Fever

Fever

Graveyard

Dix ans après avoir annoncé leur séparation, puis revenu sur leur décision quelques mois plus tard, Graveyard n'a plus à prouver qu'il sait durer. Le trio de Göteborg, formé en 2006, avait pourtant donné l'impression de chercher sa voie : Peace (2018) marquait la reprise après la parenthèse de 2016-2017, puis 6 (2023) s'enfonçait dans quelque chose de plus sombre, de plus intérieur. Fever, septième album, paru le 9 octobre 2026 chez Nuclear Blast (la maison du groupe depuis Hisingen Blues, en 2011), prend le contre-pied. Le groupe lui-même le résume en une phrase de communiqué : cette fois, dit-il, il a décidé de ne pas perdre de temps. La promesse est celle d'un disque plus direct, et elle est tenue.

Neuf titres, un seul approche les sept minutes, le reste file droit. Selon Shindig!, Truls Mörck a écrit la plus grande partie du matériel et l'a largement produit lui-même ; le groupe annonce de son côté n'avoir fait appel à aucun producteur extérieur. Pelle Gunnerfeldt, connu pour son travail avec The Hives, Refused ou Viagra Boys, a signé le mixage, et Robin Schmidt le mastering, chez 24-96 Mastering. La pochette est l'œuvre de l'artiste néerlandais Maarten Donders. Shindig! ajoute un détail éclairant : le bassiste d'origine, Rikard Edlund, parti après les trois premiers albums, aurait pesé sur les mélodies et les riffs de cette nouvelle fournée. Nous n'avons trouvé aucune source nommant le studio d'enregistrement, et nous nous en tenons là.

« Back From The Grave » ouvre sur un groove lourd et chaloupé. Dom Lawson, dans Blabbermouth, y trouve un morceau qui sonne actuel malgré une production d'esprit rétro, avec une pointe hallucinée ; Matt Coe, pour Dead Rhetoric, y entend plutôt des cris de chant façon Black Sabbath sur un pas de reptile. Les deux lectures se recoupent : le riff avance sans se presser, mais il écrase. « Tongue Tied » change de registre, pub rock bruyant et turbulent selon Lawson, rythme obstiné et puissance sans détour chez Markus' Heavy Music Blog. « A Better Cut (Note To Self) » ralentit et durcit la matière : le chant de Joakim Nilsson y est furieux (Lawson), les bends de guitare granuleux (Coe), les solos tranchants (Carl Fisher, dans Grave Noise).

Le milieu de l'album est le plus convaincant. « Year Of The Horse », dépouillé et obstiné, avec un fond de méchanceté, est la préférée de Fisher, surtout pour sa dernière section. « A Means To An End », premier extrait, dévoilé le 14 août, s'appuie sur un shuffle du début des années 1970 que Oskar Bergenheim fait tourner avec un désespoir contenu, selon Coe, tandis que Lawson y perçoit un boogie à paillettes, plus glam que stoner. « Time To Tell » est la pièce maîtresse du lot : sombre, presque effrayante, avec des dynamiques de garage qui glissent vers un blues métallique dense et psychédélique chez Lawson, une ligne de basse qui porte tout le morceau sur un motif répété chez Markus' Heavy Music Blog. « Don't Shoot! », plus sautillant, mise sur un refrain accrocheur (Fisher) ou sur un heavy rock teinté d'occultisme (Lawson). « Room Tempered » joue la carte de la brièveté : intro de basse et de batterie, puis un heavy rock des années 1960-1970 dont Coe trouve les mélodies dignes de Robert Plant, quand Lawson pense au punk.

Reste « Dead Note », presque sept minutes, qui referme le disque. Elle débute dans le calme, monte par paliers dans un jam de doom, et débouche sur un solo. C'est l'endroit où le groupe renoue avec la veine soul-blues de Hisingen Blues, et Shindig! juge le disque son meilleur depuis ce deuxième album, tout en l'opposant point par point à l'introversion de 6.

Côté son, le choix est assumé : fuzz de retour, riffs larges, ampleur des années 1970 plutôt que brillance moderne. Fisher parle d'un son brut, flou et distordu ; Markus' Heavy Music Blog salue le retour de la pédale fuzz et un climat vintage de bout en bout. Coe note que la formule en trio concentre le propos et rend les accords doom hypnotiques, et il ajoute que le disque conserve les tons et les valeurs de production des disques dont il s'inspire. Cet attachement a un revers : la généalogie est très lisible, de Danzig à Fu Manchu, en passant par Orange Goblin ou Black Sabbath chez Coe, ou, chez Lawson, Uncle Acid & the Deadbeats, Kadavar, Witchcraft et les Groundhogs. Mais la reconnaissance n'est pas le plagiat, et Coe précise que les chansons évitent la simple copie.

L'accueil est franc. Dom Lawson accorde 8/10 dans Blabbermouth : à ses yeux, Fever est le plus lourd et le plus puissant des albums de Graveyard, avec un enchaînement varié et une écriture instinctive, un disque authentique et discrètement magique. Matt Coe met 8,5/10 dans Dead Rhetoric et voit dans le groupe un trio dans son élément. Carl Fisher monte à 9/10 dans Grave Noise et en fait l'un des meilleurs disques de rock de l'année, un album qui laisse l'auditeur épuisé mais souriant. Chez Markus' Heavy Music Blog, la note est de 8/10, avec cette phrase qui dit l'essentiel : un disque fait pour être joué fort, et que 6 avait sans doute rendu nécessaire. La tournée suivra : un co-headline scandinave avec Blues Pills, puis l'Europe et les festivals en 2027.

Le défaut existe pourtant. Fever est un disque d'efficacité plus que de surprise, et certaines de ses chansons, Tongue Tied ou Room Tempered par exemple, tirent leur force de leur simplicité plus que de leur invention. Ceux qui attendaient du neuf après 6 y verront un retour au connu. Mais ce connu est maîtrisé, le groove tient, le chant de Joakim Nilsson garde cette rugosité qui fait toute la différence, et le groupe a retrouvé la hâte qui animait ses premiers disques. À vingt ans de carrière, ce n'est pas rien. On donne 8,5 sur 10.

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