Il y a des groupes dont chaque disque raconte un lieu. Green Lung a commencé par la campagne anglaise, ses sorcières et ses rites de moisson ; il pose cette fois ses valises en ville, et pas n'importe laquelle. Necropolitan, quatrième album du quintette londonien, sorti le 11 septembre 2026 chez Nuclear Blast, est présenté par le groupe comme une « lettre d'amour heavy metal au Londres gothique », une célébration de l'occulte et de la scène lourde de la capitale. Trois ans après This Heathen Land, que Kerrang! qualifiait d'« immaculé », l'enjeu était clair : comment prolonger un disque jugé immaculé sans refaire le même ?
Le groupe, formé en 2017 autour de Tom Templar au chant, Scott Black à la guitare, John Wright à l'orgue, Joseph Guest à la basse et Matt Wiseman à la batterie, a toujours marié la lourdeur de Black Sabbath, les claviers de Deep Purple et un goût assumé pour le folklore noir britannique. La nouveauté tient au décor : les sept cimetières victoriens qui ceinturent Londres, les maisons hantées, la contre-culture souterraine. Nick Ruskell, dans Kerrang!, y voit une atmosphère de « Jack l'Éventreur sous un réverbère à gaz », et les textes de Tom Templar mêlent références historiques et regard très contemporain sur la technologie et la liberté. Le disque a été enregistré en janvier 2026 aux Rockfield Studios, avec Tom Dalgety à la production et au mixage, Tim Lewis à l'ingénierie et un mastering signé Robin Schmidt.
Neuf titres, une quarantaine de minutes, et c'est la première chose qui frappe : Necropolitan est direct. Ruskell le juge plus immédiat que This Heathen Land, et l'écoute lui donne raison. « Open the Hellmouth » ouvre la porte, puis « Dance to the Grave » et « Black Magick Radio » enchaînent sans temps mort, au point que, dans Angry Metal Guy, Grin Reaper trouve qu'elles se fondent un peu l'une dans l'autre. Le reproche est mince, et il dit surtout la densité d'un début de disque où riffs rebondissants et refrains accrocheurs se succèdent. La guitare de Scott Black, que Kenny Kendrick, sur Metal Talk, juge « plus lourde que jamais », et l'orgue de John Wright dialoguent constamment : c'est ce jeu de réponses entre cordes et claviers qui fait la signature du groupe et que Grin Reaper qualifie d'exquis. Sur le papier, c'est du hard rock vintage ; à l'oreille, c'est une énergie qui rappelle à Phil Cooper, dans Distorted Sound, ce que donnerait Dave Vanian, le chanteur de The Damned, devant un Deep Purple en pleine forme.
Au centre du disque, « Necropolitan Line » donne son titre à l'ensemble. Elle fait partie des titres que citent à peu près tous les critiques, avec « Evil in This House », premier extrait dévoilé en mai et ouvertement théâtral, et « Ozymandias », dont le titre renvoie au poème de Shelley. Ruskell, lui, entend dans l'ensemble des clins d'œil à Queen et à King Diamond — de la théâtralité, des chœurs, des solos qui n'ont pas peur de l'emphase — et des parentés avec Grand Magus et Mastodon. « Together in Death » est le seul morceau que Grin Reaper trouve en retrait, un peu moins marquant que ses voisins.
La fin de l'album prend le temps de changer de ton. « Alostrael (Be My Babalon) » accueille la voix de Riley Pinkerton, de Castle Rat, en récitante : un moment de pure mise en scène, auquel prêtent aussi leurs voix plusieurs invités pour des chants rituels. « To the Gallows Born », qui referme le disque, est cité par Ruskell parmi les temps forts du disque. Tom Templar a par ailleurs signé des enregistrements de terrain.
Reste la réception, et elle est remarquablement unanime. Nick Ruskell, dans Kerrang!, donne cinq étoiles sur cinq et écrit que Green Lung « est l'un des groupes les meilleurs et les plus éloquents du Royaume-Uni », avant de conclure : « bienvenue dans leur nécropole, vous n'en sortirez jamais ». Phil Cooper, dans Distorted Sound, attribue un neuf sur dix et lit le disque comme l'accomplissement du groupe, celui où ses expériences précédentes arrivent à maturité ; il rattache cet album, à thème hivernal, à un cycle de saisons qui parcourt la discographie du groupe. Grin Reaper, dans Angry Metal Guy, note 4 sur 5 : il avoue ne plus pouvoir s'arrêter de l'écouter, tout en pointant le passage à vide de « Together in Death » et la ressemblance entre deux titres consécutifs. Kenny Kendrick, sur Metal Talk, parle d'un disque « réjouissant de bout en bout ». L'agrégateur Album of the Year affiche une moyenne de 89 sur 100 pour les critiques, ce qui en fait l'un des albums de métal les mieux reçus du mois.
On pourra regretter que le disque s'interdise la grande digression : tout y est compact, calibré, efficace. Mais c'est le prix d'une écriture resserrée, et le résultat est précisément ce qu'on attendait de Green Lung : un hard rock lourd, théâtral, qui porte la musique de Black Sabbath à Londres sans jamais singer personne. Necropolitan n'est pas seulement le disque le plus accessible du groupe ; c'est peut-être aussi le plus complet.

Commentaires