Il y a des groupes dont le curriculum fait plus de bruit que la musique, et d'autres qui finissent par rendre le curriculum anecdotique. Dissimulator est en train de basculer dans la seconde catégorie. Formé à Montréal en 2021, ce trio de death-thrash technique réunit des musiciens passés par Chthe'ilist, Atramentus ou Beyond Creation, selon les sources, mais l'histoire du groupe tient désormais à deux disques : Lower Form Resistance, paru en 2024, premier album âpre et ragé, et Artifice Dissolves, qui sort le 2 octobre 2026 chez 20 Buck Spin en vinyle, CD et numérique. Neuf morceaux, environ quarante-six minutes d'après Zach Duvall, de Last Rites, et un enjeu que tout deuxième album porte avec lui : prolonger l'élan sans refaire le premier. Joe Miller, dans Defenders of the Faith, y voit une suite sans baisse de régime ; Sam Jones, de The Razor's Edge, estime que le groupe prouve que son premier disque n'était pas un coup de chance.
L'équipage n'a pas changé : Claude Leduc à la guitare et au chant, Antoine Daigneault à la basse, Philippe Boucher à la batterie. Selon le communiqué relayé par Earsplit Compound, la batterie a été enregistrée par Xavier Berthiaume à Productions Tehom, tandis que l'essentiel du reste a été capté par le groupe lui-même, puis reampé, mixé et masterisé par Hugues Deslauriers au studio Roarrrsoundsstudio ; Laurent Bellemare prête sa voix à plusieurs titres, et la pochette est signée Noah Cutter Meihoff. Le disque a donc la fabrication d'une scène qui se débrouille, et cela s'entend : il n'y a rien ici de lissé.
Le disque s'ouvre sans lent préambule sur « Apophenic Rage ». Spyros Stasis, de PopMatters, y relève des signatures rythmiques qui se déplacent d'une mesure à l'autre ; Neil Arnold, dans Metal Forces, parle de riffs grondants et de toux vocales qui oscillent entre des assauts fragmentés et une férocité plus mordante. « Hungry Ghosts » ralentit à peine : pour The Progressive Subway, son groove repose sur des rebonds de barre de vibrato, et le critique de Mystification y entend le premier passage de vocodeur du disque, qu'il tient pour sa déclaration la plus claire. Le morceau-titre, « Artifice Dissolves », est l'un de ses meilleurs tours : un riff qu'on ralentit jusqu'à l'arrêt, avant de le relancer au son d'une machine qui redémarre, image parfaitement adaptée à un album qui parle de domination technologique, d'intelligence artificielle et de décomposition, selon Robert, de Metal Underground.
Plus loin, « Alloyed » enchaîne les passages hachés et les courses abrasives sans jamais devenir indigeste ; Clay, de The Progressive Subway, y relève un trait qu'il compare à un « Postmortem » de Slayer devenu plus chaotique. « Proprioceptor » est, pour Arnold, le segment probablement le plus accrocheur, avec son riff dentelé et sa basse nerveuse, alors que Stasis lui trouve des airs de Fates Warning plus que de death-thrash technique. « Dusk » sert d'interlude, et « Neon Metropolis » relance la machine à coups de blasts, de grooves et de double pédale, dans des transitions d'une vitesse qui rappelle Voivod à Duvall. Le final, « Robostrobos », fond le prog, le thrash et le death ; Clay croit y reconnaître, en son milieu, un écho au « Crystal Mountain » de Death, mais regrette que l'album s'éteigne sur un simple fondu.
La question du son partage la critique, et c'est ce qui rend ce disque intéressant à discuter. Pour Clay, la guitare écrase tout : la basse est presque inaudible, le son un peu plat, même s'il admet qu'on peut y voir un choix de thrash à l'ancienne. Sam Jones entend exactement l'inverse : une production rapide sans être écrasante, une basse qui prospère, des grosses caisses énormes qui fusionnent avec elle. Duvall, lui, loue un gain plus bas qui laisse les riffs respirer, sans « bouillie ». Le chant, enfin, reste rugueux et sec, ponctué de voix robotisées et de chœurs électroniques qui renforcent l'esthétique science-fiction. Selon Robert, l'ensemble sonne rouillé et brut plutôt que poli, ce qui convient au propos.
Les références reviennent d'une plume à l'autre, avec une belle constance : Voivod surtout, puis Vektor, Watchtower, Meshuggah, Cynic, Gorguts ou Atheist. Arnold voit dans la musique du groupe un thrash death du début des années quatre-vingt-dix, mais « plus méchant, plus vif et plus viscéral » que Watchtower. Chez The Progressive Subway, le disque obtient 8/10 ; chez Metal Forces et Defenders of the Faith également, 8/10 ; Metal Underground, plus réservé, lui donne 3,5 sur 5. Le critique de Mystification, qui ne trouve aucun morceau vraiment mémorable, conclut malgré tout par une forte recommandation, et Stasis salue un pas vers plus d'ambition tout en regrettant l'immédiateté et la rugosité du premier album.
C'est exactement là que se logent les réserves. Duvall note que les passages se confondent, au point qu'on peine à distinguer les morceaux sans consulter la liste ; Robert reproche à certains titres, comme « Proprioceptor » ou « Dusk », de perdre le fil. Ce sont des défauts réels, mais ils sont le revers d'une écriture qui préfère la densité à l'effet. Artifice Dissolves est un disque de musiciens qui se parlent à toute vitesse ; on y entre par la rythmique, on y reste par l'obstination.
Notre verdict est donc nuancé mais favorable. Dissimulator a gagné en complexité, en ambition et en mélodie sans perdre le mordant de Lower Form Resistance, en faisant d'un thrash robotique un terrain de jeu. Il manque quelques refrains qu'on retiendrait, et un mixage qui fasse l'unanimité. Il reste un deuxième album ambitieux, nerveux et tenu, à découvrir pour peu qu'on aime le chaos contrôlé.

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