Il faut un certain aplomb pour intituler le dernier morceau de son album « The Celestial Warhost of the Dundonian Empire Marches to Space Against the Dark Sorcerer: Final Assault on Battlemoon X-22 ». Gloryhammer n'en a jamais manqué. Depuis Tales From the Kingdom of Fife en 2013, le groupe imaginé par Christopher Bowes, le capitaine d'Alestorm, raconte disque après disque la même saga absurde et grandiose : celle d'une dynastie de princes du comté de Fife, en Écosse, aux prises avec le sorcier maléfique Zargothrax, à coups de marteaux astraux, de licornes de guerre et de vaisseaux spatiaux. Sorti le 16 octobre 2026 chez Napalm Records, Space 1993: Wrath of Kor-Virliath est le cinquième chapitre de cette épopée, et surtout la suite directe de Space 1992: Rise of the Chaos Wizards, l'album que bien des fans considèrent encore comme le sommet du groupe.
Une suite très attendue
Le pari est donc risqué. Depuis 2015, Gloryhammer a connu la tourmente : le départ forcé de son chanteur historique Thomas Winkler en 2021, parti fonder Angus McSix, puis l'arrivée du Chypriote Sozos Michael au micro. Return to the Kingdom of Fife, en 2023, avait servi de baptême du feu au nouveau venu en ramenant la saga vers ses racines médiévales. Avec Space 1993, le groupe repart dans les étoiles et retrouve l'univers qui a fait sa réputation. Le casting est inchangé par rapport à 2023 : Sozos Michael au chant, Paul Templing à la guitare, James Cartwright à la basse et Ben Turk à la batterie, avec Christopher Bowes en retrait, préposé à la narration et à la voix de Zargothrax. Le claviériste Michael Barber a, selon My Global Mind, quitté le groupe après l'enregistrement pour se consacrer à Wizardthrone, l'autre projet qu'il partage avec Bowes.
Côté fabrication, le groupe a produit lui-même, avant de confier le mixage au Danois Jacob Hansen, connu pour son travail avec Volbeat et Amaranthe. Un changement d'interlocuteur qui n'est pas anodin : Sonic Perspectives lui attribue un son plus dense et plus soudé entre guitares et batterie, qui équilibre mieux les orchestrations. Le groupe annonçait d'ailleurs un spectre d'influences plus large que jamais, du power metal classique au thrash en passant par le synth rock et les grandes envolées orchestrales.
L'histoire, pour ceux qui suivent
Pour qui veut suivre le scénario, et rien n'y oblige, voici l'essentiel. On retrouve Angus McFife V, prince héritier de Fife, aperçu pour la dernière fois sur le single « Fly Away » en 2022. Il voyage à travers l'espace-temps jusqu'au lointain futur de 1993. Le Royaume spatial de Fife y a été abandonné, et le terrible Kor-Virliath cherche à s'emparer du pouvoir après l'échec d'un rituel de Zargothrax. Aberdeen est envahie par les démons, et Angus doit rassembler ses alliés : les Chevaliers de l'espace de Crail, les as de l'aviation de Leuchars, et un vieil allié perdu de vue, retrouvé à bord d'un vaisseau abandonné. Le récit mène jusqu'à Auchtermuchty, la ville natale de Zargothrax, puis à l'assaut final contre la Lune de combat X-22. Le comté de Fife n'a jamais été aussi épique, et Leuchars ou Auchtermuchty, deux bourgades bien réelles, n'avaient sans doute jamais rêvé d'une telle publicité.
Le disque, titre par titre
« Ultra Portam Astralem » ouvre le bal en un peu plus d'une minute et demie d'ouverture orchestrale aux tambours de guerre, que plusieurs critiques rapprochent des bandes originales de Star Wars. « Ultimate Sacrifice » démarre ensuite de façon étonnamment posée pour le groupe, selon metal.de, en hymne mid-tempo porté par un refrain accrocheur et les grognements de Zargothrax, avant de lâcher les chevaux sur des couplets qui lorgnent vers le thrash. « On a Quest for Aberdeen », déjà sorti en single indépendant et présenté ici dans une nouvelle version, joue la carte du refrain fédérateur. C'est l'un des titres qui fait le plus consensus, y compris chez les critiques les plus sévères.
