Throw the Dice

Throw the Dice

Soft Loft

« J'attends le moment où la vie finira par avoir un sens. » La phrase est de Jorina Stamm, et elle résume à elle seule le deuxième album de Soft Loft. Depuis The Party and the Mess, le quintette zurichois a beaucoup voyagé : les éloges de BBC Radio 6 Music et de KEXP, The Great Escape, le Reeperbahn Festival, une nomination à l'Anchor Award 2025, et un passage au Montreux Jazz Festival. Il arrive donc avec Throw the Dice à ce moment charnière où un groupe doit prouver qu'il n'était pas une simple promesse. Stamm, elle, approchait de la trentaine en écrivant ces chansons, et c'est précisément de cela qu'elles parlent.

Le titre dit tout : la vie comme un coup de dés, et la décision de le lancer quand même. L'écriture a commencé en 2024 et s'est poursuivie jusqu'aux sessions du printemps 2025, enregistrées aux Black Box Studios, en France, avec l'ingénieur du son Sean Cook. Le groupe a produit lui-même, avant de confier le mixage à Craig Silvey, qui a travaillé pour Arcade Fire, The National et Florence + The Machine. L'objectif affiché était d'écrire des chansons qui tiennent la route sur scène, et cela se sent dans l'équilibre entre grands élans indie pop et titres dépouillés, que le groupe place sous le patronage de Big Thief et de Sharon Van Etten.

Le disque s'ouvre sur « Where Is Mr. Raccoon », une minute de rêverie portée par des cordes, arrangées par le bassiste Marius Meier. Puis « Gravity's Pull » installe le sujet central : le tiraillement entre ce que l'on est et ce que l'on croit devoir être. « Wednesdays », clin d'œil acoustique et enjoué à Mean Girls, fait l'éloge de la solitude choisie, quand « F U WANT IT », l'un des singles, remue une relation passée qui refuse de quitter les pensées de la narratrice. « Caught », le premier extrait, que le groupe décrit comme un hymne survolté pour vingtenaires, est sans doute le titre le plus immédiat : des guitares lumineuses au service d'un regret, celui de ne pas avoir saisi sa chance quand elle se présentait.

La seconde moitié ralentit le pas. « Wrists That Won't Be Mine », teintée de folk, est l'un des moments les plus dépouillés du disque, une chanson sur le deuil et l'acceptation. « What Are The Odds » et « Lonely Sometimes Comes In Joy » prolongent cette introspection, avant que « Told » ne referme l'album presque à nu, la voix et la guitare. Neuf titres en vingt-six minutes : Throw the Dice est un disque court, qui préfère la justesse à l'abondance et ne s'attarde jamais au-delà de son propos.

Les premiers retours saluent un vrai pas en avant. On a cité Fleetwood Mac et Steely Dan pour le sens de la pop sophistiquée, et OnesToWatch a vu dans l'album le portrait d'un groupe qui accepte de ne pas avoir toutes les réponses. Les thèmes ne sont pas neufs : grandir, aimer, perdre, avoir peur du changement. Mais Soft Loft les traite avec une sincérité désarmante, sans jamais céder au pathos, et c'est là sa force.

Throw the Dice confirme que Soft Loft a dépassé le stade de la jolie découverte suisse. Le public romand avait pu les voir au Paléo Festival en juillet. Les Zurichois ont ensuite ouvert pour AnnenMayKantereit jusqu'au Hallenstadion, et la tournée européenne qui accompagne la sortie passe par Le Hasard Ludique à Paris le 23 octobre, avant un retour à la maison au Dynamo de Zurich le 19 décembre. C'est sur scène que ces chansons, pensées pour elle, devraient prendre toute leur ampleur.

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