Critiques d'albums
Wolves In The Throne Room - Estuary
Il y a des groupes dont le silence finit par peser. Wolves in the Throne Room , fondé en 2003 à Olympia, dans l'État de Washington, par les frères Nathan et Aaron Weaver, a fait du black metal cascadien une affaire de forêts humides, de rituel et de long souffle, de Two Hunters (2007) à Black Cascade (2009), puis de Celestial Lineage (2011) à Thrice Woven (2017). Primordial Arcana , en 2021, avait ouvert la porte aux claviers et à une certaine douceur. Cinq ans plus tard, Estuary , huitième album du groupe, paraît le 23 octobre 2026 chez Relapse Records pour l'Amérique du Nord, certains médias citant aussi Century Media pour d'autres territoires. La question est de savoir si le groupe se contente de prolonger son monde ou s'il en change la géographie. Le disque s'annonce comme un récit. Nathan Weaver explique qu'il se situe mille ans dans le futur, après la fin de la civilisation : des survivants errent dans des ruines hantées, au milieu de créatures mutantes et de portails ouverts…
Tony Iommi - From the Dark
Il y a des retours que l'on n'attendait plus. Vingt et un ans après Fused , son dernier album solo, Tony Iommi publie From the Dark le 23 octobre 2026 chez BMG : huit titres, un groupe fixe plutôt qu'un défilé d'invités, et la première sortie du guitariste depuis 13 , l'ultime album de Black Sabbath , en 2013. Le contexte pèse sur chaque note. Le groupe a tiré sa révérence à Birmingham en juillet 2025 avec le concert Back to the Beginning , et Ozzy Osbourne est mort quelques semaines plus tard. À 78 ans, l'homme qui a inventé le riff lourd pouvait se contenter de son statut. Il a préféré remettre les mains dans le moteur. Le projet ne s'annonçait pourtant pas ainsi. Selon Sabrina Schiavinato, dans Chaoszine, Tony Iommi pensait d'abord à un disque instrumental ; ce sont les deux premiers morceaux livrés par Jørn Lande qui ont changé la donne. Le chanteur signe toutes les paroles et co-écrit les huit chansons, et sa présence donne à l'ensemble une allure de vrai groupe, aux côtés de…
Deafheaven - At Work in the Fields of the Bomb
Il y a des groupes dont on attend le disque suivant avec la certitude d'être pris à contre-pied. Deafheaven , fondé à San Francisco en 2010 par le chanteur George Clarke et le guitariste Kerry McCoy , a passé plus de quinze ans à brouiller les étiquettes, de Sunbather (2013), devenu le disque de référence du « blackgaze », jusqu'à Infinite Granite (2021), qui laissait la voix claire et la rêverie shoegaze occuper presque tout l'espace. Lonely People With Power , sorti en mars 2025 et premier album du groupe chez Roadrunner Records , avait rouvert la porte des guitares : le groupe lui-même le tient pour son disque le plus lourd à ce jour. Dix-huit mois plus tard, sans prévenir, Deafheaven publie le 9 octobre 2026 At Work in the Fields of the Bomb , un EP de trois titres d'environ vingt-trois minutes. La question n'est pas de savoir si le groupe sait encore écrire un grand morceau, il l'a prouvé cent fois, mais si cette courte salve est un simple prolongement du dernier album ou un…
Eivør - Tungl
Il y a des artistes que l'étiquette « metal » ne contient pas, mais que les labels de metal finissent par recueillir. Eivør , chanteuse féroïenne passée par le jazz, la pop, le folk et l'électronique, signe avec Tungl son premier disque chez Nuclear Blast , deux ans après Enn (2024), paru le 16 octobre 2026. L'enjeu est simple à énoncer : que devient une voix aussi singulière quand elle s'installe dans une maison réputée pour ses guitares ? La réponse tient moins dans un durcissement du propos que dans un assombrissement du décor. « Lune », en féroïen, est le mot qui donne son titre à l'album ; c'est aussi la bonne image, celle d'un astre qui commande les marées et que l'on regarde la nuit. Dix titres, dont sept chantés en féroïen et trois en anglais, selon Lysandre Pons, dans Out of Rage. L'album est produit par Tróndur Bogason, que créditent Ed Ward, dans Already Heard, pour le son de « Healer », et Distorted Sound pour « Drekafljóð », enregistré avec le groupe d' Eivør . Toujours…
Gloryhammer - Space 1993: Wrath of Kor-Virliath
Il faut un certain aplomb pour intituler le dernier morceau de son album « The Celestial Warhost of the Dundonian Empire Marches to Space Against the Dark Sorcerer: Final Assault on Battlemoon X-22 ». Gloryhammer n'en a jamais manqué. Depuis Tales From the Kingdom of Fife en 2013, le groupe imaginé par Christopher Bowes , le capitaine d' Alestorm , raconte disque après disque la même saga absurde et grandiose : celle d'une dynastie de princes du comté de Fife, en Écosse, aux prises avec le sorcier maléfique Zargothrax, à coups de marteaux astraux, de licornes de guerre et de vaisseaux spatiaux. Sorti le 16 octobre 2026 chez Napalm Records , Space 1993: Wrath of Kor-Virliath est le cinquième chapitre de cette épopée, et surtout la suite directe de Space 1992: Rise of the Chaos Wizards , l'album que bien des fans considèrent encore comme le sommet du groupe. Une suite très attendue Le pari est donc risqué. Depuis 2015, Gloryhammer a connu la tourmente : le départ forcé de son chanteur…
Fontaines D.C. - Dopamine Chamber
Il y a deux ans, Romance avait fait de Fontaines D.C. un groupe de stades en puissance : néons, claviers rêveurs, refrains qui montent haut, et un son que la critique avait pris pour un virage vers la lumière. Dopamine Chamber , cinquième album des Dublinois, sorti le 16 octobre 2026 chez XL Recordings , prend le contre-pied avec un certain culot. Le disque est plus lent, plus sombre, plus replié sur lui-même, et ses thèmes sont ceux d'une époque saturée d'écrans : l'effondrement de l'humain, l'intelligence artificielle, l'engourdissement du pouce qui défile entre images de guerre, mèmes et publicités. Le chanteur Grian Chatten parle d'un « avertissement catastrophique » et revendique d'avoir volontairement laissé l'espoir de côté pour décrire cette laideur sans l'adoucir. L'enjeu, pour un groupe arrivé si haut, est de savoir si l'on peut encore être un peu dangereux quand on remplit des salles immenses. La réponse tient en onze titres. On y retrouve James Ford , déjà aux manettes de…
Insomnium - Netherworlds
