From the Dark

From the Dark

Tony Iommi

Il y a des retours que l'on n'attendait plus. Vingt et un ans après Fused, son dernier album solo, Tony Iommi publie From the Dark le 23 octobre 2026 chez BMG : huit titres, un groupe fixe plutôt qu'un défilé d'invités, et la première sortie du guitariste depuis 13, l'ultime album de Black Sabbath, en 2013. Le contexte pèse sur chaque note. Le groupe a tiré sa révérence à Birmingham en juillet 2025 avec le concert Back to the Beginning, et Ozzy Osbourne est mort quelques semaines plus tard. À 78 ans, l'homme qui a inventé le riff lourd pouvait se contenter de son statut. Il a préféré remettre les mains dans le moteur.

Le projet ne s'annonçait pourtant pas ainsi. Selon Sabrina Schiavinato, dans Chaoszine, Tony Iommi pensait d'abord à un disque instrumental ; ce sont les deux premiers morceaux livrés par Jørn Lande qui ont changé la donne. Le chanteur signe toutes les paroles et co-écrit les huit chansons, et sa présence donne à l'ensemble une allure de vrai groupe, aux côtés de Becky Baldwin à la basse et de Karl Brazil à la batterie. Mike Exeter, fidèle collaborateur du guitariste, tient les claviers et co-produit le disque avec lui. Les textes ne font pas dans la légèreté : fin du monde nucléaire, solitude, mortalité. Le guitariste lui-même a reconnu que c'était « vraiment lourd », mais que cela parlait de ce qui se passe aujourd'hui.

L'entrée en matière est directe. « Over the Violent Sun » déroule un riff roulant, accroché à une rythmique qui avance sans se presser, avant que la voix de Jørn Lande ne donne au refrain son ampleur. Gareth Allen, dans Louder Than War, y lit « une forte déclaration d'intention » ; Mark Diggins, dans The Rockpit, entend un son à la fois familier et frais, et c'est bien la sensation qui domine : on reconnaît la patte, jamais le recyclage. « Black Times » est plus sombre et plus lent. Il s'ouvre dans l'esprit des premiers Black Sabbath, avant de glisser vers une section claire où la guitare tinte presque comme dans une ballade. Schiavinato note que le morceau demande quelques écoutes pour se livrer, et que c'est ici que Jørn Lande s'approche le plus de Ronnie James Dio, comparaison que presque tous les chroniqueurs finissent par faire.

« World Alone » est le titre le plus direct du lot : un riff tendu, des phrases mélodiques dans les aigus et un solo que plusieurs critiques comptent parmi les plus beaux du disque. Diggins le juge lourd, accessible et même réconfortant, et le verrait bien en single. « Beyond the Dead », plus ample, s'étire sur plus de cinq minutes en couches successives, avec un solo de slide qui monte en puissance ; Electric Eye Rock y entend un écho de « Cross of Thorns », sur Cross Purposes. Avec « Stormwatcher », le groupe prouve que la lourdeur n'a pas besoin de vitesse : accordage grave, mur de son, chant presque choral, et un récit de navire pris dans la tempête qui va bien à ce doom solennel.

Vient ensuite le sommet. « Death Wake » est partout cité comme le meilleur titre : un riff sombre, un couplet murmuré, puis un refrain monumental dans la veine du metal à tendance viking. Allen y trouve la meilleure prestation de Jørn Lande, et Electric Eye Rock salue une dynamique entièrement au service de l'écriture. « Return of the Arbalist », inspiré d'une machine de siège médiévale, retrouve le swing et la carrure d'un rock heavy plus direct, le morceau le plus « commercial » selon Diggins. Le disque se referme sur « Legacy », plus de sept minutes : un riff serpentin, une basse qui contrepointe, une batterie syncopée, deux solos dont l'un sonne acoustique, et même un bref passage de guitare espagnole que Schiavinato regrette de ne pas entendre plus tôt. Allen y voit le couronnement de l'album. Ce n'est pas un adieu déclaré, mais difficile de ne pas y entendre un regard en arrière sur plus d'un demi-siècle de Black Sabbath.

Sur le plan du son, la production, signée Tony Iommi et Mike Exeter, est massive sans être écrasante. Allen la dit « brillamment jouée et enregistrée », et les claviers en nappes de chœur ajoutent une profondeur que les critiques saluent. C'est aussi là que le disque trouve sa limite : Electric Eye Rock regrette un manque de mélodies mémorables et une rythmique plus rigide, plus moderne, que la souplesse des années 1970. On pense aux albums des époques Dio et Tony Martin (Born Again, Dehumanizer, Cross Purposes), et la référence est un compliment autant qu'un plafond.

La réception est remarquablement chaleureuse pour un artiste que l'on croyait fini avec la scène. Gareth Allen, dans Louder Than War, donne cinq étoiles sur cinq. Mark Diggins, dans The Rockpit, parle d'une écoute « essentielle » et d'un disque « bien meilleur que ce que l'on pourrait imaginer ». Richard Oliver, dans The Razor's Edge, y voit la preuve que Tony Iommi reste « le seigneur incontesté du riff » et rapproche le disque de Candlemass ou de Trouble. Electric Eye Rock, plus réservé, met 7/10. Schiavinato, enfin, écrit que l'album est « une vraie bouffée d'air frais » et espère qu'il ouvre un nouveau chapitre plutôt qu'il n'en ferme un.

C'est un peu là que l'on se range. From the Dark n'invente rien et ne cherche pas à le faire : c'est le disque d'un maître qui sait exactement ce qu'il fait, soutenu par un chanteur qui prend les chansons à bras-le-corps. Quelques refrains auraient mérité d'être plus accrocheurs et la rythmique manque d'abandon, mais « Death Wake », « World Alone » et « Legacy » suffisent à justifier le voyage. Le guitariste a laissé entendre qu'il envisageait des concerts avec ce groupe ; on aimerait que ce ne soit pas une simple formule.

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