Il y avait dans l’air quelque chose de plus électrique que la veille. Plus de monde sous les projecteurs, plus de bière
renversée aussi sans doute, et surtout quatre affiches qui, mises bout à bout, dessinaient un genre de biopic accéléré
du rock anglo-saxon contemporain, de Valence à Londres en passant par Stockholm. De quoi se demander si ce n’est pas
finalement le rock qui nous suit, et non l’inverse.
Soyons sérieux les gars, les losers ça n’existe pas, surtout pas quand on ouvre le bal avec ce genre d’électricité dans
les doigts. Les Valentinois de TV Sundaze montent sur scène à deux guitares-chant, une basse et une batterie, et n’ont
besoin de rien de plus pour faire décoller cette seconde soirée. Pas de round d’observation, pas de mise en jambe
poussive : d’entrée, ça danse, ça remue la tête d’avant en arrière façon « l’autruche » période Lou Reed humoriste, et
le public, nettement plus fourni que la veille, répond présent dès les premiers refrains. Une entrée en matière idéale,
du genre à réconcilier tout le monde avec l’idée que le rock, le vrai, celui des Hives ou du John Spencer Blues
Explosion vus ici même il y a quelques éditions, n’a pas dit son dernier mot.
De Stockholm, on connaissait déjà le vivier à groupes, la mélancolie pop et ce savoir-faire d’orfèvre du refrain
transmis de génération en génération. Girl Scout en est l’héritière directe : basse, guitare, batterie, et elle, seule
au chant et à la guitare, portant tout l’édifice mélodique sur ses épaules. Sur le papier, tout est réuni pour
l’évidence immédiate. Dans la salle, pourtant, le courant met du temps à passer — les chansons s’enchaînent proprement,
avec ce sens de la mélodie qu’on leur promettait, mais la connexion avec le public reste timide. Il faudra attendre les
trois derniers morceaux pour que quelque chose se déclenche enfin, et que la salle et le groupe se retrouvent vraiment
sur la même longueur d’onde. Une fin de set qui laisse deviner tout le potentiel du groupe, sans doute encore un peu tôt
dans leur histoire pour transformer un plateau de festival en évidence de bout en bout.
Scary Monsters, disait-on d’eux : un chanteur, Ethan Ramon, qui va chercher ses chansons là où on n’est pas censé aller.
Sur scène, cette honnêteté-là se traduit surtout par une redoutable efficacité. Deux guitares, une basse, une batterie,
un clavier et un chanteur habité suffisent à transformer le public en une masse qui tape du pied et se déhanche du début
à la fin du set. De tout le plateau du soir, The Sophs sont sans doute ceux qui auront le mieux réussi à faire de leur
pop-punk lorgnant vers le funk une évidence immédiate sur scène — dansant, entraînant, et visiblement l’un des moments
forts de la soirée.
Même en rêve, on n’imagine pas plus anglais que ça : Peter Doherty et sa bande montent sur scène sur fond de générique
des Simpsons, private joke à l’image du personnage — imprévisible jusque dans les détails. Mais l’énergie promise par
cette entrée décalée peine à se maintenir sur la durée : le set manque globalement de tenue, loin du bazar organisé qui
a fait la réputation du groupe. Deux moments sauvent malgré tout la mise : « There She Goes », qui fonctionne à
merveille, et les reprises des titres les plus connus, qui remettent instantanément la salle en mouvement. Le reste, en
revanche, peine à convaincre, et une partie du public commence à quitter la fosse avant la fin du set. Un rendez-vous en
demi-teinte avec l’un des artistes les plus significatifs du rock anglais contemporain, qui laisse un goût doux-amer en
refermant cette seconde soirée.