Dix albums, près de trente ans de carrière, et la rare réputation de ne jamais décevoir : Insomnium est de ces groupes finlandais dont le melodic death metal, mélancolique jusqu'à la dévotion, s'est installé au rang de valeur sûre. Trois ans après Anno 1696 , le quintette de Joensuu revient chez Century Media avec Netherworlds , sorti le 16 octobre 2026. L'enjeu est double. Il faut d'abord confirmer que le groupe retrouve, après un disque réputé plus austère, le souffle mélodique de ses grandes heures ; il faut ensuite prouver que l'arrivée d'un nouveau guitariste ne bouscule pas une identité aussi reconnaissable. Sur les deux terrains, la réponse est nette. Le line-up a en effet bougé, un peu. Niilo Sevänen reste au chant guttural et à la basse, Ville Friman et Markus Vanhala aux guitares, Markus Hirvonen à la batterie, mais Tomy Laisto est désormais membre à part entière à la guitare, après le départ de Jani Liimatainen, selon Zenae Zukowski, de Metal Insider. Le clavier est tenu…
The Pineapple Thief - Far and Wide
Seize albums, et un groupe qui se demande encore ce qu'il veut être. The Pineapple Thief , que Bruce Soord mène depuis la fin des années 1990 a passé la dernière décennie à glisser du rock progressif vers quelque chose de plus direct, plus carré, plus proche de ce que la scène lui réclame. Far and Wide , sorti le 9 octobre 2026 chez InsideOutMusic , arrive après It Leads to This (2024) et Last to Run (novembre 2024), et pose la question à nouveau : que reste-t-il de « prog » dans un groupe qui joue de plus en plus comme un groupe de rock ? La réponse tient en neuf titres et un peu moins de quarante-huit minutes, et elle est plus nuancée qu'une simple bascule. La formation est stable : Bruce Soord au chant et aux guitares, auteur principal des morceaux, Gavin Harrison à la batterie, Steve Kitch aux claviers et Jon Sykes à la basse et aux chœurs. Selon Prog Nick, dans The Prog Report, cette équipe est la même depuis l'arrivée de Harrison en 2017, et l'on sent la longueur de la…
Graveyard - Fever
Dix ans après avoir annoncé leur séparation, puis revenu sur leur décision quelques mois plus tard, Graveyard n'a plus à prouver qu'il sait durer. Le trio de Göteborg, formé en 2006, avait pourtant donné l'impression de chercher sa voie : Peace (2018) marquait la reprise après la parenthèse de 2016-2017, puis 6 (2023) s'enfonçait dans quelque chose de plus sombre, de plus intérieur. Fever , septième album, paru le 9 octobre 2026 chez Nuclear Blast (la maison du groupe depuis Hisingen Blues , en 2011), prend le contre-pied. Le groupe lui-même le résume en une phrase de communiqué : cette fois, dit-il, il a décidé de ne pas perdre de temps. La promesse est celle d'un disque plus direct, et elle est tenue. Neuf titres, un seul approche les sept minutes, le reste file droit. Selon Shindig!, Truls Mörck a écrit la plus grande partie du matériel et l'a largement produit lui-même ; le groupe annonce de son côté n'avoir fait appel à aucun producteur extérieur. Pelle Gunnerfeldt , connu pour…
Sigh - Goh-Ka
Trente-trois ans après Scorn Defeat , son premier album de 1993, Sigh continue de se comporter comme un groupe qui n'a jamais appris à rentrer dans une case. Les Japonais, fondés à la toute fin des années 1980 autour de Mirai Kawashima , avaient signé chez Peaceville Records avec Shiki en 2022 ; ils y publient aujourd'hui Goh-Ka , sorti le 4 septembre 2026, après la relecture I Saw the World's End: Hangman's Hymn MMXXV l'an dernier. L'enjeu est simple à énoncer et difficile à tenir : prolonger la veine ample et personnelle de Shiki sans se répéter, autour d'un sujet qui n'a rien de commercial. Le sujet, justement. Goh-Ka , dont le titre porte trois sens à la fois, le feu infernal qui brûle les pécheurs, l'incendie qui détruira le monde à la fin des temps et le karma, s'appuie sur le Kuso-zu , ces peintures bouddhiques qui montrent les neuf étapes de la décomposition d'un corps après la mort. L'idée est de détacher le regard de la beauté périssable. Les peintures servent de pochette et…
Teenage Fanclub - Do Not Dare To Dream
Trente-cinq ans après Bandwagonesque , Teenage Fanclub n'a plus rien à prouver, et le sait. Treizième album du groupe de Glasgow, Do Not Dare To Dream paraît chez Merge Records , le 9 octobre 2026, deux ans après Nothing Lasts Forever (2023). Le défi n'est donc pas de renaître, mais de durer sans s'user : comment écrire encore des chansons de trois minutes, guitares qui tintent et harmonies à trois voix, quand le départ de Gerard Love , huit ans plus tôt, a privé la formation de l'un de ses trois compositeurs ? La réponse tient en dix titres et trente-neuf minutes, enregistrés loin de tout. Le décor compte. Norman Blake et Raymond McGinley , rejoints par Francis Macdonald , Euros Childs et David McGowan , ont posé leurs instruments au Black Bay Studio , sur l'île de Great Bernera, dans les Hébrides extérieures : leur studio le plus isolé à ce jour. Les promenades matinales sur l'île, racontent les musiciens, ont dicté le tempo. On y trouve un orgue d'église Domus et des synthétiseurs…
Emma Ruth Rundle - These Killing Times
Après Engine of Hell , paru en 2021, Emma Ruth Rundle avait choisi le dépouillement : un piano, une voix, très peu d'air autour. Les années suivantes ont prolongé cette retraite, de l'EP Orpheus Looking Back au volet d'improvisation EG2: Dowsing Voice , puis à Music From the Bella Vista en 2025. Celle qui avait signé le lourd Marked for Death (2016) et On Dark Horses (2018), et qu'on connaît aussi pour son passage par Red Sparowes et Marriages , semblait avoir rangé les amplis. These Killing Times , sorti le 18 septembre 2026 sur Errant Child , que Metacritic présente comme une autoédition, les ressort. Jeff Terich, dans Treble, y voit son premier vrai disque de groupe depuis environ cinq ans, et le fait est que la guitare électrique revient en force, avec des invités de poids. L'album naît d'un malaise assez simple à formuler : la chanteuse regarde l'état du monde et n'en peut plus. Geoff Topley, dans Echoes and Dust, rapporte qu'elle voulait en tirer un disque d'espoir ; Treble…
Greta Van Fleet - Palace for the People
