Au printemps 2026, une simple vidéo rétrospective accompagnée d'un « merci pour cette folle aventure » a suffi à faire croire à la fin de Greta Van Fleet. Le groupe n'était plus monté sur scène depuis septembre 2024 et la fin de la tournée Starcatcher. Ses membres s'étaient dispersés dans des projets parallèles : Jake Kiszka avec Mirador, Sam Kiszka à la production de The Dreamin' Kind de Langhorne Slim, avec Danny Wagner derrière les fûts. Il a fallu un concert surprise à prix cassé au Bowery Ballroom de New York, puis la sortie de « Play Your Games » fin mai, pour calmer les inquiétudes. Quelques mois plus tard, Palace for the People arrive comme une réponse définitive : le quatuor de Frankenmuth n'a jamais été aussi soudé, et il veut que ça s'entende.
Le titre vient de l'Alexandra Palace de Londres, que le groupe avait rempli en 2022 et qui fut conçu à l'époque victorienne comme un « palais du peuple », un lieu de rassemblement ouvert à tous. Sam Kiszka y a vu une métaphore de ce que les fans leur racontent, ceux qui disent avoir rencontré leurs meilleurs amis grâce à leurs chansons ou à leurs concerts : « la musique est notre palais ». Pour la première fois, le titre existait avant même la première note, et il donne au disque son fil conducteur : l'humanité, le lien et la résilience.
Le changement de cap se joue d'abord derrière la console. Après Dave Cobb, c'est Mike Elizondo, l'homme qui a travaillé avec Eminem, Fiona Apple et Turnstile, qui coproduit l'album avec le groupe. Les quatre musiciens se sont isolés dans le Tennessee au printemps 2026, sans tournée ni promotion à honorer, et ont tout bouclé en quatre semaines environ. Ils ont mêlé de vieilles démos, des chansons à moitié écrites et des titres nés pendant les sessions. Jake Kiszka le résume ainsi : un disque rock and roll dans l'âme, mais « un disque très moderne ». La palette s'élargit nettement : cordes, cuivres, cimbasso, shehnai, synthés de Sam sur « Dreams You Hold », et des couleurs empruntées au qawwali, à la musique soufie ou au folk d'Europe de l'Est.
Treize titres en près d'une heure : c'est le disque le plus long du groupe, et il le sait. « Into the Beginning », brève ouverture instrumentale, plante un décor presque chamanique avant que « Tear It Down », troisième single paru en septembre, ne lâche un riff massif de Jake. Le guitariste y joue sa SG de 1961 et revendique une approche à l'instinct, « avec les tripes » plutôt que parfaite. « Field of Stars » lorgne davantage vers le folk de Tim Buckley que vers Robert Plant, et « Boughten Bliss », où Jake troque l'électrique pour une guitare classique au moment du solo, compte parmi les passages les plus intimes. « Saw You Stand », sortie fin juillet, démarre au piano avant de s'élargir en grande ballade rock : sans doute la chanson la plus romantique du groupe à ce jour.
Les moments les plus audacieux se trouvent dans la seconde moitié. « Lost in the Golden » s'appuie sur des gammes orientales pour créer une atmosphère presque hallucinée, et « Touch Again », avec ses cordes tourbillonnantes et sa batterie énorme, fait l'unanimité : Classic Rock la désigne comme le meilleur titre du disque. « Born into This » referme le tout en plus de six minutes, la pièce la plus longue et la plus ambitieuse de l'album. À l'inverse, « Play Your Games », vieille démo ressortie des tiroirs, divise : Sam y entend la fête insouciante du groupe d'il y a dix ans, mais The 13th Floor juge son refrain un brin agaçant, et Dave Everley, dans Classic Rock, trouve la voix de Josh Kiszka si excessive qu'elle en devient presque insupportable.
L'accueil critique reflète cette tension. Maximum Volume Music lui accorde 8,5/10 et parle d'une « évolution sans trahison », l'œuvre d'un groupe parti découvrir le monde et revenu changé. The 13th Floor y voit un groupe qui se redéfinit et pose enfin la question de ce qu'il a à dire plutôt que de qui il ressemble. Classic Rock est plus sévère : un disque compétent et bien produit, mais qui manque d'ambition chez un groupe capable de bien plus. Everley rappelle au passage que Led Zeppelin, l'éternelle comparaison, s'était réinventé dès son quatrième album.
C'est tout l'enjeu de Palace for the People : en élargissant son vocabulaire sans renier sa grammaire classic rock, Greta Van Fleet signe son disque le plus ouvert, mais pas encore celui de la rupture. La grandeur y devient parfois une fin en soi, et un titre comme « Play Your Games » rappelle les excès d'antan. Mais pour la première fois, les influences venues d'ailleurs pèsent autant que celles des années 70. Les fans européens pourront juger sur pièce lors de la tournée Into The Beginning, 59 dates en Amérique du Nord et en Europe, avec des billets vendus au prix fixe et des passages britanniques prévus en mai 2027.

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