The Killer

The Killer

Lost in Lona

8 titres, 26:15

Il y a des disques qui ne cherchent pas à impressionner et qui, justement pour cette raison, finissent par tout emporter. The Killer est de ceux-là. Un an à peine après Scared Like A Mother And Her Gun, Lost in Lona revient avec un deuxième album que le duo qualifie lui-même de « deuxième bébé ». Le groupe réunit la chanteuse Lidia Beck et le guitariste Konstantin Aebli, entre Bâle et Zurich, et a déjà goûté au Reeperbahn Festival, à l'OpenAir St. Gallen et au Montreux Jazz Festival. Sorti le 7 novembre 2025 chez Mouthwatering Records, le disque fait le choix inverse de la surenchère : un son plus tranchant, plus dépouillé, et une écriture qui va droit au but.

Huit titres, vingt-six minutes. On pourrait trouver ça court, et c'est d'ailleurs le seul reproche que lui adresse Sounds & Books. Mais chaque chanson est à sa place, et l'ensemble a la cohérence d'un récit. Le duo prévient que ce n'est pas un album concept, et pourtant tout se tient : être jeune face à des attentes démesurées, le doute de soi, le désir qui s'éteint faute de réponse, les conversations passées qui résonnent encore, et ce que l'on hérite de ses parents sans l'avoir choisi.

Le morceau-titre ouvre le bal et pose la question qui hante tout le disque : combien de pression peut encaisser une jeune personne dans un monde obsédé par l'optimisation de soi ? La voix de Lidia Beck y fait merveille. Gérard Otremba, chez Sounds & Books, la compare à celle d'une Joni Mitchell suisse, et la référence n'est pas usurpée tant ce disque dialogue avec le folk californien de la fin des années 60. « Looking For », premier single, explore ce moment où l'on veut être vu par quelqu'un qui ne vous regarde pas, dans un écrin minimaliste et folk. « Disappointing Each Other » est le titre le plus lumineux et le plus accrocheur de l'album : un vrai tube indie pop en puissance, sur le poids des attentes que l'on fait peser sur l'autre.

« Emily », qui lorgne vers la pop raffinée de Weyes Blood, revient sur de vieilles conversations qui n'ont jamais vraiment pris fin. « The Wrong Cards » dit le besoin de sécurité alors qu'on est déjà en train de s'éloigner. Avec « Mathilda », le titre le plus long, Lidia Beck donne vie à son alter ego, une amie intérieure tiraillée entre deux mondes, et c'est sans doute le cœur émotionnel du disque. « Hold On » remonte le fil des générations et des schémas familiaux qui se transmettent, avant que « The Movies » ne referme l'album tout en retenue, sur une fin laissée ouverte.

Ce qui frappe, c'est la justesse. Lost in Lona cite Big Thief, Phoebe Bridgers ou Lizzy McAlpine parmi ses références, mais n'en singe aucune. Les arrangements sont épurés sans jamais être pauvres, les guitares savent se faire rugueuses quand il le faut, et la voix ne force rien. Sounds & Books parle d'un refuge, d'une oasis de bien-être. C'est exactement ça : un disque chaleureux et réconfortant, qui parle d'angoisses très contemporaines sans jamais céder au désespoir.

The Killer est de ces albums qu'on garde près de soi longtemps après la première écoute. Il confirme ce que ses débuts laissaient deviner : la scène indie folk suisse tient avec Lost in Lona l'un de ses plus beaux secrets, et ce secret ne devrait plus le rester longtemps. Le duo a depuis dévoilé « Now I Feel It », un single estival aux guitares plus brutes, et repart sur les routes allemandes et autrichiennes à la fin du mois d'octobre. En Valais, ils étaient programmés début septembre à Champex-Lac, au pied du télésiège de La Breya, un cadre à la hauteur de ces chansons.

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