Au printemps 2026, une simple vidéo rétrospective accompagnée d'un « merci pour cette folle aventure » a suffi à faire croire à la fin de Greta Van Fleet . Le groupe n'était plus monté sur scène depuis septembre 2024 et la fin de la tournée Starcatcher . Ses membres s'étaient dispersés dans des projets parallèles : Jake Kiszka avec Mirador , Sam Kiszka à la production de The Dreamin' Kind de Langhorne Slim , avec Danny Wagner derrière les fûts. Il a fallu un concert surprise à prix cassé au Bowery Ballroom de New York, puis la sortie de « Play Your Games » fin mai, pour calmer les inquiétudes. Quelques mois plus tard, Palace for the People arrive comme une réponse définitive : le quatuor de Frankenmuth n'a jamais été aussi soudé, et il veut que ça s'entende. Le titre vient de l'Alexandra Palace de Londres, que le groupe avait rempli en 2022 et qui fut conçu à l'époque victorienne comme un « palais du peuple », un lieu de rassemblement ouvert à tous. Sam Kiszka y a vu une métaphore de…
The Ocean - Solaris
Quand un groupe change de voix, il change de visage. The Ocean l'apprend à ses dépens et à son avantage avec Solaris , huit morceaux et près de soixante-neuf minutes publiés le 25 septembre 2026 chez Pelagic Records . Robin Staps , guitariste, reste le seul membre d'origine d'un collectif qui, depuis Pelagial en 2013 puis les deux volets de Phanerozoic et Holocene en 2023, s'est taillé une place à part entre post-metal, metal progressif et sludge. Cette fois, Loïc Rossetti , la voix du groupe pendant des années, n'est plus là. Enrico Tiberi reprend le chant guttural, Lane Shi apporte une seconde voix, féminine, et la guitare accueille Emmanuel Jessua , de Hypno5e , et Marco Gennaro, aux côtés du bassiste Mattias Hägerstrand et du batteur Jordi Farré , par ailleurs membre de Crippled Black Phoenix . L'enjeu du disque est donc double : survivre à ce renouvellement et trouver, dans le même mouvement, un sujet à sa hauteur. Ce sujet, c'est Solaris , le film d'Andreï Tarkovski sorti en…
Amon Amarth - The Allfather Awakens
Vingt-huit ans de carrière, treize albums, et toujours le même cap : quand Amon Amarth annonce The Allfather Awakens , personne n'attend un virage à angle droit. Depuis Once Sent from the Golden Hall , en 1998, le quintette suédois a fait du death metal mélodique à thème viking une institution, avec ses drakkars, ses refrains scandés à pleine gorge et ses riffs de cavalerie. La question posée par ce nouveau disque, publié le 2 octobre 2026 chez Metal Blade Records , n'est donc pas celle de la révolution, mais celle de l'usure : que reste-t-il à raconter, et surtout comment, quand on a déjà tout dit sur Odin ? La réponse tient d'abord dans la méthode. Selon Johan Hegg , interrogé par Thomas Moser pour Rock Antenne, le groupe a enregistré onze morceaux et n'en a gardé que dix, une première, l'un d'eux ne répondant pas aux exigences de la maison. Le disque est né sur la route : d'après The MetalList, Olavi Mikkonen et Johan Söderberg ont ciselé leurs riffs dans les loges et les salles…
Europe - Come This Madness
Neuf ans. C'est le temps qui sépare Walk the Earth , paru en 2017, de Come This Madness , douzième album d' Europe , sorti le 25 septembre 2026 chez Silver Lining Music . Neuf ans pour un groupe que le monde entier résume encore à un synthétiseur et à un compte à rebours, celui de The Final Countdown , dont on fête précisément les quarante ans cet automne. Le quintette suédois aurait pu se contenter de la tournée anniversaire, qui a démarré le 30 septembre à Glasgow. Il a préféré revenir avec des chansons neuves, et l'enjeu est là : prouver que le second chapitre, ouvert avec la reformation de 2003, pèse autant que le premier. Jonathan Smith, sur Sonic Perspectives, remarque d'ailleurs que les albums de l'après-2003 dépassent désormais, en nombre, ceux des années 1980. Le groupe est au complet : Joey Tempest au chant, John Norum à la guitare, John Levén à la basse, Mic Michaeli aux claviers et Ian Haugland à la batterie. Le disque a été enregistré au RMV Studio de Stockholm, fondé par…
Chat Pile - Who Loves the Sun
Il y a des groupes que l'on attend au tournant parce qu'ils ont fait du désespoir un style, et que le style, à force, menace de devenir une recette. Chat Pile est de ceux-là. Formé en février 2019 à Oklahoma City, le quatuor — Raygun Busch au chant, Luther Manhole à la guitare, les frères Stin à la basse et Cap'n Ron à la batterie, tous sous pseudonyme — s'est fait un nom avec God's Country , puis avec Cool World , deux disques de sludge et de noise rock où l'Amérique des faubourgs ruinés, des emplois dégradants et des écrans qui anesthésient était filmée sans filtre. Le groupe a aussi publié In the Earth Again avec le guitariste Hayden Pedigo , détour plus contemplatif qui laissait deviner qu'il y avait chez eux autre chose qu'un mur de riffs. Who Loves the Sun , que Nu Metal Agenda compte comme leur troisième album à part entière, paraît le 4 septembre 2026 chez The Flenser , leur maison depuis 2020, et la question qui se pose est simple : que fait-on quand on a déjà tout dit de la…
Sleep - Hempispheres
Il y a des groupes dont on ne pensait pas qu'ils survivraient à l'un de leurs piliers. Sleep , c'est l'histoire d'un trio de stoner doom devenu mythe avec Sleep's Holy Mountain en 1992, puis avec l'unique morceau fleuve de Dopesmoker , un disque qui a fini par définir un genre entier. Son dernier album, The Sciences , était sorti par surprise le 20 avril 2018, et huit ans plus tard, Hempispheres , paru début septembre 2026 chez Third Man Records , arrive avec un handicap annoncé : Matt Pike , le guitariste dont le son saturé a fait la signature du groupe, n'en fait plus partie. Le batteur Jason Roeder est parti de son côté retrouver Neurosis , comme le rappelle John Wohlmacher dans Beats Per Minute. Seul Al Cisneros , bassiste et chanteur, reste de l'équipe d'origine. L'enjeu est simple et lourd : que reste-t-il de Sleep sans ce qui, pour beaucoup, en était le feu ? Cisneros a refait le groupe autour de deux nouveaux venus : Dale Crover , batteur des Melvins , et Bubba Dupree…
Green Lung - Necropolitan
Il y a des groupes dont chaque disque raconte un lieu. Green Lung a commencé par la campagne anglaise, ses sorcières et ses rites de moisson ; il pose cette fois ses valises en ville, et pas n'importe laquelle. Necropolitan , quatrième album du quintette londonien, sorti le 11 septembre 2026 chez Nuclear Blast , est présenté par le groupe comme une « lettre d'amour heavy metal au Londres gothique », une célébration de l'occulte et de la scène lourde de la capitale. Trois ans après This Heathen Land , que Kerrang! qualifiait d'« immaculé », l'enjeu était clair : comment prolonger un disque jugé immaculé sans refaire le même ? Le groupe, formé en 2017 autour de Tom Templar au chant, Scott Black à la guitare, John Wright à l'orgue, Joseph Guest à la basse et Matt Wiseman à la batterie, a toujours marié la lourdeur de Black Sabbath , les claviers de Deep Purple et un goût assumé pour le folklore noir britannique. La nouveauté tient au décor : les sept cimetières victoriens qui ceinturent…
