Il y a des débuts qui se font attendre, et celui de Deathwards a pris presque dix ans. Le groupe de Rancagua, au Chili, s'est formé vers 2017 autour de The Magus — passé, selon Mystification Zine, par Wrathprayer et Oraculum — avant d'enchaîner deux sorties minuscules, Towards Death puis Rehearsal MMXIX, et de s'enfoncer dans le silence. Une compilation, In Deathlore 2017-2019, a rassemblé ces traces au printemps 2026, comme pour solder le passé. Reste la question qui compte : Realms of Sin, premier album paru le 30 octobre 2026 chez Sepulchral Voice Records, tient-il la promesse d'un groupe resté si longtemps dans l'ombre ? Le quatuor est composé de The Magus (chant et guitare solo), The Penance (batterie), The Usurper (guitare rythmique) et The Condemned One (basse) ; les musiques sont signées par les trois premiers, les textes par The Magus seul.
Le disque a un plan, et c'est celui de Dante. Chacun de ses dix titres est suivi, entre parenthèses, du cercle ou du péché qu'il illustre : les limbes pour « Sting of Guilt », la luxure pour « Supplicium », la gourmandise, l'avarice, la colère, l'hérésie, la violence, la fraude, la trahison, puis Lucifer en personne pour clore l'album. Le label parle d'une œuvre née de la « mutation violente » que le thrash et le speed metal ont fait subir au genre, nourrie par l'Enfer de Dante, l'imagerie biblique et les visions médiévales de la damnation. L'idée est moins cérébrale qu'elle n'en a l'air : elle sert surtout à découper trente-sept minutes en dix séquences nettes, sans un gramme de gras.
Sur le plan sonore, Deathwards ne cache rien de ses dettes. Les critiques énumèrent les mêmes noms : Slayer, Possessed, Dark Angel, Sadus, le Sepultura des débuts, le Vulcano brésilien et les Canadiens d'Infernäl Mäjesty, que Jørgen Kirby, de Nattskog, cite aux côtés d'une étrangeté qu'il juge digne de Voivod. Spyros Stasis, de PopMatters, rappelle que le groupe évolue dans la tradition du proto-death metal sans jamais en suivre les conventions à la lettre, et y entend même des mélodies venues de la NWOBHM. L'enregistrement a été confié à Eric Brisso, à Equinox Studio, à Rancagua, en 2025 ; le mastering a été réalisé en 2026 par Patrick Engel au Temple of Disharmony, en Allemagne. La pochette est une peinture à l'huile de Jorge Olavarria. Le résultat a, selon Malte Brigge, de Metal Epidemic, l'allure d'une démo de très belle qualité : brut, vivant, volontairement imparfait.
La première moitié du disque est faite de morceaux d'environ trois minutes, la seconde s'étire vers quatre ou cinq. « Sting of Guilt », qui ouvre la marche en près de cinq minutes, pose le décor, puis « Supplicium » file droit, avec des parties de guitare solo courtes et directes que souligne PopMatters. Dans « From Bread to Stone », Metal Epidemic relève la prise de pouvoir de la basse ; « Sullen Blood » est désigné comme un des sommets par Mystification Zine comme par PopMatters, qui y voit un exemple de groove technique. « Unbound from Divine Omnipotence » est le titre le plus étrange : Stasis y entend l'exemple le plus clair de ces mélodies héritées du heavy metal traditionnel, tandis que Mystification Zine lui trouve un côté « surréel » et un mordant à la Kreator. Plus loin, « Worms of Malebolge » mise sur des rythmes staccato plus militaires, et « The Sore Weight of Repentance » est celui qu'un auditeur cité sur la page Bandcamp retient comme son titre favori. Vient enfin « Lawless Fire », seul morceau à dépasser six minutes (6 min 28 s), que Stasis qualifie de fantastique conclusion. Une réédition enregistrée de « The Black Key », issue des premières démos, est mentionnée comme titre bonus par deux critiques ; elle ne figure pas sur la page Bandcamp.
L'accueil est très favorable, mais pas unanime, et c'est ce qui le rend intéressant. Chez Nattskog, Jørgen Kirby accorde un 8 sur 10 à des débuts « impressionnants et remarquables », dont il pense qu'ils résisteront au temps. Malte Brigge, dans Metal Epidemic, donne 3,5 sur 5 et écrit que ce qui rend l'album si réussi est précisément son imperfection ; il y voit un disque à moshing, du début à la fin, et compare certains morceaux à des chutes de Reign in Blood. Mystification Zine, sous la plume de terraasymmetry, parle d'un album qui « fume » de bout en bout et le recommande au plus haut point ; PopMatters le place en tête de ses meilleurs albums de metal d'octobre 2026. Seule voix dissonante, Guy Van Campenhout, du site belge Musika, juge le disque brouillon, salue l'enthousiasme et conseille au groupe de répéter davantage. Ce reproche, on l'entend : les ruptures de tempo ne sont pas toujours domptées, et la production laisse volontiers dépasser ce que d'autres auraient poli. Mais c'est aussi ce qui donne au disque sa texture.
Au bout du compte, Realms of Sin n'invente rien et ne prétend pas le faire. C'est un album de passionnés, qui préfère l'élan à la perfection et la vitesse à la démonstration, et qui trouve dans sa structure dantesque une raison de ne jamais se répéter. On pourra lui reprocher sa fidélité aux modèles de la fin des années 1980 ; on ne lui reprochera ni son énergie ni sa sincérité. Deathwards prouve surtout que l'attente n'était pas du temps perdu. Un des débuts les plus attachants de cet automne dans le metal extrême.

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