ZIRP!

ZIRP!

DIIV

Il y a des groupes qui passent leur carrière à brouiller la frontière entre le bruit et la mélodie, et DIIV en fait partie depuis ses débuts brooklynois en 2011. Le quatuor de Zachary Cole Smith, longtemps rangé du côté du shoegaze et du post-punk, avec My Bloody Valentine et Slowdive comme étoiles fixes, revient le 30 octobre 2026 avec ZIRP!, son cinquième album, publié chez Fantasy Records. Il succède à Frog in Boiling Water, sorti en 2024 et que la presse avait salué comme son disque le plus politique et le plus conceptuel. L'enjeu est donc double : prolonger cette veine critique sans reprendre le ton accablé de l'album précédent, et le faire avec un producteur qu'on n'attendait pas là.

Ce producteur, c'est A.G. Cook, fondateur de PC Music et collaborateur de Charli XCX comme de Caroline Polachek. Selon Northern Transmissions, le groupe l'avait d'abord sollicité pour reconstruire des maquettes à la façon de Screamadelica, une idée qu'il a écartée au profit d'une approche neuve. Cook explique avoir enregistré les batteries en direct avant même que la plupart des chansons soient achevées, puis consacré beaucoup de temps aux parties de guitare et à leurs pédales, avec peu de travail sur ordinateur. Le disque est joué par Zachary Cole Smith (chant, guitare), Andrew Bailey (guitare), Colin Caulfield (chant, basse) et Ben Newman (batterie) ; aucune des sources consultées ne mentionne d'invité, ni ne précise qui a mixé ou masterisé l'ensemble.

Le titre est une blague amère. ZIRP désigne la politique de taux d'intérêt zéro, cette décennie d'argent gratuit qui a engendré, selon la présentation du groupe, un monde de start-up en faillite. Les chansons y croisent Palantir, la déliquescence sociale et l'économie du streaming, avec, de l'aveu du groupe, une légèreté nouvelle. Les musiciens parlent d'ailleurs de leur « disque pop », d'un rock alternatif très accessible, et ils ont même baptisé la chose « The New Alternative », un nouveau genre pour le XXIe siècle. La formule est volontairement provocante, mais elle décrit assez bien ce que l'on entend.

L'ouverture, « The Fountain », sert de carte de visite : des guitares hachées, acides, des cymbales qui scintillent, puis des virages plus sombres et plus musclés, comme le relève Peter Kimpton dans Song Bar. John Wohlmacher, dans Beats Per Minute, en fait son titre préféré du début de disque. « Kid », deuxième single paru le 3 septembre, change de registre : plus acoustique, plus doux, avec des guitares floutées et des voix qui flottent. Suivent « When The Glow Came For Us », longue dérive psychédélique de plus de quatre minutes que Wohlmacher rattache aux incendies de Los Angeles, puis « Dare Me », où des riffs de shoegaze superposés reposent sur un breakbeat net et des refrains de pop-rock lumineux. C'est sans doute là que l'empreinte de Cook se remarque le plus, dans cette rythmique mise en avant face aux guitares.

Le milieu du disque est le plus tendu. « The Crash » alterne des riffs qui font penser à Black Sabbath et des passages nonchalants de slacker rock ; « Trillions », le plus court des onze morceaux avec trois minutes pile, ressemble pour Wohlmacher à une pop nerveuse héritière de Kraftwerk, et Kimpton y lit une charge contre la consommation. « Us Against You » et « Evangelizer » s'appuient sur des mélodies de type hymne, tandis que « Underground » plonge dans un brouillard de guitares et appelle, dit-on, à la révolution. « My Star », elle, est une déclaration d'amour tendre qui glisse vers une fin plus paranoïaque et presque progressive. Le disque se referme sur « Idiot In The Sky », que Wohlmacher tient pour la chanson la plus franchement pop que le groupe ait jamais écrite.

Sur le papier, la réception est favorable sans être unanime. Dans Beats Per Minute, John Wohlmacher attribue 79 % au disque et décrit une palette « glitzy », presque Y2K, qui renvoie aux sons alternatifs de la fin des années 1990 : le groupe fabrique une variante de son shoegaze volontairement plastique, collante et pleine de crochets. Il admet qu'à la première écoute, l'ensemble peut paraître trop confortable, mais soutient que chaque nouveau passage révèle un tube de plus. Peter Kimpton, dans Song Bar, ne note pas le disque ; il y entend une immersion sensuelle dans le bruit de guitares, plus mélodique et plus colorée de touches électroniques que par le passé, avec une production lustrée en surface et inquiétante en dessous, qui polit sans effacer les aspérités. Sa réserve porte sur les textes, qu'il trouve abstraits et sans direction. Le groupe a présenté l'album à la scène dès l'automne : il accompagnait Interpol en Amérique du Nord en octobre, avant des dates européennes début novembre, à Paris le 2, à Courtrai le 6 et à Londres le 7.

Reste à dire ce que l'on en pense ici. ZIRP! n'est pas le disque que les fans de la première heure espéraient, celui d'Oshin ou d'Is the Is Are, où la guitare prenait toute la place et où l'on se perdait volontiers. C'est un album bâti pour être retenu : onze titres, un peu plus de quarante et une minutes, des refrains qui se mémorisent et un son net que A.G. Cook a tenu à garder vivant plutôt que lisse. Le revers de la médaille est que le propos, annoncé politique, se dilue parfois dans l'efficacité, et que la deuxième moitié répète certains réflexes de la première. Mais le groupe y gagne une assurance qu'on ne lui connaissait pas, et « The Fountain », « Dare Me » et « Idiot In The Sky » comptent parmi ses meilleures chansons. Un virage pop qui s'assume, et qui tient largement ses promesses.

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