Godflesh - Decay
Il y a des adieux qui se font en douceur, et il y a Godflesh . En mars 2026, Justin Broadrick annonçait que le groupe ne monterait plus sur scène : les complications d'une opération abdominale lourde, consécutive à une hernie, lui interdisaient désormais le chant rugueux et physique que réclame cette musique. Le duo de Birmingham, formé à la fin des années 1980, séparé en 2002 puis reformé en 2009, s'éteint donc sur le terrain où il n'a jamais transigé : le studio. Decay , son dixième album, paraît le 25 septembre 2026 chez Relapse Records , et il arrive avec un poids que peu de disques de métal industriel ont eu à porter : celui d'un testament. Le contexte compte, mais il ne doit pas écraser le disque. Selon Geoff Topley, sur Echoes and Dust, Decay est issu des mêmes sessions que Purge , sorti en 2023, et Langdon Hickman, dans Treble, précise qu'il a été enregistré avant que la maladie ne le transforme en chant du cygne. Ce qu'on entend, c'est donc moins un adieu composé que le…
Anthrax - Cursum Perficio
Dix ans. Entre For All Kings , sorti en février 2016, et Cursum Perficio , Anthrax n'avait jamais laissé passer autant de temps sans album studio. Il y a eu la pandémie, qui a fauché l'enregistrement prévu en 2020, des annonces de sortie repoussées d'année en année, des chansons écrites puis jetées, et des détours que personne n'avait vus venir : Scott Ian parti ressusciter Mr. Bungle , Charlie Benante derrière les fûts de Pantera pour la tournée de retrouvailles. Pendant ce temps, Slayer a fait ses adieux, Megadeth a entamé les siens, et le groupe du Queens s'est retrouvé, un peu malgré lui, le dernier du Big Four à publier un disque de thrash avec l'envie de ceux qui ont encore quelque chose à prouver. Il a d'ailleurs ouvert pour Megadeth sur le volet canadien de sa tournée d'adieu, en début d'année, avant de partager l'affiche d' Iron Maiden en Amérique du Nord cet automne. Le titre, latin, se traduit par « j'achève mon parcours ». Charlie Benante l'a trouvé en regardant un…
Mastodon - Marrow Deep
La mort accompagne Mastodon depuis presque toujours. Crack the Skye , en 2009, portait le prénom de la sœur disparue de Brann Dailor ; Hushed and Grim , en 2021, était un double album dédié à Nick John, le manager du groupe. Mais rien ne préparait les Géorgiens aux deux années qui ont suivi. Au début de 2025, Brann Dailor perd sa mère. En mars, Brent Hinds quitte le groupe dans des conditions tendues, après un quart de siècle passé à en être la voix la plus imprévisible et la guitare la plus sauvage. En août, il meurt dans un accident de moto. Marrow Deep , neuvième album et premier sans lui, arrive un an plus tard, et il ne pouvait pas être un disque comme les autres. Le titre, Brann Dailor l'a expliqué à Blabbermouth : « jusqu'à la moelle », c'est aussi profond qu'une relation peut aller. Celle qui le liait à sa mère, celle qu'il a vécue pendant vingt-cinq ans avec Brent Hinds , à écrire de la musique ensemble. Le trio historique — Dailor à la batterie et au chant, Troy Sanders à la…
President - Blood of Your Empire
Rarement un groupe aura suscité autant de débats avant même d'avoir sorti une note. Annoncé au Download Festival 2025 sans le moindre titre disponible, President a cristallisé en quelques mois tout ce que le metal moderne aime et déteste à la fois. Il y a le masque de cire de son chanteur, qui se fait simplement appeler The President, entouré de Heist à la guitare, Protest à la basse et Vice à la batterie. Il y a les soupçons d'« industry plant », balayés par un groupe qui revendique une sortie indépendante, et les rumeurs persistantes, jamais confirmées, sur l'identité de l'homme derrière le masque. Et il y a la comparaison avec Sleep Token , que le frontman juge paresseuse. Un EP, King of Terrors , une signature chez Atlantic en février 2026, des premières parties d' Architects et de Bad Omens : voilà le contexte dans lequel arrive Blood of Your Empire , premier album sorti le 4 septembre 2026. Le disque a été écrit et autoproduit en grande partie sur la route, avec un studio…
Soft Loft - Throw the Dice
« J'attends le moment où la vie finira par avoir un sens. » La phrase est de Jorina Stamm , et elle résume à elle seule le deuxième album de Soft Loft . Depuis The Party and the Mess , le quintette zurichois a beaucoup voyagé : les éloges de BBC Radio 6 Music et de KEXP, The Great Escape, le Reeperbahn Festival, une nomination à l'Anchor Award 2025, et un passage au Montreux Jazz Festival . Il arrive donc avec Throw the Dice à ce moment charnière où un groupe doit prouver qu'il n'était pas une simple promesse. Stamm, elle, approchait de la trentaine en écrivant ces chansons, et c'est précisément de cela qu'elles parlent. Le titre dit tout : la vie comme un coup de dés, et la décision de le lancer quand même. L'écriture a commencé en 2024 et s'est poursuivie jusqu'aux sessions du printemps 2025, enregistrées aux Black Box Studios, en France, avec l'ingénieur du son Sean Cook. Le groupe a produit lui-même, avant de confier le mixage à Craig Silvey , qui a travaillé pour Arcade Fire…
LP - Room 12
Huit albums studio après des débuts en 2001, et LP n'a toujours pas renoncé à ce qui fait sa signature : une voix éraillée mais nette, des refrains construits pour les grandes salles et une écriture qui avance de la blessure vers la lumière. Sorti le 2 septembre 2026, Room 12 ne cherche pas à réinventer cette formule. Il la desserre. Onze titres, 39 minutes : le disque est plus court et plus retenu que Love Lines , où chaque refrain était poussé à fond. Mike Del Rio, déjà producteur de Lost on You , signe de nouveau la production. Une pop-rock organique, aux couleurs variées L'ossature reste la guitare et le piano, dans un son contemporain mais organique, qui laisse la voix au premier plan. Par-dessus, LP change de décor d'un morceau à l'autre. « Shelly », en ouverture, est un titre groovy porté par la guitare, avec un fond caribéen et une allure de plage. « Best In Life » et « Mi Corazón », tous deux en tonalité majeure, misent sur des arrangements lumineux et de grands gestes ; le…
