Do Not Dare To Dream

Do Not Dare To Dream

Teenage Fanclub

Trente-cinq ans après Bandwagonesque, Teenage Fanclub n'a plus rien à prouver, et le sait. Treizième album du groupe de Glasgow, Do Not Dare To Dream paraît chez Merge Records, le 9 octobre 2026, deux ans après Nothing Lasts Forever (2023). Le défi n'est donc pas de renaître, mais de durer sans s'user : comment écrire encore des chansons de trois minutes, guitares qui tintent et harmonies à trois voix, quand le départ de Gerard Love, huit ans plus tôt, a privé la formation de l'un de ses trois compositeurs ? La réponse tient en dix titres et trente-neuf minutes, enregistrés loin de tout.

Le décor compte. Norman Blake et Raymond McGinley, rejoints par Francis Macdonald, Euros Childs et David McGowan, ont posé leurs instruments au Black Bay Studio, sur l'île de Great Bernera, dans les Hébrides extérieures : leur studio le plus isolé à ce jour. Les promenades matinales sur l'île, racontent les musiciens, ont dicté le tempo. On y trouve un orgue d'église Domus et des synthétiseurs, qui élargissent un peu la palette sans jamais la bousculer. Selon The Fire Note, le disque est produit par le groupe lui-même ; aucune autre source consultée ne nomme de producteur, et nous nous en tenons là.

Le titre est une pique. Norman Blake s'amuse des slogans qui enjoignent d'« oser rêver » : « Ces sentiments sont plutôt ridicules », dit-il, et le monde, ajoute-t-il, ne fonctionne pas ainsi. Raymond McGinley lui répond par une profession de foi plus douce : on peut rester joyeux et optimiste même quand tout ne va pas pour le mieux. Cet optimisme têtu, sans naïveté, est le fil rouge d'un album qui parle de temps qui passe, d'amour et de raisons de continuer.

L'ouverture, « There Was You », donne le ton : un air folk, une mélodie qui s'installe sans effort, des guitares chaleureuses. À l'écoute de David M. Rangel, de The Indy Review, la chanson évoque Cat Stevens dans son phrasé et reste la plus proche des guitares pop façon Big Star. « Tomorrow People », signée Raymond McGinley, est le morceau le plus aventureux : Andy Short, pour Americana UK, y voit le groupe s'essayant au rock progressif, avec ce faux fondu suivi d'un retour plus fort et des couches de sons en fond. « Over and Over » mise sur l'orgue d'église ; Short la juge « exquise », et Rangel entend dans sa coda, confiée à Euros Childs, quelque chose de Crosby, Stills & Nash enregistrant dans un monastère.

Le cœur du disque se joue ensuite. « Be With You Tonight », de Norman Blake, repose sur de belles lignes de guitare et des voix serrées pour atteindre une gravité discrète. « I Do Not Dare To Dream », morceau-titre, part de guitares acoustiques tintantes avant que les électriques et les harmonies ne s'y glissent : Lena Bishop, de The Fire Note, en fait l'une des chansons les plus accrocheuses de l'album, Rangel y entend un 70s ensoleillé, du côté de Laurel Canyon. « Take Time » ajoute une flûte pastorale et une pointe de psychédélisme. « Day in the Sun », premier single, est pour plusieurs critiques le sommet : orgue qui tournoie, doubles voix, claviers presque forains chez Rangel, solo de guitare qui monte en crescendo chez Short. Plus loin, « Somewhere to Land », de Raymond McGinley, s'ouvre sur un synthétiseur sombre et un piano épars, avant que « Young and Wise » ne referme l'album sur un folk apaisé, regard tourné vers la suite.

Reste la question que posent presque tous les comptes rendus : est-ce assez ? La presse britannique est respectueuse, pas exaltée. John Murphy, dans musicOMH, accorde trois étoiles sur cinq : l'album est « sans alarmes et sans surprises », ses harmonies ont « un pouvoir presque surnaturel de réconfort », mais rien n'égale tout à fait les grands disques du groupe — Bandwagonesque, Grand Prix, Songs from Northern Britain — et l'absence de Gerard Love se fait toujours sentir. Lena Bishop, chez The Fire Note, met 3,5 sur 5 et résume le tout d'une formule : du Teenage Fanclub « pour casque », non « pour vitres baissées ». Andy Short, d'Americana UK, est plus généreux avec un 7 sur 10 : le groupe, dit-il, continue d'évoluer sans renoncer aux guitares, aux harmonies et à l'écriture qui font sa signature, et l'ambiance posée finit par s'infiltrer. Chez Song Bar, Peter Kimpton salue un disque « humain » et chaleureux, tout en reconnaissant que le tempo uniformément moyen menace parfois de fondre les chansons les unes dans les autres.

Le défaut est là, et nous ne le cacherons pas : à force de douceur, Do Not Dare To Dream manque de relief. Pas de coup d'éclat comparable aux fulgurances des années 1990, peu de moments où le pouls s'accélère. Mais c'est aussi le propos. Teenage Fanclub ne court plus après le bruit et l'exaltation de Bandwagonesque ; il écrit pour des auditeurs qui ont vieilli avec lui, et pour qui un refrain bien tourné, une harmonie juste et un orgue d'église suffisent à faire un après-midi. Les nouveaux venus n'y trouveront sans doute pas la porte d'entrée idéale — Grand Prix reste là pour cela. Les fidèles, eux, y retrouveront une constance rare. Un disque modeste, tendre et d'une vraie élégance, qui mérite la note que l'on donne aux amis de longue date : sept sur dix.

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