Monarch

Monarch

Dead Poet Society

Il y a des groupes qu'on range trop vite dans une case, et Dead Poet Society passe son temps à en sortir. Quintette de Boston que Kerrang présente comme des « alt. rockers », il publie le 2 octobre 2026, chez Spinefarm Records, Monarch, son troisième album, après -!- (2021) et Fission (2024). La question qui se pose est celle du territoire : que fait un groupe de rock qui a trouvé son public quand il décide de ne plus se contenter de ce qu'on attend de lui ? Jack Underkofler, chanteur et guitariste, résume l'ambition en une phrase reprise par Kerrang, Knotfest et Melodic : le groupe voulait « se tailler son propre territoire », et « tenter le coup de la dernière chance » sur ce disque.

Le décor de l'enregistrement dit déjà quelque chose de cette ambition. La production est confiée à Paul Meany, le chanteur de MuteMath, que le groupe compte aussi dans ses rangs pour les synthétiseurs et la programmation ; le mixage revient à Adam Hawkins, que Knotfest présente comme un lauréat d'un Grammy ayant travaillé avec Turnstile et Yungblud. Les prises ont eu lieu à Los Angeles, aux studios Valley View et The Park, d'où le titre qui porte ce nom sur le disque. Les douze morceaux ont été dévoilés au compte-gouttes : « Sinner Systems » au printemps, « Roach » ensuite, puis « Cold » au moment de l'annonce, avec un clip réalisé par Underkofler lui-même, accompagné d'un site interactif, « The House », construit sur la pochette.

L'ouverture, « Hollywood On Fire », est un faux départ volontaire. Luke Nuttall, dans The Soundboard, y entend des vocalises tremblantes à la Tiny Tim retenues par des pincements de guitare filtrés ; Justin Bauer, dans Out of the Blue, un air de radio AM d'un autre temps, des falsettos superposés qui saluent Queen et des séquenceurs qui font signe à Muse. « Roach » referme aussitôt la trappe : une batterie au cordeau, des guitares accordées très bas et ce que Nuttall décrit comme un rictus de prédateur. Bauer y reconnaît des échantillons de batterie qui rappellent « Gave Up » de Nine Inch Nails passé au demi-tempo, avec l'impression que les murs se rapprochent.

Le cœur du disque joue sur les contrastes de température. « Die If You Don't » glisse, selon Bauer, d'une pop spatiale à des rythmes sales et frappés, tandis que Nuttall la range avec « Sinner Systems » du côté d'un rock teinté d'horreur, qui bascule en cris métalliques pleins d'inconfort. Cette dernière flirte avec le trip-hop, son refrain est rugueux, et le jeu de Will Goodroad y est salué par Bauer avant un final en bourdon. « Lost », où les guitares solistes évoquent A Perfect Circle, s'enfonce dans une réverbération épaisse qui laisse le chanteur submergé, écho de lui-même. « Cold », enfin, repose sur une basse très distordue et sur un chant plus pop qui la rend immédiate ; Bauer y voit un hymne pour la scène, et Underkofler explique qu'elle parle de la performance sociale et du choix de s'y perdre.

La seconde moitié ne baisse pas la garde. « Psalm 136 » ajoute une dimension presque liturgique, avec un arrière-plan que Nuttall compare à des âmes damnées qui s'époumonent. « Miami For The Weekend » partage la critique : Nuttall y reconnaît un riff lumineux à la The White Stripes qui se fissure puis se décompose, Bauer des guitares alternatives au grain années 1990 et des couplets qui rappellent Nirvana, sur un refrain qui reste la signature du groupe. « Get Hot » est le morceau de la colère, avec un pont trip-hop et une batterie qui s'emballe sur la fin ; « The Art Of Suffering » clôt l'ensemble sur des guitares claires, un riff de classic rock et un balancement de slow, une sortie étonnamment douce pour un disque aussi tendu.

Côté accueil, les premiers avis sont chaleureux. Mercedes Chircop, dans The Spill Magazine, lui donne quatre étoiles et demie sur cinq et y voit une fenêtre sur le versant le plus vulnérable du groupe, « un instantané d'un groupe en mouvement ». Pour Luke Nuttall, c'est tout simplement le meilleur album de Dead Poet Society, un « riff-rock bizarre, laid, difforme » qui, écrit-il, « bang » ; il cite parmi les repères Highly Suspect, Nothing But Thieves et Muse. Justin Bauer parle d'un « disque fantastique » qu'il écoutera longtemps, dans un rock au « grain lisse » qu'il résume par une formule : la production y est riche et sale. Melodic rapporte aussi les verdicts de Revolver, qui y entend une œuvre « tendue, nouée de crainte dansante », et de Consequence, qui parle d'un « succès éclatant ». Tout le monde n'y adhère pas : sous la critique de The Soundboard, un lecteur confie préférer d'anciens morceaux du groupe.

Reste à dire ce que Monarch fait de nous. Son mérite est d'assumer le désordre : des guitares à sept cordes et des riffs microtonaux, selon Nuttall, des machines qui travaillent aux côtés de la batterie, des refrains pop posés sur des basses crasseuses. L'ensemble pourrait se disperser, et par endroits il frôle le grand écart, entre la ballade finale et la rage de « Roach ». Mais la cohérence tient à l'atmosphère, cette angoisse sourde qui traverse les douze titres, et à la voix d'Underkofler, qui passe de la confidence à l'hystérie sans cesser d'être reconnaissable. Pas un chef-d'œuvre, mais un disque qui prend des risques et qui les tient, le plus ambitieux de Dead Poet Society à ce jour.

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