Electric Callboy - TANZNEID
Quatre ans après Tekkno , l'album qui a fait basculer Electric Callboy des petites salles aux arènes, le sextuor de Castrop-Rauxel revient avec Tanzneid — littéralement l'envie de danser, ou plus exactement cette pointe de jalousie qu'on ressent devant quelqu'un qui danse mieux que soi. Le titre résume assez bien le programme : un disque qui ne cherche jamais à choisir entre le club et la fosse, et qui assume, une fois de plus, être à la fois le disque le plus fun et le plus lourd que le groupe pouvait concevoir. Sur le papier, la recette n'a pas changé d'un iota depuis Tekkno : des synthés acides et des drops de rave collés à des riffs de metalcore, la voix claire de Kevin Ratajczak qui répond aux growls de Nico Sallach , et une science du refrain qui frôle l'écriture pop pure. Le morceau-titre ouvre le bal sans surprise mais sans faiblesse, et sert surtout de carte de visite à Frank Zummo , désormais batteur officiel du groupe après des années de featuring — une bascule qui se sent…
Loathe - A Stranger to You
Formé à Liverpool en 2014, Loathe s'est imposé au fil des années comme l'un des groupes les plus difficiles à ranger dans une case du metal britannique, un quatuor composé de Kadeem France (chant), Erik Bickerstaffe (guitare, chant), Feisal El-Khazragi (basse) et Sean Radcliffe (batterie), dont la musique puise autant dans le metalcore et le nu metal que dans le shoegaze, le metal progressif et l'industriel. Nommé aux Heavy Music Awards et aux Metal Hammer Golden Gods dès 2018, le groupe avait déjà été identifié par le magazine Revolver comme l'un des artistes les plus susceptibles de percer dans le mainstream. C'est toutefois l'album I Let It In and It Took Everything , sorti en 2020 juste avant la pandémie, qui a fait basculer Loathe dans une autre dimension : un disque lourd, shoegaze, poignant, comparé sans relâche à Deftones , et qui s'est retrouvé dans une multitude de classements de fin d'année à travers la presse spécialisée. La reprise de leur titre Is It Really You? avec…
Five Finger Death Punch - Legacy
Trente-six minutes et quarante-trois secondes. C'est peu. C'est surtout, pour Five Finger Death Punch , une déclaration d'intention : après une décennie de disques qui s'étiraient parfois jusqu'à l'indigestion, le groupe le plus clivant du metal grand public signe le format le plus ramassé de sa carrière. Et ça change tout. Legacy , dixième album studio, est paru en numérique le 31 juillet 2026 — exactement dix-neuf ans, jour pour jour, après The Way of the Fist . Le calendrier n'a évidemment rien d'un hasard chez un groupe qui a fait de la commémoration un art de vivre. L'édition CD suivra le 18 septembre. Un disque taillé dans le vif La vraie nouvelle est ailleurs, en coulisses : c'est le premier album du quintette de Las Vegas à ne pas être produit par Kevin Churko depuis leurs débuts. Le producteur canadien avait façonné, disque après disque, ce son hyper-compressé, lustré jusqu'à l'aveuglement, devenu autant leur signature que leur plafond de verre. Son absence s'entend : les…
The Rolling Stones - Foreign Tongues
Soixante-trois ans après leur premier single, les Rolling Stones sortent un vingt-cinquième album studio. Le miracle n'est pas qu'il existe. C'est qu'il soit aussi vivant. On pouvait légitimement penser que Hackney Diamonds , en 2023, avait été le dernier mot — un feu d'artifice de sortie, récompensé d'un Grammy, la parenthèse enfin refermée sur soixante ans de carrière. Foreign Tongues , paru le 10 juillet 2026 sur Polydor et Capitol, répond à la question qui restait en suspens : la veine était-elle durable ? Réponse en quatorze titres et 62 minutes : oui. Et pas qu'un peu. Un album fabriqué comme on braque une banque Tout, dans la campagne de lancement, a tenu du jeu de piste. En avril, un obscur 45-tours pressé à mille exemplaires sous le pseudonyme The Cockroaches — le nom d'emprunt que le groupe utilisait dans les années 70 pour ses concerts secrets — met le feu aux forums de collectionneurs : c'était « Rough and Twisted ». Puis vingt photos lâchées sur les réseaux, une pochette…
DOMINUM - Night is Calling
Il y a des groupes qui font du metal, et il y a des groupes qui montent un spectacle de foire hanté avec des guitares. DOMINUM appartient clairement à la seconde catégorie. Mené par l'inénarrable Dr. Dead (Felix Heldt), le combo allemand a bâti en deux albums un univers de mort-vivants théâtral, à mi-chemin entre le train fantôme et le concert metal. Avec Night is Calling , troisième opus paru le 3 juillet 2026 chez Napalm Records, la troupe de zombies ne change pas de costume — elle l'enrichit de paillettes, de fumigènes et de refrains encore plus gros. Le cirque revient en ville Dès « The Circus is in Town » , le ton est donné : DOMINUM ne fait pas dans la demi-mesure. Riffs taillés pour l'arène, chœurs grandiloquents, claviers cinématographiques — tout est calibré pour le grand spectacle. Produit par Felix Heldt lui-même et mixé par Jacob Hansen (artisan d'un son moderne, propre et percutant qu'on retrouve chez Volbeat ou Amaranthe), l'album sonne énorme, lustré, taillé pour les…
Muse - The Wow! Signal
Il y a des groupes qui, passé un certain âge, se contentent d'entretenir la flamme. Et il y a Muse, qui regarde le ciel et se demande s'il y a quelqu'un. Avec The Wow! Signal , dixième album studio du trio de Teignmouth sorti le 26 juin 2026, Bellamy, Wolstenholme et Howard repartent à la conquête de l'espace — au sens propre. Inspiré du célèbre signal « Wow! » capté en 1977 par un radiotélescope, le disque explore le mystère cosmique et la possibilité d'un contact avec quelque chose de plus grand que nous. Et, surprise : c'est leur album le plus vital depuis des années. Un retour aux sources galactiques Après quelques disques en demi-teinte, Muse renoue ici avec ce qui fait sa marque de fabrique : le grand frisson science-fiction, les refrains stratosphériques et l'art du grandiose assumé. Dès « The Dark Forest » , l'album pose son décor — vertige spatial, tension sourde, montée orchestrale — et ne lâche plus le fil rouge cosmique. C'est de nouveau démesuré, parfois kitsch, mais…
The Black Keys - Peaches!
