Rarement un groupe aura suscité autant de débats avant même d'avoir sorti une note. Annoncé au Download Festival 2025 sans le moindre titre disponible, President a cristallisé en quelques mois tout ce que le metal moderne aime et déteste à la fois. Il y a le masque de cire de son chanteur, qui se fait simplement appeler The President, entouré de Heist à la guitare, Protest à la basse et Vice à la batterie. Il y a les soupçons d'« industry plant », balayés par un groupe qui revendique une sortie indépendante, et les rumeurs persistantes, jamais confirmées, sur l'identité de l'homme derrière le masque. Et il y a la comparaison avec Sleep Token, que le frontman juge paresseuse. Un EP, King of Terrors, une signature chez Atlantic en février 2026, des premières parties d'Architects et de Bad Omens : voilà le contexte dans lequel arrive Blood of Your Empire, premier album sorti le 4 septembre 2026.
Le disque a été écrit et autoproduit en grande partie sur la route, avec un studio mobile, pendant les tournées avec Architects et Bad Omens. Il se veut l'évolution directe de King of Terrors, dont il reprend d'ailleurs « Dionysus ». À la base, il y a une crise existentielle : selon Metal Hammer, le projet est né de la perte de la foi chrétienne de son chanteur et de sa remise en question des institutions de pouvoir. La morale, la religion et le rapport de l'humanité au sacré traversent tout l'album, jusqu'à sa pochette qui reprend La Bataille de Poitiers de Delacroix.
Musicalement, President marie le metal moderne aux musiques électroniques, et le groupe cite volontiers Four Tet, Jon Hopkins, Bicep ou Hot Chip parmi ses influences. « Angel Wings », premier single paru en février, ouvre le bal et s'est hissé dans le Hot Hard Rock Songs de Billboard. Mais c'est « Doom Loop », dansant et clairement redevable à Bring Me The Horizon comme à Architects, qui a le mieux marché, jusqu'à la 8e place de ce même classement. « Dark Heaven » est le titre le plus frontal sur la foi et les institutions : il y est question de taxes douanières, du culte du drapeau et de l'emprise de la religion sur les enfants. « Pink Noise » s'appuie sur un extrait de l'allégorie de la caverne de Platon. « Mercy » et « Dionysus » lorgnent du côté des guitares de Deftones, et « This Will Divide Us » ose le piano et les cuivres. « Sleepwalker » semble taillé pour faire briller les briquets dans les salles.
Tout ne fonctionne pas au même niveau. « Hate Figure », avec le rappeur Ando San, est le changement de rythme le plus brutal du disque, et pour Metal Hammer, c'est là que l'illusion du personnage masqué se dissipe. La voix de The President, quand elle passe sous l'autotune, perd de sa richesse. Elle ne s'envole vraiment que lorsque les textes quittent l'engourdissement pour revenir à la vie. Kerrang! et NME saluent l'ambition du disque tout en le jugeant parfois inégal, et Dork comme Distorted Sound se montrent nettement moins convaincus.
En dix titres et trente-sept minutes, Blood of Your Empire prouve que President est plus qu'un concept marketing, même s'il n'a pas encore tranché entre la noirceur froide de ses riffs et ses envies de tubes. Ceux qui l'ont vu au Greenfield Festival ou aux Eurockéennes de Belfort cet été savent déjà que la mise en scène fait partie du propos. La tournée européenne qui passe par Stockholm et Londres en novembre devrait confirmer que la scène est son véritable terrain.

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