Far and Wide

Far and Wide

The Pineapple Thief

Seize albums, et un groupe qui se demande encore ce qu'il veut être. The Pineapple Thief, que Bruce Soord mène depuis la fin des années 1990 a passé la dernière décennie à glisser du rock progressif vers quelque chose de plus direct, plus carré, plus proche de ce que la scène lui réclame. Far and Wide, sorti le 9 octobre 2026 chez InsideOutMusic, arrive après It Leads to This (2024) et Last to Run (novembre 2024), et pose la question à nouveau : que reste-t-il de « prog » dans un groupe qui joue de plus en plus comme un groupe de rock ? La réponse tient en neuf titres et un peu moins de quarante-huit minutes, et elle est plus nuancée qu'une simple bascule.

La formation est stable : Bruce Soord au chant et aux guitares, auteur principal des morceaux, Gavin Harrison à la batterie, Steve Kitch aux claviers et Jon Sykes à la basse et aux chœurs. Selon Prog Nick, dans The Prog Report, cette équipe est la même depuis l'arrivée de Harrison en 2017, et l'on sent la longueur de la collaboration dans l'économie du disque. Les sources s'accordent sur un point d'abord : le groupe s'est imposé des contraintes. Jani Lehtinen, dans Tuonela Magazine, rapporte que les musiciens se sont limités à des harmonies vocales à trois voix pour retrouver leur énergie de scène, ce qui donne des arrangements plus maigres, moins superposés. Florian Schörg, sur metal.de, le formule du côté technique : une ou deux pistes de guitare en parallèle, là où il y en avait parfois une demi-douzaine, un son plus proche du concert tout en restant « progressif ». Nous n'avons pas trouvé de producteur nommé, et nous nous en tenons là.

Le premier titre, « New World Order », donne le ton. Prog Nick y relève un groove complexe en 10/8, porté par Harrison et Sykes, dans un registre moderne et intense ; Dave Campbell, dans Dead Rhetoric, y entend plutôt un ouvreur funky et mélancolique aux voix claires harmonisées. Mark Diggins, pour The Rockpit, parle d'une entrée atmosphérique et retenue qui installe l'humeur. Vient « Hold the Ashes », plus sombre et plus lourd, où la basse rugueuse de Sykes s'oppose à la voix douce de Soord, un contraste que Prog Nick tient pour une marque de fabrique. « Still Living », la ballade, divise : Diggins lui trouve un côté presque beatlesque, tandis que Prog Nick la juge près du remplissage, sauvée par un interlude, un solo de guitare et une coda en 5/8, avec le risque de ressembler à Porcupine Tree. « God Knows », déjà parue en single, est la plus lourde du lot, mais pour Prog Nick la moins aboutie ; Lehtinen, lui, la compte avec « Hold the Ashes » parmi les moments tirés par le riff.

Le disque monte ensuite d'un cran. « This Empty Space » s'ouvre sur une guitare saturée, suspend l'attention avec une batterie contenue et des touches de guitare et de claviers, avant un final presque triomphal ; « Scattering Like Flies » commence menaçant et cynique, puis bascule dans une section instrumentale lourde et défiante où Harrison règle les dynamiques. Lehtinen y voit le sommet de l'album, et regrette que le groupe n'ait pas terminé dessus. « Through the Noise » repose sur une partie de claviers de Kitch et conduit à un climax plus tourmenté avec un solo qui plie les notes, une évolution que Diggins décrit comme un éclat mélodique vers la moitié du morceau. Reste « Who Wants It? », qui est le titre le plus ferme : Campbell parle d'un riff fuzz et d'une basse charnue, Andy Thorley, dans Maximum Volume Music, du morceau le plus rock du groupe, et Prog Nick d'une chanson paranoïaque qui passe d'une mélodie presque pop à des passages prog metal, sous un bourdon de claviers sinistre. La conclusion, « No Exceptions », dépasse les sept minutes et monte vers une montée de guitare soulful ; Diggins note qu'elle s'achève sur un fondu plutôt que sur un grand final, ce qui laisse le disque sur une pointe d'inachevé.

L'accueil est solide, sans enthousiasme excessif. Campbell met 8/10 dans Dead Rhetoric et décrit un album réfléchi, introspectif, froid sans être dénué d'émotion, dont les nuances se dévoilent à la réécoute. Thorley donne lui aussi 8/10, souligne des mélodies déroutantes et pourtant accrocheuses, et fait remarquer que, pour la première fois, aucun morceau acoustique ne figure sur un disque de The Pineapple Thief. Schörg est plus réservé, 7/10 sur metal.de : pas de tube évident, un disque d'automne, mélancolique, qui prolonge les thèmes d'It Leads to This. Prog Nick, sans note, le juge « exceptionnellement bien construit » : pas de démonstration, chaque partie sert la chanson. Lehtinen cite en comparaison IQ, Amplifier, Lonely Robot et Frost pour le prog britannique à riffs, Porcupine Tree pour les atmosphères.

Alors, que penser ? Que Far and Wide est un disque de maîtrise plus que de surprise, et que c'est probablement ce qu'il veut être. Sa force est dans la retenue : des chansons de quatre à sept minutes, un jeu de Gavin Harrison qui n'écrase jamais rien et qui compose autant qu'il accompagne, une section rythmique qui donne aux guitares de Soord la place de respirer. Sa limite, c'est que ses plus beaux moments, « Scattering Like Flies », « This Empty Space », ne le sauvent pas d'un ventre mou, et que la ballade, comme « God Knows », reste en deçà du reste. Il n'est pas le plus audacieux du groupe ; il est l'un des plus cohérents, et l'un de ceux que l'on réécoute avec plaisir.

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