La pêche retrouvée Il y a des albums qui naissent de la joie, d'autres du calcul, et quelques-uns — les plus honnêtes — de la douleur pure. Peaches! appartient à cette dernière catégorie. Lorsque le père de Dan Auerbach , Chuck, reçoit un diagnostic de cancer de l'œsophage en début d'année 2025, c'est Patrick Carney qui a l'idée que « ce serait bien pour Dan d'avoir quelque chose à faire » — quelque chose pour tenir pendant que la santé de son père se détériore. Le studio s'ouvre. Les amplis chauffent. Et ce qui devait rester entre amis devient, presque malgré lui, le quatorzième album des Black Keys. « On ne faisait pas un disque. On jammait juste — c'était pour nous. Vraiment primitif, dans un moment où tous les nerfs étaient à vif, à hurler », confie Auerbach. Chuck Auerbach décède le 29 mars 2025. L'album sort le 1er mai 2026. Entre les deux, il y a dix reprises, une vie entière de disques chéris, et deux types d'Akron, Ohio, qui ont toujours su que la réponse à tout était le…
Foo Fighters - Your Favorite Toy
Il y a une question qui traverse Your Favorite Toy de part en part, posée dès les premières secondes par Dave Grohl sur le titre d'ouverture Caught in the Echo : Do I? Do I? Do I? — répétée comme une incantation, mi-interrogation mi-injonction. Il demande, mais ça sonne comme un commandement. L'indécision comme un appel honnête aux armes. C'est une bonne façon d'entrer dans ce douzième album des Foo Fighters : avec de l'urgence, de la confusion, et un riff qui fait mal. Le contexte pèse. But Here We Are (2023) était un acte de deuil public bouleversant, construit dans l'ombre de la mort de Taylor Hawkins . Pour un groupe dont la carrière de trente ans a toujours été marquée par une apparente solidité à toute épreuve, les voir traverser une telle perte en temps réel constituait l'écoute la plus émotionnellement intense de leur discographie. Comment faire après ça ? Your Favorite Toy est le chapitre suivant de cette histoire : là où son prédécesseur avait souvent un ton réflexif, ce…
Angine de Poitrine - Vol. II
Si Vol. 1 était le secret d'un duo de Saguenay que personne ou presque n'avait encore entendu, Vol. II est quelque chose d'entièrement différent — un album qui arrive sous les feux d'une attention mondiale, porté par seize millions de vues sur YouTube, des vinyles revendus à prix d'or sur Discogs et Dave Grohl qui monte officiellement dans le wagon. La pression aurait pu tuer le disque avant même sa naissance. Elle l'a au contraire dynamisé. Pitchfork pose la question centrale avec une franchise désarmante : comment un duo anonyme en costumes à pois, jouant de la guitare microtonale sur des polyrythmies qui défient la conscience de l'auditeur, a-t-il réussi à prendre le trône de groupe le plus bizarre et le plus festif du monde ? La réponse est dans Vol. II . Six titres. Trente-sept minutes. Acclamation universelle. Le contexte : une ascension éclair L'histoire est désormais connue. En décembre 2025, Khn et Klek de Poitrine — deux "frères" aux grandes têtes en papier mâché dont…
Gorillaz - The Mountain
On attendait un disque de Gorillaz ; on reçoit une veillée funèbre cosmopolite. Avec The Mountain , neuvième album studio du groupe virtuel de Damon Albarn et Jamie Hewlett , sorti le 27 février 2026 sur leur label Kong, le duo signe sans doute son œuvre la plus grave et la plus ambitieuse — un disque hanté, traversé par la mort, le deuil et l'au-delà, que les deux créateurs ont écrit après avoir chacun perdu des proches durant la production. Le résultat est bouleversant. Une montagne entre l'Inde et le monde Enregistré entre l'Inde, Londres et ailleurs, The Mountain prend racine dans la musique classique indienne : le sitar d' Anoushka Shankar , la flûte d' Ajay Prasanna , le sarod des frères Amaan et Ayaan Ali Bangash irriguent l'album d'un bout à l'autre, tissant un fil rouge envoûtant entre des morceaux chantés en anglais, en arabe, en hindi, en espagnol et en yoruba. Loin du collage de tubes, Gorillaz signe ici un disque-paysage, d'une cohérence rare, où l'électronique et la pop…
Lamb of God - Into Oblivion
Il y a des albums qu'on attend avec la résignation tranquille du fan vieillissant : ça sera bien, peut-être très bien, mais jamais comme avant. Into Oblivion de Lamb of God est l'album qui brise cette résignation d'un coup de riff en pleine face. C'est un coup de maillet dans le crâne de quiconque pensait que les meilleurs jours du groupe étaient derrière eux. C'est, au minimum, leur meilleur album depuis Resolution en 2012 — et il pourrait même le surpasser. Voilà qui est dit. Et voilà pourquoi ça mérite qu'on s'y attarde. Le contexte : trente ans de colère organisée Lamb of God n'avait pas l'intention de devenir un groupe de métal générationnel. Au milieu des années 90, c'était juste un autre groupe de Richmond jouant dans des sous-sols qui sentaient la bière renversée et l'existentialisme à vingt ans. Mais quelque part entre ces premiers concerts et l'arrivée sismique d' Ashes of the Wake en 2004, ils ont construit le plan directeur du New Wave of American Heavy Metal . Depuis, il…
Powerwolf - Wildlive (Live at Olympiahalle)
Les albums live se font rares dans le paysage metal contemporain. Quand ils existent, ils oscillent souvent entre le document sonore honnête mais un peu plat et le produit lissé au point d'en perdre toute authenticité. Wildlive (Live at Olympiahalle) n'est ni l'un ni l'autre. C'est une messe — au sens propre du terme powerwolfien — captée au sommet de la trajectoire d'un groupe qui, en vingt ans d'existence, a transformé le power metal en spectacle total. Et le résultat est, il faut bien le dire, impressionnant. Le contexte : une Olympiahalle sold out, un groupe au zénith Le concert qui donne naissance à ce live a été enregistré le 25 octobre 2024 à l'Olympiahalle de Munich, lors de l'étape finale de la Wolfsnächte Tour 2024 — la plus grosse tournée headliner de l'histoire de Powerwolf. Le groupe venait de sortir Wake Up The Wicked (juillet 2024), son huitième album studio, entré directement numéro un dans plusieurs pays européens. La salle est pleine à craquer. Le public munichois…
Karnivool - In Verses
