène, le chanteur crève l’écran : charismatique en diable, il empoigne un temps une guitare folk, débarque cigarette au bec, puis finit par descendre dans un public encore épars — et c’est précisément là que la soirée bascule. Les corps se délient, on commence à danser, la sensation dont tout le monde parlait tient ses promesses. Une vraie claque, et sans doute la révélation du soir.
Curtis Harding
© Photos / Marwan Khelif
Place ensuite à la tête d’affiche, Curtis Harding, dépositaire d’une soul profonde et racée héritée de son Michigan natal — cette lignée Motown qui a façonné tant de tubes intemporels. Entouré d’une basse, d’une guitare rythmique, d’une batterie et d’un clavier, lui au chant et à la guitare, il livre un set d’une qualité sonore irréprochable. Reste que l’homme se montre d’abord avare de mouvements et d’adresses au public : assez statique, presque distant, il laisse la musique parler seule. Il faut attendre une quarantaine de minutes — et le moment où il retire son chapeau, lunettes de soleil serties de diamants sur le nez — pour que le courant passe vraiment et que la fosse se réveille enfin. La beauté était là dès la première note ; il aura simplement fallu un peu de patience pour la partager.
Casablanca Drivers
© Photos / Marwan Khelif
Aux Corses de Casablanca Drivers revient la mission délicate de refermer la soirée. Leur electro-rock dansant, sophistiqué et abrasif à la fois — dans la lignée de leur single Easy et d’un album taillé pour le dancefloor — a tout pour faire vibrer les jambes. Le problème n’est pas sur scène mais dans l’horaire : à cette heure tardive, une partie du public a déjà plié, et la fosse se vide peu à peu au fil du set. Ceux qui restent tiennent bon et savourent ce beat imparable zébré de guitares, mais on se prend à rêver du même concert deux crans plus tôt, fosse pleine et corps chauds. Une belle manière de refermer malgré tout une première soirée placée sous le signe de la découverte — et un festival qui, dès son ouverture, rappelle pourquoi on l’aime.






