Dernière soirée, dernière ligne droite. Quatre groupes, quatre pays, quatre façons bien différentes d’aborder la scène
et un final qui, à en juger par la salle qui ne bouge plus d’un pouce jusqu’au bout, restera dans toutes les mémoires.
De la Haute-Savoie à Melbourne en passant par Bristol, cette clôture avait tout d’un dernier tour de piste réussi.
Le quatuor haut-savoyard ouvre cette dernière soirée avec ses synthés acides, sa rythmique rigoureuse et ses deux voix
mêlées, entre synth pop mélodique et new wave hypnotique. Malgré un nom qui évoque plutôt les rues new-yorkaises que les
Alpes, c’est bien du côté de la scène londonienne des années 90 que Fordham va chercher ses influences — et ça s’entend,
dans le meilleur sens du terme. Sur scène, le groupe installe une ambiance aussi esthétique qu’efficace, et n’a besoin
de rien de plus pour convaincre d’entrée de jeu. Une ouverture solide, du genre à poser les bases d’une belle soirée
sans avoir besoin d’en faire des tonnes.
Il y a les groupes qui jouent, et il y a ceux qui se donnent. Max Baby appartient clairement à la seconde catégorie.
Fidèle à sa philosophie très Neil Young — tout le monde dans la même pièce, advienne que pourra — le
multi-instrumentiste se présente ce soir accompagné de Lillian à la batterie et Fefe à la basse, pour un rock organique
et instinctif, à mille lieues de toute recette formatée. Anecdote du jour : Max Baby a raté son train pour rejoindre le
festival, mais a trouvé le moyen d’être quand même là — et honnêtement, la salle ne s’en plaindra pas. Une bouée canard
baptisée Pablo veille sur les opérations depuis la scène, touche d’absurde bienvenue dans un set porté par une énergie
de dingue. Le point d’orgue arrive avec un final joué en plein milieu du public, le groupe descendant danser et chanter
au cœur de la foule. Très, très bon — sans doute l’une des plus belles surprises de ce troisième soir.
Quand l’Australie appelle, c’est souvent irrésistible. Sur scène, le groupe de Melbourne se déploie en formation
étoffée : clavier et saxophone, guitare et harmonica, guitare et chant, basse et batterie, pour un rock à guitares qui
n’a rien d’unidimensionnel, où tout est mis au service de la mélodie et du décollage. On pense tour à tour à The Church,
aux Go-Betweens ou à Midnight Oil, cette lignée de groupes australiens qui a toujours su marier lyrisme et sens de
l’espace. Le chanteur, à l’aise et généreux, finit par descendre lui-même dans le public, comme pour abolir toute
distance entre la scène et la salle. Émotion, humanité, sens de la mélodie : Floodlights confirme que le rock australien
a encore beaucoup à offrir.
Et pour clore ce Musiques en Stock 2026, un vrai retour : celui d’Archive, fort de son nouvel album « Glass Minds »
sorti cette année. Fondé en 1994 par Darius Keeler et Danny Griffiths, le groupe distille ce soir son cocktail si
particulier de trip hop, de rock, d’ambient et d’électro, avec toute la maturité que donnent trente ans de carrière. Sur
les grandes scènes qu’il occupe désormais, sa musique trouve enfin l’espace dont elle a toujours eu besoin pour se
déployer pleinement — climats amples, mélodies complexes et imparables, quelque chose du meilleur Pink Floyd dans
l’esprit. Résultat : personne ne bouge, personne ne part, la salle reste jusqu’à la toute dernière note. Un mot suffit à
résumer la prestation : phénoménal. La meilleure façon possible de refermer ces trois soirées de festival.