Treize ans. C'est le temps qu'il aura fallu attendre depuis Asymmetry pour que Karnivool revienne avec un album studio. Et quel retour. In Verses n'est pas seulement un comeback réussi — c'est l'album le plus abouti, le plus ambitieux et le plus émouvant du quintet de Perth. Plus d'une heure de musique, dix titres, zéro remplissage. Le genre de disque qui rappelle pourquoi on écoute du rock progressif. L'histoire de cet album est celle d'une patience qui a porté ses fruits. Entamées en mai 2019 aux Foxhole Studios de Perth avec le producteur fidèle Forrester Savell — l'homme derrière Themata et Sound Awake — les sessions se sont étirées sur plusieurs années, traversant la pandémie et les doutes, pour aboutir à un disque qui respire la liberté créative à chaque mesure. Rien ne sonne forcé, rien ne sonne calculé. Tout semble couler de source, même dans les passages les plus complexes. Ghost ouvre les hostilités avec une retenue trompeuse. Le morceau s'installe sur un groove contenu…
SOEN - Reliance
Il y a quelque chose d'un peu vertigineux à écouter Reliance , le septième album de SOEN. Vertigineux, parce que tout y est impeccable. La production d'Alexander Backlund — enregistré et mixé aux Fascination Street Studios, masterisé par Tony Lindgren — sonne comme du métal taillé dans du cristal. La voix de Joel Ekelöf , dont le registre et la puissance n'ont pas d'équivalent dans le genre, domine l'ensemble avec une autorité tranquille. La batterie de Martin Lopez — l'ancien d' Opeth , co-fondateur du groupe — pulse avec une précision organique qui rappelle pourquoi il est considéré comme l'un des meilleurs de sa génération. Et pourtant. Reliance provoque aussi une légère inquiétude : celle d'un groupe si bien installé dans sa propre formule qu'il ne semble plus chercher à en sortir. Un septième album en territoire conquis SOEN s'est formé autour du départ de Martin Lopez d'Opeth et de la dissolution du groupe indie rock de Joel Ekelöf , Willowtree. Depuis, le combo multinational…
Portugal. the Man - SHISH
Il y a quelque chose d'étrange et de beau dans le fait que l'un des albums les plus personnels de Portugal. The Man porte un titre aussi cryptique que SHISH — un mot emprunté à la géographie de l'Alaska, cet État froid et vaste d'où John Gourley est originaire, et qui irrigue chaque seconde de ce dixième album. Gourley s'est plongé dans son passé d'enfant élevé en Alaska pour déterrer un LP de dix chansons aussi révélateur qu'inattendu. Le résultat est à la fois intime et gigantesque, dépouillé et fourmillant d'idées. Après le Feel It Still de 2017 — mégahit involontaire qui a propulsé le groupe dans une visibilité mainstream souvent inconfortable — et après plusieurs années d'albums aux résultats inégaux, SHISH sonne comme un groupe qui a décidé de ne plus chercher à plaire à personne. Le titre représente "la survie, la connexion et l'ambition. La vie rurale avec ses moments de danger et d'absurdité — motos cross, fumeurs, coups de feu et jeux vidéo. La phrase répétée 'we can be…
Rise Of The NorthStar - Chapter 04 - Red Falcon Super Battle! New Paris War!!
Il n'y a personne d'autre comme eux, vraiment. Qu'on les aime ou qu'on les déteste, ce fait est indéniable. Rise Of The NorthStar est l'un des groupes les plus uniques au monde. Dix-sept ans après leur émergence des rues difficiles du Paris du 17ème, Vitia (chant), Eva-B (guitare lead), Air One (guitare), Yoru (basse) et Phantom (batterie) dévoilent Chapter 04: Red Falcon Super Battle! Neo Paris War!! , sorti le 14 novembre 2025 via leur propre label Kuromaku Corp. Et une fois de plus, ils défient toutes les perceptions et attentes. L'ère du Mecha Falcon "Avec ce quatrième album, on a essayé de surprendre notre public tout en restant fidèle à notre ADN, en apportant quelque chose de nouveau sans crucifier l'ancien. L'ère de Shogun No Shi est terminée, bienvenue au super Mecha Falcon, symbole de modernisation du contenu et de la forme, de l'écriture au son - Northstar revient !" Le Mecha Falcon remplace le Shogun. C'est plus qu'un changement cosmétique - c'est une déclaration…
Meuhstache - Nyctophilia
Il y a des albums qui ne se contentent pas d'occuper vos enceintes — ils s'y installent comme une entité invoquée, refusant de partir avant d'avoir accompli son rituel. Nyctophilia, premier album du trio genevois Meuhstache , appartient à cette catégorie d'œuvres qui exigent qu'on leur cède le terrain. Formé en 2023, Meuhstache s'est rapidement distingué sur la scène alternative suisse par une proposition singulière : un stoner rock teinté d'occultisme, porté par une énergie résolument sororale et une esthétique qui célèbre les marges plutôt que de s'en excuser. Le groupe ne se contente pas de jouer dans les bois — il vous y entraîne, torche à la main, pour une cérémonie dont vous ressortirez changé. Dès les premières mesures, le ton est donné. Les riffs, épais comme la brume d'un sous-bois à l'aube, s'installent avec une densité qui évoque autant les pionniers du genre (Kyuss, Sleep ) qu'une tradition plus européenne du heavy psychédélique. La guitare déploie des textures fuzz…
Orelsan - La Fuite en Avant
Quatre ans. C'est le temps écoulé depuis Civilisation (2021), triomphe populaire et critique qui a définitivement installé Orelsan comme l'un des rappeurs les plus importants de sa génération. Aurélien Cotentin revient le 7 novembre 2025 avec La Fuite en Avant , cinquième album studio de dix-sept titres sorti via Sony Music - première collaboration avec le major après ses précédents opus. Annoncé surprise le 27 octobre avec ce commentaire laconique : "Beaucoup s'en doutaient et ils avaient raison", ce retour s'inscrit dans une démarche multimédia liée au film Yoroï (sorti le 29 octobre), même si Orelsan précise bien que ce n'est pas une bande originale. Le titre ? Une fuite en avant. Celle d'un homme qui court, qui avance, qui ne peut s'arrêter sous peine de s'effondrer. Et c'est exactement ce que documente cet album : la course perpétuelle d'une star aux prises avec ses propres démons. Le pacte faustien de la célébrité Dix-sept vrais morceaux, sans interludes ni respiration. Orelsan…
Lost in Lona - The Killer
Il y a des disques qui ne cherchent pas à impressionner et qui, justement pour cette raison, finissent par tout emporter. The Killer est de ceux-là. Un an à peine après Scared Like A Mother And Her Gun , Lost in Lona revient avec un deuxième album que le duo qualifie lui-même de « deuxième bébé ». Le groupe réunit la chanteuse Lidia Beck et le guitariste Konstantin Aebli, entre Bâle et Zurich, et a déjà goûté au Reeperbahn Festival, à l'OpenAir St. Gallen et au Montreux Jazz Festival . Sorti le 7 novembre 2025 chez Mouthwatering Records, le disque fait le choix inverse de la surenchère : un son plus tranchant, plus dépouillé, et une écriture qui va droit au but. Huit titres, vingt-six minutes. On pourrait trouver ça court, et c'est d'ailleurs le seul reproche que lui adresse Sounds & Books. Mais chaque chanson est à sa place, et l'ensemble a la cohérence d'un récit. Le duo prévient que ce n'est pas un album concept, et pourtant tout se tient : être jeune face à des attentes…