« Die with a Sword in My Hand » est le premier vrai sprint de l'album, un hymne power metal à toute allure avec chœurs en bande. metal.de s'amuse que Manowar aurait rêvé de l'écrire, au moins pour les paroles. « Silver Talon », le titre le plus court avec moins de trois minutes, enchaîne les sweep-pickings et les claviers dans une course effrénée qui met en valeur la voix de Sozos Michael. « Starfighters of Leuchars », dont le clip a accompagné la sortie, s'appuie sur de larges fonds orchestraux. « Warriors of Auchtermuchty », qui rappelle Sabaton par moments, et « Pax Galactica », plus lent et plus sombre, complètent un milieu d'album solide mais plus convenu.
Puis vient le pas de côté. « Demonic Devotion » assume des synthés et une rythmique héritées des années 80, presque disco, avec même un saxophone joué par Alex McVittie. The Arts Desk y entend un instant de la synth-pop eurodance avant que le metal ne reprenne ses droits, The Razor's Edge le rapproche de « Universe on Fire », et My Global Mind de Beast in Black. C'est le genre de titre qui divise sur disque mais qui devrait faire des ravages sur scène. « Hammer of Fate », rapide et porté par les claviers, sert de rampe de lancement au final.
Treize minutes d'assaut final
Ce final justement, près de treize minutes découpées en quatre chapitres, est la pièce maîtresse du disque. Il s'ouvre sur une séquence classique qui évoque « Mars, celui qui apporte la guerre » de Holst, puis passe du thrash au power metal symphonique, du progressif à une brève incursion black metal, avec la narration de Christopher Bowes et de Zak Glynn et le chant d'Arnaud Ménard en invité. Sonic Perspectives y voit l'une des entreprises les plus ambitieuses du power metal depuis les années 2010, dans la lignée de Rhapsody of Fire. metal.de, plus réservé, le juge cohérent et entraînant mais en deçà des grands morceaux épiques du groupe, « Apocalypse 1992 » et « The Fires of Ancient Cosmic Destiny ».
Une critique très partagée
L'accueil est à l'image de ce grand écart. Les plus enthousiastes crient au chef-d'œuvre : 10/10 pour My Global Mind, qui y voit peut-être le meilleur album du groupe et son disque de l'année, 9/10 pour Sonic Perspectives, qui salue des guitares plus mordantes et une batterie qui flirte avec le thrash. The Razor's Edge parle d'un ajout digne d'une discographie déjà solide, avec un Sozos Michael en grande forme. À l'inverse, metal.de lui accorde 7/10 mais le juge trop sage et trop prudent. Le magazine reproche au chanteur d'être moins fougueux que sur le disque précédent et trouve que « Starfighters of Leuchars », « Warriors of Auchtermuchty » et « Pax Galactica » se ressemblent trop. Le Metal Hammer allemand (5/7) va plus loin et estime que l'écriture du groupe stagne depuis Legends From Beyond the Galactic Terrorvortex et ses tubes « Hootsforce » et « Gloryhammer ». The Arts Desk, lui, résume l'affaire avec flegme britannique : c'est délicieusement grotesque, un remède d'évasion totalement excessif pour qui supporte le second degré.
Le verdict
Au fond, Space 1993: Wrath of Kor-Virliath ne réinventera rien et ne cherche pas à le faire. C'est un disque de Gloryhammer pur jus, plus sombre et plus lourd que d'habitude, plus cinématographique aussi, qui mise sur la cohérence plutôt que sur la surprise. Ceux qui attendaient un nouveau « Universe on Fire » à chaque plage seront peut-être déçus. Mais avec quelques refrains qui s'accrochent, un « Demonic Devotion » taillé pour la fosse et un final d'une ambition rare, le groupe prouve qu'il a digéré le changement de chanteur. La vraie épreuve se jouera sur scène, et c'est précisément là que Gloryhammer excelle. La tournée de sortie avec Majestica et Arion a démarré le jour même à Interférence, à Balma près de Toulouse. Elle passera par le Rayonne à Lyon le 21 octobre, le Z7 de Pratteln le 15 novembre et La Machine du Moulin Rouge à Paris le 17 novembre. Prévoyez le marteau en mousse.

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