Sabaton - Legends
Avec Legends, Sabaton signe son dixième album studio et nous offre une nouvelle leçon d'histoire mise en musique, fidèle à la formule qui a fait leur succès tout en marquant une évolution notable dans leur processus créatif. Pour la première fois, l'ensemble des membres actuels du groupe a participé activement à l'écriture des morceaux, apportant une fraîcheur bienvenue à la mécanique bien huilée du power metal suédois. L'album s'ouvre en fanfare avec "Templars", un titre épique qui plante immédiatement le décor : guitares tranchantes, chœurs grandioses et la voix tonitruante de Joakim Brodén nous plongent dans l'univers des Templiers. C'est du Sabaton pur jus, efficace et immersif. "Hordes of Khan" maintient cette intensité avec des riffs martelants qui évoquent les chevauchées mongoles, tandis que la production soignée de Jonas Kjellgren magnifie chaque détail. "Maid of Steel", consacré à Jeanne d'Arc , constitue l'un des sommets de l'album. Le groupe parvient à capturer l'héroïsme…
Battle Beast - Steelbound
Il existe deux écoles face à Battle Beast . La première y voit un groupe de power metal assumant joyeusement son côté outrancier, son amour du fromage et des refrains contagieux. La seconde n'y trouve qu'un festival Eurovision déguisé en concert metal, du bubblegum avec des guitares distordues. Steelbound, septième album sorti le 17 octobre 2025 via Nuclear Blast, force à choisir son camp. Les cyniques doivent passer leur chemin immédiatement. La formule Battle Beast perfectionnée Trois ans après le remarqué Circus of Doom , le sextet d'Helsinki revient avec une proposition sans ambiguïté : quarante minutes de metal accessible infusé de pop, boosté aux synthés survoltés et porté par la voix puissante de Noora Louhimo . Chaque recoin de Steelbound dégouline de polish, chaque seconde est calibrée pour être diaboliquement accrocheuse et s'enraciner dans votre oreille. C'est du metal d'entrée de gamme, et ce n'est pas péjoratif. Il existe un chemin que la plupart d' entre nous empruntons…
Cachemire - Suffit juste d'une seconde
Il y a des disques qui poussent comme des plantes têtues entre les fissures du bitume. Suffit juste d'une seconde , sorti le 10 octobre 2025 chez Enrage Production, en fait partie. Cachemire y livre un album de rock français viscéral, urgent, poreux à la rage de l'époque, qui rappelle pourquoi la langue française reste l'une des plus belles machines à rock'n'roll du monde — quand on accepte de ne pas la mettre sous cloche. Une bombe en treize tableaux Treize titres, quarante et une minutes : pas un gramme de gras, pas un titre de remplissage. Cachemire opère ici une concentration rare. Chaque morceau est un état d'urgence, une saynète où la guitare cogne, où la voix mord, où le refrain explose au moment où l'on ne l'attendait plus. L'album ouvre sur "RESET" (2:35) — déclaration d'intention plutôt qu'introduction polie : tout est cassé, on remet à zéro, on rejoue. À mesure que le disque avance, on croise des moments de pure tension brute, comme "MA GUEULE" (3:07), titre qui crache son…
Twenty One Pilots - Breach
L'épilogue nécessaire d'un duo qui refuse de mourir Dix ans après avoir révolutionné l'alternative rock avec leur cocktail schizophrène de ukulélé et de 808, Tyler Joseph et Josh Dun reviennent avec Breach, un disque qui sonne comme un testament. Pas celui d'artistes fatigués, mais d'explorateurs assumant enfin leurs contradictions. L'héritage Blurryface enfin assumé Breach clôt officiellement la saga Blurryface entamée en 2015, ce personnage sombre qui hantait l'univers conceptuel du duo. Fini les métaphores alambiquées : Joseph pose ses démons sur la table avec une lucidité brutale. Sur "The Contract", mélange paranoia métallique et production hyperpop, il crache ses obsessions avec l'urgence d'un homme qui sait que le temps presse. La synthèse genre qu'opère ici TOP n'a rien d'un pastiche - c'est du pur ADN musical américain 2025. Josh Dun sort de l'ombre Révélation majeure de l'album : Josh Dun prend partiellement le lead vocal pour la première fois sur "Drum Show". Sa voix…
Grandson - INERTIA
Il y a quelque chose de presque poétique dans le titre de ce troisième album. Inertia — l'inertie — ce principe physique selon lequel un corps en mouvement reste en mouvement, et un corps au repos reste au repos. Jordan Benjamin, lui, a choisi son camp : il se remet en mouvement, et il le fait à pleine vitesse, guitare à la main. Après les tonalités plus personnelles et introspectives de I Love You, I'm Trying (2023), grandson tourne le dos à cette vulnérabilité individuelle pour s'en prendre, plus fort que jamais, aux gens au pouvoir et aux systèmes qui nous étouffent. Désenchanté, il refuse catégoriquement de se résigner. Ce virage n'est pas une trahison — c'est un retour aux sources. Ceux qui ont été séduits par le snarl électrique de Blood // Water ou la furie politique de Death of an Optimist retrouveront ici l'artiste qu'ils avaient suivi à la base. La décision qui change tout : les instruments live La grande rupture formelle d' INERTIA , c'est celle-ci : c'est le premier album…
Last Train - III
Le rock français a trouvé son altitude de croisière. Et elle est stratosphérique. On ne va pas tourner autour du pot : III est un disque qui te prend à la gorge dès les premières secondes et ne te lâche plus. Le quatuor lyonnais, après des années à affûter son son entre les scènes européennes et les studios, livre ici l'album de la maturité — mais une maturité qui n'a rien perdu de sa rage. Un exercice d'équilibriste furieux. C'est peut-être là que réside la vraie force de ce troisième opus : sa capacité à naviguer entre les extrêmes sans jamais perdre le fil. Le calme polaire d'un passage atmosphérique peut basculer en déflagration sonique en l'espace d'une mesure. On pense aux dynamiques d'un Deftones , à la tension sourde d'un Queens of the Stone Age , aux envolées post-rock d'un Sigur Rós — mais jamais Last Train ne sonne comme un copier-coller. Le groupe a digéré ses influences pour cracher quelque chose qui ne ressemble qu'à lui. La voix de Jean-Noël Scherrer est l'épicentre de…

















































